dimanche 30 mars 2014

Un jour mes princes sont venus de Jeanne Benameur


"J'essaie une histoire d'amour, puis une autre, une autre encore, comme des vêtements jamais ajustés. J'ai beau chercher celui qui me liera à lui, je ne sais pas demeurer. Tout est à l'envers, je ne reconnais pas mon cœur. Et pourtant il bat." 
D'où lui vient ce peu de faculté à l'amour, elle qui en fille tenace accumule les fiascos. Décidée à comprendre, elle invoque ses amants. Attendrie par leur myopie, amusée par leurs mensonges, elle prend le parti d'en rire. N'est-ce pas le meilleur chemin pour atteindre la blessure enfouie : ce père - central mais en creux - trop vite parti, jamais quitté. Cet homme qui éclipse tous les autres et sans lequel elle doit apprendre à vivre. (Denoël)

A la fois conte moderne et éducation sentimentale, ce roman présente l'itinéraire amoureux quelque peu malheureux de sa narratrice, une jeune femme qui passe d'une histoire d'amour à l'autre sans trouver son prince et finissant par en appeler à son père décédé pour qu'il l'aide à comprendre les hommes : "Je voudrais que tu m'aides, mon père. J'ai besoin de toi. Apprends-moi les hommes. Apprends-moi comme c'est différent de moi.".
La narratrice revient avec un regard aiguisé parfois drôle, parfois tendre, parfois triste, sur les hommes qui ont jalonné sa vie.
Qu'ils aient été son amant ou son mari, ils ont tous fini par déclencher une peur en elle qui a eu pour résultat qu'elle ne s'est jamais accrochée complètement à aucun d'eux, elle a toujours fini par les quitter ou être quittée : "Qui ai-je aimé vraiment ? Pourquoi suis-je incapable de lien ? Pourquoi ce mot même déclenche-t-il au fond de moi une envie panique de fuite lointaine alors que je n'aspire qu'à me sentir liée à un homme ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Tant de fois pourquoi.".
Une fois dépendante d'un homme, l'autre fois femme libérée, elle a tout essayé mais en vain, rien n'y a jamais fait : "Je jouais les affranchies que je n'étais pas. Les mots ne font rien à l'affaire.".
Cette narratrice jamais nommée est particulièrement touchante dans ses échecs, notamment parce qu'elle prend le parti d'en rire alors qu'elle aurait pu dramatiser la chose, mais aussi parce qu'au fond cette narratrice c'est une petite part de nous, elle arrive à mettre des mots sur ce que toute femme a au moins ressenti une fois dans sa vie : l'incompréhension face à un homme, et vice-versa.
Il y a aussi une part importante de psychologie en arrière-fond de ce roman : le rôle et la place du père absent, trop tôt disparu et qui a perturbé sentimentalement parlant la narratrice, l'empêchant de se construire un modèle masculin qui lui permettrait de vivre une relation amoureuse épanouie.
Ce qu'elle n'a pas pu avoir par la force du destin chez son père, c'est auprès d'un ami plus âgé qu'elle va le retrouver et qui va lui permettre enfin de s'épanouir et de donner une dimension d'espérance à cette histoire qui aurait pu si facilement tomber dans le drame et le pathos égocentré.
Mais c'était sans compter sur le talent et la plume admirable de Jeanne Benameur, d'une poésie à couper le souffle, qui à travers de courts chapitres et une construction déstructurée réussit à livrer un roman logique du début à la fin, et de toute beauté.

"Un jour mes princes sont venus" est une belle réflexion poétique de Jeanne Benameur sur l'amour, ou plutôt sur les difficultés à rencontrer un homme, celui avec lequel bâtir sa vie, le tout sous la forme d'un quasi conte qui donne de l'espoir et l'envie d'y croire.

Une lettre de vous de Jessica Brockmole


Mars 1912. La jeune et obscure poétesse Elspeth Dunn ne connaît d’autres horizons que celui de l’île de Skye, au large de l’Ecosse. Aussi est-elle à la fois étonnée et ravie de recevoir sa première lettre de fan de David Graham, un étudiant originaire de la lointaine Amérique. Tous deux entament alors une correspondance. Ils se confient leurs auteurs préférés, leurs espoirs les plus fous et leurs secrets les plus chers. Très vite, cet échange épistolaire donne naissance à une amitié profonde qui a tout d’un amour inavoué. Mais lorsque la Première Guerre Mondiale éclate et que David se porte volontaire comme ambulancier, Elspeth ne peut que l’attendre sur son île en espérant qu’il survivra, à moins de forcer le destin… 
Juillet 1940, Edimbourg est bombardé. Dans l’appartement familial dévasté, Margaret découvre des dizaines de lettres adressées à une certaine Sue. Le lendemain, sa mère a disparu et il lui reste pour seul indice une unique lettre d’amour. En partant à sa recherche, Margaret va petit à petit lever le voile sur les mystères qui entourent sa famille et ce père dont on refuse de lui parler. (Presses de la Cité)

"Une lettre n'est pas toujours qu'une simple lettre."
Dans le cas présent, une lettre d'un jeune admirateur américain à une poétesse écossaise s'est transformée en amitié épistolaire puis en un amour qui connaîtra son épilogue quelques vingt ans plus tard.
David Graham est un jeune chien fou américain qui est sublimé un beau jour par la poésie d'Elspeth Dunn, une jeune insulaire écossaise, et insidieusement au fil de leur relation épistolaire par la jeune femme qui, déjà mariée à un ami d'enfance, fini par s'éprendre de cet américain à son tour : "Un jour, il y a trop longtemps, je suis tombée amoureuse. Un amour inattendu, grisant. Je ne voulais pas le laisser filer.".
Mais l'Europe entre en guerre, Ian, le mari d'Elpseth part combattre en France tandis que David, de sa lointaine Amérique finit par lui aussi s'engager comme ambulancier avant que les Etats-Unis prennent eux-mêmes part à ce premier conflit mondial.
Elspeth est déchirée pour cet homme qu'elle aime et qui donne un sens à sa vie mais n'arrive plus à écrire de poèmes : "Il n'y a aucune poésie dans ma vie sans toi. Tu es ma muse; Avant de te connaître, j'écrivais avec ma plume, et mes lecteurs adoraient ça. Cela signifiait quelque chose pour eux. Mais après t'avoir rencontré, j'ai écrit avec mon âme, et moi, j'ai adoré ça. Cela signifiait tout pour moi.".
En juillet 1940, Margaret est une jeune femme vive et dévouée à son prochain, protégeant les enfants de la nouvelle guerre mondiale qui a débuté en les escortant dans des endroits sûrs à la campagne, loin des bombardements, et sur le point d'offrir son cœur à son ami d'enfance, lui-même engagé dans les forces aériennes.
Mais un soir de bombardement, elle découvre une lettre écrite par un américain à une certaine Sue et interroge une nouvelle fois sa mère pour connaître son passé et qui était son père.
Le lendemain, sa mère et les lettres ont disparu, la jeune femme se lance alors dans une quête éperdue pour découvrir enfin la vérité et le premier chapitre de sa vie.

Ce récit est romantique à souhait, mêlant deux histoires d'amour dont une va connaître son épilogue en 1940 alors que l'Europe est de nouveau en guerre.
Ce roman épistolaire s'attache à retracer le parcours de deux femmes : Elspeth et Margaret, portées par l'amour dans une Europe qui s’entre-déchire.
La construction du récit sous forme de lettres sans être innovante est intéressante et très vite captivante pour le lecteur qui veut connaître la suite et le dénouement de l'histoire.
Je lui reproche toutefois une inégalité de traitement entre les deux personnages féminins principaux : la part donnée à Elspeth est beaucoup plus importante que celle à Margaret alors que j'aurais aimé voire cette dernière raconter les difficultés rencontrées pour dévider l'écheveau du passé de sa mère, et par conséquent du sien.
Finalement, les difficultés rencontrées ne sont abordées que rapidement pour laisser place très vite à la correspondance entre Elspeth et David, ce couple qui finit par prendre trop de place au profit de la jeunesse actuelle qui vit de nouveau dans l'ombre d'une guerre destructrice.
Force m'est de constater, une fois de plus, que le genre épistolaire est un art difficile à manier, car si les lettres ont été écrites par une seule et même personne : ici l'auteur, Jessica Brockmole, à leur lecture il faut pouvoir ressentir les nuances entre les différents personnages qui sont censés les avoir écrites.
Or, ce n'est pas le cas puisque le style et le ton employés sont les mêmes, qu'il s'agisse d'une lettre d'Elspeth, de David, de Margaret ou de tout autre personnage.
Il n'empêche que l'histoire, cousue de fil blanc et dont les ficelles se devinent dès les cinquante premières pages, est assez plaisante et offre une lecture délassante, ce qui était le but recherché lorsque j'ai décidé d'ouvrir ce livre.
Et puis les personnages deviennent vite attachants, y compris ceux secondaires qui n'apparaissent que furtivement au détour de quelques lettres.

"Une lettre de vous" de Jessica Brockmole est une lecture distrayante qui ne prend pas la tête et qui plaira à tous ceux ou celles qui recherchent une romance épistolaire sur fond de guerres mondiales.

Je remercie Babelio et les éditions Presses de la Cité pour l'envoi de ce livre dans le cadre d'une opération spéciale Masse Critique

Livre lu dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014 - Catégorie Objet LETTRE


Livre lu dans le cadre du Challenge Romancières américaines

samedi 29 mars 2014

Petite descente en librairie en ce 29 mars ensoleillé


Portée par le soleil et le temps agréable de ce beau samedi 29 mars, mes pas m'ont tout simplement menée vers le quartier Saint-Michel.
Et qui dit quartier Saint-Michel dit bouquiniste et là ... .
Autant j'ai été très raisonnable et sage au Salon du Livre la semaine dernière, autant aujourd'hui je me suis lâchée allègrement !
Portée par l'enthousiasme du Plan Orsec 2014 pour PAL en danger qui a eu pour conséquence de diminuer ma PAL depuis quelques mois, celle-ci vient de remonter quelque peu (doux euphémisme).
Et dire que je n'étais pas seule mais accompagnée d'une collègue de travail, la même qu'au mois d'octobre, car elle n'avait plus de livres à lire (totalement inconcevable pour moi, il fallait y remédier au plus vite), mais j'ai nettement moins résisté qu'elle.

Le but de cette descente chez les bouquinistes était de trouver en occasion le livre pour le Club des Lectrices d'avril, des guides de voyage sur Vienne, ma destination en juin pour 5 jours (pour Rome en mai, je suis déjà bien équipée).
Et si éventuellement quelques livres pour des challenges venaient s'y ajouter, c'était la cerise sur le gâteau.

Résultat des courses :

Gibert Jeune

- Petite conversation en italien Lonely Planet
- Petite conversation en allemand Lonely Planet
- Vienne en quelques jours Lonely Planet
- Le Routard Vienne 2013/2014
- Cartoville Vienne
- "Alexandrie" d'E.M Forster
- "Route des Indes" d'E. M Forster
- "Une affaire de charme" d'Edith Wharton
- "L'horloge sans aiguilles" de Carson McCullers
- "Enchantement" d'Orson Scott Card
- "Angelo" de Jean Giono


Boulinier

- "Eté" d'Edith Wharton
- "Rien que du bonheur" de Laurie Colwin
- "Nous nous connaissons déjà" d'Anne-Marie Garat
- "Seule Venise" de Claudie Gallay
- "Ellen Foster" de Kaye Gibbons


Gibert Joseph

- "Entre autres" de Carole Zalberg
- "Dimanche chez les Minton" de Sylvia Plath
- "Chinoises" de Xinran
- "Les braves gens ne courent pas les rues" de Flannery O'Connor
- "Le chant de Salomon" de Toni Morrison


A part les 3 livres du Lonely Planet tout a été acheté d'occasion (non, je n'ai pas gagné le gros lot au Loto), et il n'y a pas de quoi se réjouir (d'un autre côté, il y a bien pire) car ce sont 15 livres (i.e. romans) qui viennent s'ajouter à ma PAL.
C'est pourquoi j'ai pris une bonne résolution : se faire plaisir c'est bien, mais maintenant il s'agit de faire redescendre la PAL, c'est pourquoi je me suis fixée comme objectif d'avoir lu au minimum 1/3 de ces achats d'ici 3 mois.

Sur ce, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter de bonnes lectures et n'oubliez pas que cette nuit les pendules avancent d'une heure, ce qui signifie potentiellement une heure de lecture en moins !

Ballade d'un amour inachevé de Louis-Philippe Dalembert


"Longtemps après, lorsque les douleurs se seraient refermées, que les survivants raconteraient l’événement sans que l’émotion vînt leur nouer la gorge, certains jureraient avoir senti la veille une forte odeur de soufre dans l’atmosphère. D’autres diraient l’avoir humée depuis trois jours, sans toutefois y avoir prêté attention. Peut-être, allez savoir, l’odeur n’avait-elle existé que dans leur imagination, ou n’avait-elle pas été assez persistante pour qu’on s’en alarmât." 
Avril 2009 : la terre tremble en Italie. Dans un village des Abruzzes, un couple mixte, Azaka et Mariagrazia, attend dans la joie l’arrivée de son premier bébé. Sous le regard réprobateur des uns, opposés à la présence des étrangers dans la région, et la curiosité bienveillante des autres. 
Si les secousses tendent à exacerber les tensions, elles viennent rappeler à Azaka un épisode traumatisant de son enfance : un autre séisme, à l’autre bout du monde, pendant lequel il fut enseveli sous les décombres. L’histoire se répéterait-elle ? Où qu’il soit, doit-il redouter la colère de la Terre ? Des questions que pour l’heure il refuse de se poser : bientôt il sera père, le bonheur ne lui échappera pas… (Mercure de France)

Azaka forme un très joli couple avec la belle Mariagrazia, un couple composé d'un haïtien et d'une italienne, approuvé par certains et désapprouvé par d'autres, un couple heureux qui attend leur premier enfant, mais dont le destin va se briser le 6 avril 2009 lors du terrible et meurtrier séisme de l'Aquila qui a frappé la région des Abruzzes.
Rien ne laissait pressentir un tel drame, pas même les secousses des jours précédents, car dans cette région de l'Italie il est fréquent que la terre tremble.
Toutefois, la première secousse va avoir pour effet d'exacerber les sentiments et les tensions pour finir par réunir toutes les personnes autour d'un même drame.
Cette secousse va réveiller chez Azaka un souvenir lointain dont il n'a plus jamais parlé à personne : celui du séisme qui a frappé Haïti lorsqu'il était enfant et où il est resté plusieurs jours enfoui sous les décombres : "Alors il laisse couler les larmes sans essayer de les retenir, en fermant les yeux, il pleure sur son amour disparu et sur lui-même, sur l'impossibilité de sortir de ce tombeau où il est enterré vivant.".
Il serait naïf de croire qu'un même malheur ne peut pas frapper deux fois une même personne, c'est pourtant bel et bien ce qui va se produire pour Azaka : "Comme quoi, rien ne sert d'essayer de devancer le temps, qui a son rythme propre. Il finit toujours par nous rattraper.".

Louis-Philippe Dalembert expose avec beaucoup de pudeur, de sensibilité et de tendresse la détresse de son personnage, Azaka, victime deux fois dans sa vie d'un même drame.
Il évoque avec brio et réalisme le séisme qui a frappé l'Italie en 2009 et fait revivre au lecteur de façon très vivante celui d'Haïti quelques vingt ans auparavant.
Les mots employés sont forts en évocation et en image, le séisme est destructeur et frappe sans prévenir, surprenant les habitants en pleine nuit dans un bruit sourd et inquiétant, à l'image de ce qu'a dû être l'éruption du Vésuve des siècles auparavant : "Au moment où Azaka s'apprêtait à ouvrir la bouche pour dire "ciao ragazzi, ci vediamo", un grondement sourd et lointain se fit entendre. Il ne fut pas le seul à capter le vrombissement qui déchira le silence déjà épais de la nuit.".
Louis-Philippe Dalembert a une plume extrêmement poétique, son récit est une invitation au voyage et au drame intérieur, il rend les événements très vivants, tout comme les personnages.
Il ne faut pas oublier que cette histoire se situe en Italie, en faisant revivre les souvenirs d'Azaka : ceux d'Haïti mais également ceux de son arrivée en Italie, de sa rencontre avec Mariagrazia et sa famille, de leur histoire d'amour qui s'est fini en un vrai mariage traditionnel à l'italienne; l'auteur oscille en permanence entre commedia dell'arte à l'italienne et drame à l'haïtienne, croquant à chaque fois des tranches de la vie quotidienne toutes plus évocatrices les unes que les autres.
Mais malgré les drames traversés, ce qui ressort de ce roman c'est la Vie, forte, puissante, dominatrice, l'emportant à chaque fois sur la misère ou la mort.

"Ballade d'un amour inachevé" est une ode criante à la vie servie par la très belle plume poétique et évocatrice de Louis-Philippe Dalembert, un auteur que je découvrais à travers ce roman pour lequel j'ai eu, je dois bien le reconnaître, un coup de cœur.

Livre lu dans le cadre du Challenge Il Viaggio


Livre lu dans le cadre du Prix Océans


vendredi 28 mars 2014

Salon du Livre de Paris 2014


En mars, il y a l'arrivée du printemps et le Salon du Livre, cette année ne dérogeant pas à la règle, j'y ai passé mon samedi après-midi en compagnie de Claire.
J'ai aussi croisé quelques lectrices : George et Miss Bouquinaix.
Cette année au programme il y avait l'Argentine comme pays mis à l'honneur et Shanghai comme ville invitée.
J'attendais beaucoup de ce Salon pour découvrir les lettres argentines, au final je repars sans aucun livre de ce pays tant j'ai trouvé le pavillon consacré à ce pays grand mais sans âme et surtout sans livre qui m'a accroché le regard.
J'ai été nettement plus séduite par le pavillon de Shanghai !
L'accueil était très sympathique, le stand aéré et un grand choix de livres au format poche pour découvrir de nombreux auteurs.
Et au passage un auteur, BI Feiyu, juste à côté qui a gentiment accepté de dédicacer l'un de ses romans à Claire et à moi.
Je ne parlerais pas des expositions, j'en ai fait aucune cette année, j'ai entraperçu Mafalda sur sa chaise et ça s'est arrêté là.
Je n'ai pas non plus assisté à des conférences, j'ai d'ailleurs trouvé le Salon du Livre plus brouillon que l'année précédente, j'ai été contente d'y aller mais j'en suis repartie avec une impression quelque peu mitigée que je n'avais pas connu jusque là.
Mais cette année, et c'est la rencontre que je retiendrai de ce Salon, j'ai (enfin) pu rencontrer Carole Zalberg et parler avec elle et ça, c'était vraiment super ! (Merci Claire pour la photo !)


J'ai découvert cette auteur il y a 2 ans avec son roman "A défaut d'Amérique" (que j'avais emmené avec moi), cela avait été un coup de cœur et je n'en démords toujours pas, cette auteur a un style que j'aime énormément (pour ne pas dire que j'adore) et elle est en plus très abordable et charmante à rencontrer.

Résultat des courses, j'ai été très sage cette année puisque je ne suis repartie qu'avec trois livres du Salon dont deux dédicacés :

"Trois soeurs" de BI Feiyu                                                                        "Tête-bêche" de LIU Yichang


"Mort et vie de Lili Riviera" de Carole Zalberg

Sans compter un petit livre offert au stand Gibert Joseph dans leur "sac de Salon" (sac de publicité ? Je ne sais trop comment l'appeler) : "Petit éloge de l'héroïsme" d'Ariane Charton.

Je ne sais pas si cela compte dans les achats du Salon, mais rencontrer Carole Zalberg m'a boustée et j'ai acheté en occasion les deux premiers volets de la trilogie des tombeaux : "La mère horizontale" et "Et qu'on m'emporte", je compte d'ailleurs lire ces trois romans en une seule fois.

On se donne rendez-vous l'année prochaine pour la 35ème édition avec le Brésil comme pays invité ?

mardi 25 mars 2014

Top Ten Tuesday #41


Le Top Ten Tuesday (TTT) est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.

Ce rendez-vous a été créé initialement par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.

Les 10 livres de votre PAL que vous n'avez finalement plus envie de lire

Je vais un peu biaiser le thème en listant les livres de ma PAL qui me tentent moyennement car si je n'ai plus envie de lire un livre, je le sors tout simplement de ma PAL.

1) "Olivia Joules and the overactive imagination" de Helen Fielding
2) "Insiders Guerilla Tchétchène" de Bartoll - Garreta
3) "Marie-Tempête" de Jeanine Boissard
4) "Royaume magique à vendre" de Terry Brooks
5) "Par-dessus bord" de Carol Higgins Clark
6) "Le monde de Sophie" de Jostein Gaarder
7) "Dernier refuge" de Patricia MacDonald
8) "Le codex" de Douglas Preston
9) "Alter Ego Camille" de Renders - Lapière - Reynès - Benéteau
10) "Le soleil sous la soie" d'Eric Marchal

dimanche 23 mars 2014

Mauvais genre de Chloé Cruchaudet


Paul et Louise s'aiment, Paul et Louise se marient, mais la Première Guerre mondiale éclate et les sépare. Paul, qui veut à tout prix échapper à l'enfer des tranchées, devient déserteur et retrouve Louise à Paris. Il est sain et sauf, mais condamné à rester caché dans une chambre d'hôtel. Pour mettre fin à sa clandestinité, Paul imagine alors une solution : changer d'identité. Désormais il se fera appeler Suzanne. Entre confusion des genres et traumatismes de guerre, le couple va alors connaître un destin hors norme. 
Inspiré de faits réels, Mauvais Genre est l'étonnante histoire de Louise et de son mari travesti qui se sont aimés et déchirés dans le Paris des Années folles. (Delcourt)

Adapté en bande dessinée d'après "La garçonne et l'assassin" de Fabrice Virgili et Danièle Voldman, "Mauvais genre" retrace le parcours hors norme et bien réel de Paul Grappe alias Suzanne Landgard dans le Paris de 14/18 et des Années Folles.
Paul et Louise s'aiment, ils se marient, mais la Guerre éclate et Paul part au front. Marqué par l'horreur des combats, il s'auto-mutile, traîne à l'hôpital et finit par déserter en se cachant dans l'appartement de sa femme.
Il ne peut plus mettre un pied dehors, dépérit, jusqu'à ce que poussé par Louise, il se déguise en femme pour sortir acheter du vin.
A partir de ce jour-là, un nouvel horizon s'ouvre à lui : c'est désormais travesti en femme sous le nom de Suzanne qu'il va retrouver goût à la vie.
La Guerre prend fin mais les déserteurs ne sont toujours pas amnistiés : "Les déserteurs ne sont pas amnistiés ... mais ne t'en fais pas ... ils le seront sûrement un jour ... faut attendre, c'est tout.", Paul doit garder l'identité de Suzanne, un double auquel il a pris goût, sans doute un peu trop.
Dans le Paris des Années Folles, il sombre alors dans l'excès : les folles nuits au bois de Boulogne, les partouzes, l'échangisme, entraînant Louise avec lui, la seule qui continue à travailler pour faire vivre l'étrange ménage qu'elle forme désormais avec Paul.
Louise et Paul/Suzanne continuent pendant plusieurs années leur folle histoire, s'aiment et se déchirent jusqu'au drame final.

Quelle histoire extraordinaire et parfaitement méconnue qui ressort alors que les commémorations du centenaire de la Première Guerre Mondiale se rapprochent.
Le destin du couple formé par Louise et Paul est intéressant à plus d'un titre : il met en lumière un couple que la Guerre a en quelque sorte contribué à détruire et permet d'illustrer la face méconnue des Années Folles.
Les horreurs de la Guerre ont contribué à perturber Paul, prêt à tout pour ne pas repartir au front y compris vivre comme un reclus puis dans la peau d'une femme, tout en lui faisant prendre conscience de sa bisexualité.
Paul se transforme en Suzanne, il devient femme, agit et pense comme tel, et y prend énormément de plaisir.
Non content de devenir la bonne copine à qui l'on confie tout, il s'encanaille dans le bois de Boulogne dans un monde de la nuit glauque où toutes les perversions sont de mise, entraînant avec lui Louise dans une spirale infernale et auto-destructrice.
Suzanne, également appelée Suzie, devient populaire dans cet univers décadent et marque les esprits des personnes qui l'y auront côtoyée : "C'est comme si elle était plusieurs partenaires à la fois, un être complet et magnifique. Si vous aviez affaire à un homme ou à une femme vous pouviez vous attendre à un certain comportement ... alors qu'elle était imprévisible, elle pouvait être douce et violente à la fois, passer de la pudeur à la fougue ... tout ça avec une liberté incroyable ... c'est ça qui était attirant peut-être.".
Pour se réaliser pleinement, Paul n'a pu se contenter de sa masculinité, il a également eu besoin de la féminité de Suzanne, prenant de nombreux risques à commencer par celui d'être découvert : "T'es stupide ou quoi ? T'as oublié qui t'étais ? T'as oublié ce qui pourrait t'arriver si tu te faisais remarquer ?".
Mais pour lui il n'est plus possible de ne redevenir que Paul quand l’amnistie des déserteurs est enfin signée. Suzanne rôde, à l'affût, prête à revenir n'importe quand : "Tu te souviens Paul ? Comme c'était bon d'être moi. Tout était plus suave ... plus coloré. Avoue que tout ceci ne te déplaisait pas. La vie avait une autre odeur, un autre goût ... je veux dire pas seulement celui du rouge à lèvres à la cerise.".
J'ai pris énormément de plaisir à lire cette histoire particulièrement bien retranscrite et ô combien originale, mettant en lumière un aspect absolument méconnu de la Grande Guerre.
Bâti sur le principe du flash-back, le lecteur commence ce récit par le procès de Louise avant de découvrir la vie des deux personnages.
Le scénario est très bien déroulé et les dialogues sont savoureux, particulièrement la plaidoirie finale où l'avocat réussit par un tour de force à poser Louise comme une victime.
Malgré son peu de gentillesse et sa violence, le personnage de Paul attache le lecteur, curieux de voir jusqu'où va aller ce personnage ainsi que celui de Louise, prête à tout subir par amour pour son mari.
Les dessins de Chloé Cruchaudet sont tout simplement merveilleux, nuancés par une palette allant du noir au blanc, le rouge étant exclusivement réservé à faire ressortir le sang ou la féminité via une robe, un porte-monnaie ou un vernis à ongle.
Il ressort des dessins une teinte sépia et des traits esquissés au fusain qui leur donnent un cachet fou, ce roman graphique est une formidable réussite mettant en valeur tout le talent de cette auteur que je ne connaissais pas mais que je vais désormais suivre avec grand intérêt.

Grâce à "Mauvais genre", Chloé Cruchaudet met en lumière une histoire méconnue qui gagne à l'être, celle de Paul Grappe, un homme travesti en femme pendant plus de dix ans pour cause de désertion et sombrant dans la face cachée des Années Folles, et pose une réflexion délicate et intelligente sur les genres masculin et féminin.
Une très belle bande dessinée qui n'a pas usurpé sa récompense lors du 42ème Festival de la Bande Dessinée d'Angoulême.

Si je devais mettre une note à cette bande dessinée elle serait de 19/20.

Cette bande dessinée a reçu le Prix du Public Cultura au Festival d'Angoulême 2014

Je remercie les Editions Delcourt et Price Minister pour l'envoi de cette bande dessinée dans le cadre de l'opération La BD fait son Festival 2014.

La femme du magicien de Jérôme Charyn et François Boucq


Une femme, un magicien doté d'étranges pouvoirs et une petite fille parcourent le monde en présentant des numéros inouïs. Mais la petite fille grandit et le démoniaque magicien veut en faire sa femme. Entre rêve et réalité, cette BD raconte leurs amours tumultueuses dans un New York de cauchemar. (Le Lombard - Collection Signé)

Cette bande dessinée m'a mise mal à l'aise dès le début, autant dire que cela ne commençait pas trop bien.
Une femme, cuisinière de son état, élève seule sa fille Rita dans une grande maison de Saratoga Springs.
Elle est la maîtresse d'Edmond qui se dit magicien, lui-même amoureux de la jeune Rita et la courtise à la façon d'un magicien : en lui faisant peur et en lui créant un monde d'illusions : "Pourquoi veux-tu toujours me faire peur, Edmond ? / Mais parce que je t'aime, Missy ... et c'est comme ça qu'un magicien fait la cour à sa future femme.".
Ces trois-là finissent par parcourir le monde en présentant des numéros extraordinaires, la mère vieillit et finit par s'éclipser de la scène au profit de sa fille extrêmement talentueuse mais dotée d'un pouvoir surnaturel.
Comme il l'avait prévu, Edmond l'épouse et la mère devient alors un fardeau.
Il existe une alchimie entre Rita et Edmond, avec elle il est le "King of Magic", mais le jour où elle le quitte il n'est plus rien : "Avec toi, j'ai la magie. Sans toi, je ne suis qu'un prestidigitateur.".
Rita le fuit et se cache dans un New York cauchemardesque où son côté surnaturel finit par prendre le dessus, sa mère lui conseille alors de l'au-delà de retrouver Edmond : "Il faudra pourtant que tu le retrouves, tu le sais. Il est nuisible mais tu dois l'aimer. Sans lui, tu n'es rien.".

Le premier mot qui me vient à l'esprit pour qualifier cette bande dessinée est "glauque", il convient très bien à l'histoire et à l'ambiance générale qui s'en dégage.
J'ai eu du mal à passer les premières pages, je faisais une réaction épidermique au personnage d'Edmond qui non seulement fait peur mais est d'une perversité rare et ferait presque de l'ombre au personnage de Humbert de "Lolita".
Passé le premier chapitre, l'histoire s'emballe plus et m'a prise partiellement au jeu car il faut bien reconnaître que je n'ai jamais été très à l'aise avec de toute ma lecture.
Je n'ai pas du tout accroché à la relation entre Rita et Edmond hormis vers la fin où celle-ci prend enfin une tournure un peu plus romantique et douce, n'arrivant pas à mettre un âge sur le personnage d'Edmond j'ai trouvé cela dérangeant l'attachement qu'il ressentait envers Rita, qu'il finit d'ailleurs par épouser.
Quant au personnage de la mère, il n'est pas non plus attachant, elle est sous le joug de cet homme et se laisse manipuler par lui au détriment du bonheur de sa fille et du sien.
Le seul personnage émouvant est d'une certaine manière Rita, mais là encore pas complètement.
L'histoire revêt une dimension fantastique qui peut déstabiliser, elle oscille toujours entre rêve et réalité, finissant par mélanger les deux à tel point que je ne savais plus trop sur quel pied danser.
De plus, les auteurs proposent une vision de New York quelque peu cauchemardesque : Central Park est un lieu dangereux à la tombée de la nuit, les hommes ont le pelotage facile et le droit de cuissage, la belle Rita fait tourner les esprits et ressortir de chaque mâle ou presque qui croise son chemin les plus bas instincts.
Et si mon opinion est mitigée sur cette bande dessinée, cela tient aussi des dessins qui ne m'ont franchement pas convaincue.
Je n'ai pas apprécié le coup de crayon, les personnages sont sans âge et plutôt inquiétants, la mère finit par sombrer dans une déchéance corporelle qui rebute le lecteur, quant à Rita elle ne m'a pas plus convaincue tant elle finit par ressembler à sa mère et manque d'expression dans ses attitudes.

"La femme du magicien" de Jérôme Charyn et François Boucq m'a plutôt déstabilisée et pas dans le bon sens du terme, je ne ressors pas particulièrement charmée de cette lecture, avec moi l'illusion du magicien n'a pas pris.

Un grand merci à Babelio et aux Editions Le Lombard pour l'envoi de cette bande dessinée.

Je remercie Babelio et les Editions Le Lombard pour l'envoi de cette bande dessinée dans le cadre du Club des Chroniqueurs Signé



Cette bande dessinée a été lue dans le cadre du Challenge New York


samedi 22 mars 2014

Le bataillon créole de Raphaël Confiant


Parle-moi de « Là-bas » ! Parle-moi surtout-surtout de La Marne, grand vent qui voyage sans répit de par le monde ! On dit que Théodore est mort dans une tranchée. Je ne comprends pas. Pourquoi l’armée de « Là-bas » se cachait-elle dans des trous au lieu de monter au front ? Pourquoi y attendait-elle que le Teuton fonde sur elle ? 
Man Hortense a perdu son fils Théodore, coupeur de canne émérite, à la bataille de la Marne, pendant la guerre de 14-18. Mais elle ne comprend pas ce qui s’est réellement passé sur ce front si loin de la Martinique… Théodore faisait partie du « bataillon créole » dans lequel des milliers de jeunes soldats s’enrolèrent pour aller combattre dans la Somme, la Marne, à Verdun et sur le front d’Orient, dans la presqu’île de Galipoli et aux Dardanelles. 
C’est du point de vue martiniquais, celui des parents des soldats, que Raphaël Confiant a choisi de nous faire vivre cette guerre. Il y a donc Man Hortense ; mais aussi Lucianise, qui tente d’imaginer son frère jumeau Lucien à Verdun ; Euphrasie, la couturière, qui attend les lettres de son mari, Rémilien, prisonnier dans un camp allemand. Et à leurs côtés, ceux qui sont revenus du front : rescapés, mutilés et gueules cassées créoles… 
Éloge de la mémoire brisée et sans cesse recousue, Le bataillon créole donne la parole à ces hommes et ces femmes qui, à mille lieues des véritables enjeux de la Grande Guerre, y ont vu un moyen d’affirmer leur attachement indéfectible à ce qu’ils nommaient la « mère-patrie ». (Mercure de France)

Je sors mitigée de cette expérience de la Première Guerre Mondiale vécue du côté du bataillon créole dans lequel des milliers de jeunes hommes se sont engagés pour aller combattre dans la Somme, dans la Marne, à Verdun, sur le front d'Orient, dans la presqu'île de Gallipoli et aux Dardanelles.
Le roman s'attache à raconter cet épisode du point de vue des familles martiniquaises : une mère dont le fils ne reviendra pas, une sœur dont le jumeau est mort "Là-bas", une femme dont l'amoureux est revenu meurtri à jamais dans sa chair et dans sa tête; mais également de façon rétrospective de celui des hommes partis qui sont morts dans cette guerre et des quelques uns qui en sont revenus.
Tous ces hommes se sont engagés pour montrer leur attachement à la "mère-patrie", cette lointaine métropole désignée par le terme "Là-bas", ils vivaient heureux sans rien demander à personne, ils vont se retrouver dans l'engrenage implacable de la guerre et son enfer : "Je n'étais qu'un simple éboueur municipal que la guerre avait arraché à son île des Amériques et charroyé jusqu'à ce monde inconnu.".
J'ai trouvé la construction de ce livre intéressante à travers cinq cercles qui se resserrent de plus en plus au plus près de l'horreur jusqu'à arriver en enfer, je regrette toutefois que la partie consacrée aux soldats soit moins importante que celles aux familles.
J'attendais plus de ce roman de découvrir cette guerre du regard de ces jeunes hommes partis pour défendre un pays qu'ils ne connaissaient que de nom plutôt que de celui des familles qui sont pleurent désormais leurs morts et apprennent à vivre sans eux.
Leur douleur est compréhensible et mérite d'être racontée, mais je n'en attendais pas autant.
Certaines parties ont fini par me lasser tandis que je retrouvais de l'intérêt dans celles s'attachant à décrire le quotidien et l'horreur de la guerre : "Parfois d'étranges statues à l'épiderme violacé : des fantassins, dont il était impossible de deviner la nationalité, cloués à la baïonnette d'un fusil comme qui dirait des épouvantails. Et dans l'air, cette odeur de mort qui flottait partout, qui imprégnait la terre, les arbres, les uniformes, les mains, des doigts, les cheveux.", ou encore celles présentant les pressentiments des soldats au front sur leur destin : "La Marne sera-t-elle mon tombeau ? J'en ai comme le pressentiment ...".
Mais là encore il manquait parfois une touche authentique, d'autant plus que la trame historique n'est pas respectée et que cela déstabilise de passer de 1914 à 1917 pour revenir en 1916, sans parler des retours en Martinique quelques années la guerre.
J'ai toutefois apprécié les descriptions de la vie en Martinique à cette époque, ainsi que ce point de vue sur l'Histoire plutôt inhabituel : il est courant de parler des soldats des colonies engagés dans ce combat, beaucoup moins du bataillon créole.
A ce titre, Raphaël Confiant leur rend un bel hommage à travers ce roman et permet de lever le voile sur une histoire plutôt méconnue du grand public en cette période de centenaire de la Première Guerre Mondiale.
Ce qui me gêne quelque peu également, c'est que j'ai finalement du mal à classifier ce roman : il ne tient ni de la fiction ni de l'historique, il contient une forme de réflexion politique et sociologique, sans doute que trop de genres sont mélangés dedans et m'ont quelque peu déstabilisée au cours de ma lecture.

"Le bataillon créole" de Raphaël Confiant est un bel hommage à ce bataillon venu défendre la "mère-patrie" dans des contrées qu'il ne connaissait pas et dans lesquelles il a souffert du froid, de la faim, de la mort.
Malgré mes quelques réserves, l'ensemble est intéressant et vaut d'être lu.

Livre lu dans le cadre du Prix Océans

mardi 18 mars 2014

Top Ten Tuesday #40


Le Top Ten Tuesday (TTT) est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.

Ce rendez-vous a été créé initialement par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.

Les 10 livres à lire ce printemps (ma PAL pour ce printemps)

1) "Quelques minutes après minuit" de Patrick Ness
2) "Les années douces" de Hiromi Kawakami
3) "Le livre des nuits" de Sylvie Germain
4) "Les saisons de la nuit" de Colum McCann
5) "Monteriano" d'E.M Forster
6) "Le livre de Dina - Tome 1" de Herbjørg Wassmo
7) "A l'ouest rien de nouveau" d'Erich Maria Remarque
8) "Chocolat amer" de Laura Esquivel
9) "Quand le requin dort" de Milena Agus
10) "Noire lagune" de Charlotte Bousquet

dimanche 16 mars 2014

Je vous écris du Vél d'Hiv - Les lettres retrouvées de Karen Taieb


Les 16 et 17 juillet 1942, 4 500 policiers sont mobilisés pour réaliser la plus grande rafle à l'encontre des Juifs jamais organisée dans Paris et sa banlieue. 12 884 personnes sont arrêtées : 3 031 hommes, 5802 femmes et 4051 enfants. Les individus ou familles sans enfants seront dirigés sur le camp de Drancy, les autres, avec enfants, vers le Vélodrome d'Hiver. Dans ce lieu, jusque-là temple du sport, des milliers de personnes vont tenter de survivre pendant plusieurs jours. Les 6 000 Juifs envoyés à Drancy seront déportés rapidement, ceux du Vél' d'Hiv sont transférés dans les camps du Loiret, de Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Le 22 juillet, soit six jours après le début de la rafle, le Vél' d'Hiv a été entièrement évacué. 
On parle beaucoup et souvent de la rafle du Vél' d'Hiv. Mais à y regarder de plus près, on ne sait pas grand chose. Seuls une photo, quelques documents et des lettres disent la violence de l'arrestation, les conditions dramatiques de l'enfermement, la faim, les maladies, le bruit, les odeurs... À travers eux on a découvert l'enfer du Vél' d'Hiv. Ces lettres, ce sont quelques mots jetés à la hâte sur un bout de papier, remis à des mains complaisantes. Pour plus de 8 000 personnes internées au Vél' d'Hiv, moins de vingt lettres ont été retrouvées. 
Pour la plupart inédites, elles étaient conservées aux archives du Mémorial de la Shoah. Pour la première fois, les voici rassemblées et publiées dans cet ouvrage. Toutes sont clandestines puisque qu'aucune correspondance n'était autorisée. Ces lettres sont terrifiantes de vérité, de détails. Mais elles constituent aussi malheureusement seulement le point de départ de l'horreur puisque, à une exception près, toutes les personnes dont nous reproduisons les lettres dans ce volume vont être assassinées dans les camps de la mort. En dehors de ces quelques mots tracés de leur main, il ne reste pas grand-chose d'eux. (Robert Laffont)

Quand Karen Taieb, responsable des archives du Mémorial de la Shoah, décide de sortir de l'ombre et de l'oubli des documents conservés précieusement au sein du Mémorial ou de celui de Yad Vashem, cela donne ce livre saisissant et éprouvant.
Saisissant parce qu'il lève le voile sur un pan méconnu de la Rafle dite du Vél d'Hiv : les conditions d'internement à l'intérieur de cette enceinte sportive; éprouvant parce que les mots de ces lettres laissent entrapercevoir la douleur, le bruit, l'odeur, le manque de nourriture et d'eau, en somme toute l'horreur de cet enfer qui a duré cinq/six jours avant l'internement dans les camps du Loiret de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande et le départ pour une destination à l'époque inconnue sur laquelle aujourd'hui un nom a été mis : Auschwitz.
Sont ici présentées dix-huit lettres rédigées majoritairement dans l'enceinte du Vél d'Hiv et parvenues ou non à leur destinataire de façon clandestine, ainsi que quelques unes rédigées des camps d'internement du Loiret.
Toutes traduisent les conditions déplorables d'internement dans cette enceinte sportive absolument pas conçue pour recevoir des hommes, des femmes, des enfants, pendant plusieurs jours : "Déjà chaque femme et ses enfants est un monde de misère. Jamais on n'aurait pu imaginer pareille chose. Parqués là pire que des bêtes, sans aucun soin d'hygiène; deux cabinets toujours occupés par des milliers de personnes. Il faut attendre des heures son tour. Pour l'eau, c'est pareil.".
Plus de huit mille personnes ont été internées dans le Vél d'Hiv pendant plusieurs jours avant d'être acheminées temporairement dans les camps d'internement du Loiret.
La foule est compacte, il n'y a plus de place dans les gradins : "Pour l'instant on attend au Vél' d'Hiver où il y a toujours plus d'arrivages, des enfants, femmes, hommes, il y a de tout.", les enfants jouent sur la piste, il y a des malades à même le sol, il n'y a pas d'eau, pas de nourriture, les toilettes sont bouchées, la toiture du vélodrome est une verrière il fait donc très chaud dans l'enceinte, le bruit est permanent et l'odeur nauséabonde.
Mais la censure a fonctionné, rien n'entre ni ne sort du vélodrome.
Si la plupart de ces lettres témoignent de ces conditions déplorables, l'une fait état de la gentillesse d'un gendarme, un geste plutôt rare qu'il est important de souligner.
Si toutes s'accordent à décrire l'indescriptible, le ton employé n'est pas toujours le même : parfois il y a de l'abattement, de la peur, du courage, mais aussi de l'ironie face à la situation : "Nous sommes tous assis tout autour, sur les fauteuils comme au spectacle, mais ce sont nous les artistes.".
A l'intérieur du vélodrome c'est l'enfer, mais dans les camps d'internement de Pithiviers ou de Beaune-la-Rolande le temps est long et propice à la réflexion : "Je ne fais rien, aussi j'ai tout mon temps pou réfléchir et méditer sur tout le bonheur perdu (qui sait, à jamais peut-être ...).", cette phrase a été écrite par une jeune fille, Edith Schuchova, à l'attention de son meilleur ami, à qui elle précise un funeste : "Forget me not.".
Mais ce livre ne se contente pas de présenter les lettres, il fait également part du destin de toutes les personnes qui les ont rédigées et de leur famille, et présente les rares photographies de toutes ces personnes, permettant ainsi de mettre un visage sur les noms.
C'est aussi en cela qu'il est particulièrement poignant, c'est le destin tragique de plusieurs familles qui est ici raconté, la vie de personnes qui s'est brutalement interrompue et dont aucune n'est revenue de déportation, à l'exception d'Antonina Pechtner.
Ce chapitre m'a particulièrement marquée pour deux raisons, tout d'abord parce que dans sa missive rédigée au Vél d'Hiv Antonina Pechtner fait preuve d'une clairvoyance extraordinaire quant au sort qui l'attend : "Je ne veux pas que mon enfant meure quelque part en Pologne, je veux mourir sans lui.", mais aussi parce qu'elle est l'une des rares personnes arrêtées en juillet 1942 à être revenue de déportation.
D'une certaine manière, c'était presque choquant de le lire tant auparavant j'avais lu la sempiternelle phrase : "Aucun d'entre eux n'est revenu.", aussi parce que dans une certaine mesure je n'arrive pas à comprendre comment cela a pu être possible de réussir à survivre dans l'univers concentrationnaire d'Auschwitz.
Toutes ces lettres sont terrifiantes et criantes de vérité, elles permettent de saisir sur le vif des détails peu connus jusqu'à ce jour et sont malheureusement bien des fois la dernière trace de vie des personnes qui les ont rédigées.

Il faut remercier Karen Taieb d'avoir rassemblé et publié ces lettres dans ce poignant recueil, un livre indispensable qui participe à la transmission de la mémoire du passé et des victimes de la Shoah, pour ne jamais oublier et surtout que cela ne se reproduise plus jamais.

Livre lu dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014 - Bâtiment : VEL D'HIV (Vélodrome d'hiver rue Nélaton à Paris)


Livre lu dans le cadre du Plan Orsec 2014 pour PAL en danger


Station 16 de Hermann et Yves H.


La Nouvelle-Zemble, région désertique et glacée au nord de la Russie, a été le théâtre d'essais nucléaires d'une puissance effroyable. 40 ans plus tard, une patrouille de soldats découvre dans la région une base scientifique désaffectée. Un instant plus tard, la base s'anime d'une vie inquiétante. Les soldats ont fait un saut dans le temps et se retrouvent au milieu de scientifiques soviétiques qui mènent des expériences atroces sur les êtres humains... (Le Lombard - Collection Signé)

Amateurs de science-fiction et de visions cauchemardesques, cette bande dessinée est faite pour vous !
Tout commence lorsqu'une patrouille de soldats intercepte un message de détresse en provenance de la Station 16 en Nouvelle-Zemble, sauf qu'il y a un petit problème : "C'est impossible, la station météo arctique 16 est à l'abandon depuis un demi-siècle ! Elle fut fermée à la mort de Staline. Pour quelle raison, je l'ignore, mais je suis sûr d'une chose : il n'y a personne là-bas !".
La patrouille s'y rend tout de même, trouve une station déserte et soudain c'est le chaos suite à une aurore boréale : la station est de nouveau en état comme dans les années 50.
La première explication à cet étrange phénomène est toute simple : " "Ils" ont la femme de ménage la plus rapide de Russie.", la deuxième beaucoup plus complexe et difficile à avaler : "Chyort voz'mi, tu ne vois donc pas que rien n'est normal ici ! C'est sûrement à cause de ces foutus essais atomiques dans l'atmosphère. Il s'est créé une sorte de faille temporelle dans laquelle on est tombés ... et l'hélico est notre seule porte de sortie !".

Oscillant entre fiction et cauchemar, cette histoire met en scène une troupe de soldats aux prises avec les étranges phénomènes qui surviennent dans la Station 16, désormais inhabitée mais qui fut vraisemblablement le théâtre d'essais chirurgicaux sur des cobayes humains et d'essais atomiques en plein air.
Autant dire que la conjugaison de tous ces événements a créé un lieu qui file la chair de poule et dans lequel il ne fait pas bon s'éterniser, surtout lorsque l'on ne cesse de passer d'une période à une autre par des sauts temporels.
Le héros de l'histoire est un jeune soldat surnommé La Bleusaille, maltraité par ses camarades il est pourtant le plus lucide et sera presque le seul survivant de cet épisode trouble, mais il aura bien du mal à être cru par les personnes à qui il racontera son histoire : "Tout ce que j'ai dit est la vérité ! La collision spatio-temporelle, les expériences, le laboratoire ... et l'explosion atomique ! Je ne peux pas avoir tout inventé !".
Ce sont le père et le fils qui co-signent cette bande dessinée au scénario étrange mais qui ne laisse pas indifférent.
J'avoue m'être presque fait quelques frayeurs en la lisant le soir tant certains passages sont à la limite du glauque, mais j'ai été prise par l'ambiance qui se dégage des dessins.
Quant au graphisme je l'ai beaucoup apprécié, il sert bien le scénario et le met parfaitement en image, traduisant par les dessins l'atmosphère générale de l'histoire, tout comme j'ai remarqué que les auteurs ont joué sur les contrastes de couleur : le froid de la station en Russie et la chaleur d'une explosion atomique.

"Station 16" de Huppen père et fils est une bande dessinée quelque peu étrange mais qui captive le lecteur par son scénario original et la qualité de son graphisme, un univers déroutant mais fascinant dans une Russie quasi apocalyptique qui mérite d'être découvert.

Un grand merci à Babelio et aux Editions Le Lombard pour l'envoi de cette bande dessinée.

Je remercie Babelio et les Editions Le Lombard pour l'envoi de cette bande dessinée reçue dans le cadre du Club des Chroniqueurs Signé

samedi 15 mars 2014

L'invention de nos vies de Karine Tuil


Sam Tahar semble tout avoir : la puissance et la gloire au barreau de New York, la fortune et la célébrité médiatique, un « beau mariage »… Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son meilleur ami Samuel, écrivain raté qui sombre lentement dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la sublime Nina était restée par pitié aux côtés du plus faible. Mais si c’était à refaire ? 
À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c’est la déflagration… 
« Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut jamais en revenir » dit un proverbe qu’illustre ce roman d’une puissance et d’une habileté hors du commun, où la petite histoire d’un triangle amoureux percute avec violence la grande Histoire de notre début de siècle. (Grasset)

C'est une version intéressante et revisitée de Jules et Jim que propose Karine Tuil à travers ce roman.
Samuel et Nina sont ensemble et étudiants, ils se lient d'amitié avec Samir qui tombe amoureux de Nina, ces deux là se mettent ensemble le temps d'une absence de Samuel, mais lorsque ce dernier revient il ravie par un odieux chantage Nina à Samir et se la réapproprie.
Vingt années passent, Samuel et Nina s'embourbent dans une vie plutôt médiocre, sans enfant et sans avenir dans une banlieue parisienne désenchantée, ils découvrent un beau jour à la télévision que Samir mène une vie dorée à New York en étant un avocat reconnu, marié à la fille unique d'un homme détenant un empire, et surtout que pour se faire un nom, Samir s'est approprié la biographie et le passé de Samuel.
Samuel pousse alors Nina à recontacter Samir, sacrifie sa femme dans un jeu malsain pour voir si cette fois-ci encore elle lui reviendra, en somme, comme le dit la chanson, tous deux sont repartis dans le tourbillon de la vie et ont continué à tourner tous les deux enlacés, jusqu'à ce qu'un grain de sable vienne enrayer la machine et la stopper nette.

"Il y a quelque chose de profondément tragique, qui dit la fragilité humaine, dans la fréquentation d'un être dont la sensibilité exacerbée commande le rapport au monde, la place sociale, un être à vif, un cobaye dont la société teste la résistance à la brutalité.".
A n'en pas douter, il y a quelque chose de tragique dans la destinée de Nina, condamnée à aimer deux hommes qui la détruiront chacun à leur tour, deux formidables exemples de perversion narcissique.
La trame de ce roman est d'ailleurs bâtie en grande partie sur ce trait psychologique commun aux deux personnages masculins, à la toute fin il n'en restera qu'une Nina lessivée et essorée par la vie, un Samir broyé et rattrapé par son mensonge et un Samuel auréolé de gloire par son succès en écriture mais profondément seul dans sa vie.
"L'écriture n'est qu'une façon comme une autre de conquérir et de conserver une place sociale.", Samuel l'apprendra à ses dépens en connaissant la gloire avec vingt ans de retard mais sera seul et ne pourra la partager avec personne.
Il a joué, il a tout perdu, il a détruit à la fois son couple et la femme qu'il prétendait aimer en la poussant dans les bras de son ancien amant et dans un système amoureux pervers : "L'agressivité comme ressort érotique. L'hostilité comme combustible du désir. Ils n'avaient trouvé que ça, pour durer.".
Si Samir donne l'apparence d'être un roc que rien ne peut ébranler, ni les événements ni son passé : "Rien de ce qu'ils avaient vécu ne semblait l'avoir affecté, comme un homme qui, rescapé d'un effroyable carambolage, sort indemne d'un véhicule en feu quand l'autre passager est mort sur le coup.", il n'est somme toute pas si indemne que cela puisqu'il a dû mentir pour arriver là où il en est aujourd'hui, mentir sans cesse jusqu'à s'enferme dans le mensonge et se mettre à y croire.
Qu'il s'agisse de Samuel ou de Samir, chacun a une revanche à prendre sur la vie et beaucoup trop d'amertume dans le cœur : pour Samuel, c'est le fait d'avoir raté sa vocation d'écrivain et d'avoir échoué comme éducateur social en banlieue, tout cela parce qu'à la base il a rejeté ses parents et ses origines; pour Samir, c'est le fait d'avoir caché ses origines pour arriver à ses fins, parce qu'il estimait qu'elles étaient un frein à son ascension sociale, à son besoin désespéré de reconnaissance.
Dans le fond, ce qui lie ces deux personnages masculins est leur quête éperdue d'amour et de reconnaissance, à la différence que Samuel y arrivera peut-être mais avec vingt ans de retard tandis que Samir devra en payer le prix fort dans un New York traumatisé par les attentats du 11 septembre 2001 et plus généralement dans une Amérique qui ne supporte pas le mensonge.
Quant à Nina, elle a fini par être usée par ces deux hommes qui l'ont tour à tour mal aimée et peu respectée, à tel point qu'elle finit en poupée de chiffon manipulable par n'importe qui n'importe comment : "Et elle se laisse faire alors qu'elle devrait le repousser, elle ne réplique rien - cette docilité soudaine, cette forme inattendue de placidité, c'est l'expression la plus terrible du détachement.".
Elle a aimé Samuel dans une vie moyenne de banlieusarde, elle s'est transformée en poule de luxe à la disposition de son amant dans un appartement luxueux de Manhattan, ne profitant de New York que derrière les grandes fenêtres de son appartement et les trop rares excursions dans son quartier.
Dans cette histoire, les vraies victimes ne sont pas les hommes mais bien les femmes, qu'il s'agisse de Nina ou de la mère de Samir, elles finissent par être broyées par les hommes qu'elles aiment, qu'il s'agisse d'un compagnon ou d'un fils.
L'écriture de Karine Tuil est dans l'urgence, accumulant les mots et les listes, ponctuant son récit de notes de bas de page présentant de courtes biographies des personnages rencontrés, toujours à l'imparfait comme si toutes ces personnes étaient vouées à avoir réussi leur vie ou à le regretter, tout est soit blanc ou soit noir mais il n'y a jamais de gris, à l'image des trois personnages principaux qui sont entiers et passent d'un extrême à l'autre.
Seule la fin en queue de poisson vient quelque peu entacher l'ensemble jusque-là réussi et mené de plume de maître.

"L'invention de nos vies", servi par la plume effrénée de Karine Tuil, est un récit haletant qui rappelle au lecteur que l'important n'est pas de rêver ou s'inventer sa vie sous peine d'éprouver des regrets et de profondes déceptions mais bien de la vivre au jour le jour et d'en profiter pleinement chaque instant.

Livre lu dans le cadre du Prix Océans



Livre lu dans le cadre du Challenge New York 

mardi 11 mars 2014

Après-guerre - Tome 2 Blocus d'Eric Warnauts et Guy Raives


Berlin, 1947. Un homme est abattu par les soldats russes alors qu'il cherchait à gagner le secteur anglais. Dans sa mallette, on retrouve des fiches de prisonniers détenus dans des camps soviétiques. Parmi celles-ci, celle d'Assunta Lorca, la républicaine espagnole, amante de Thomas. Ce dernier n'aura alors de cesse de la faire libérer. Son amie Lucie le met en contact avec l'intelligentsia parisienne du café de Flore et les leaders communistes français. Grâce à eux, Thomas espère trouver l'endroit où Assunta est retenue prisonnière. Mais le temps lui est compté. La guerre froide commence... (Le Lombard - Collection Signé)

Une bande dessinée signée Eric Warnauts et Guy Raives était à elle seule signe d'une réussite, mais quelle ne fut pas ma surprise de découvrir en feuilletant les premières pages que cette série était la suite des "Temps nouveaux", série que j'avais découverte l'été dernier et lu avec grand plaisir (Tome 1 et Tome 2).

Cet album couvre les années 1949 et 1950, la Seconde Guerre Mondiale est finie depuis quelques années maintenant et c'est la Guerre Froide qui se met en place, mais les plaies du précédent conflit sont lentes à cicatriser : "Je suis en train de me détruire à petit feu ... Comme si je me consumais lentement. Il ne restera bientôt plus que de la cendre ... Et je m'éteindrai définitivement.".
La volcanique Assunta n'est plus que l'ombre d'elle-même, décharnée physiquement et détruite moralement, elle n'arrive pas à reprendre le cours d'une vie, elle se perd dans de vaines vengeances qui ne lui apportent aucun réconfort, elle est un fantôme désormais incapable d'aimer, de s'attacher, enchaînée à son passé et à la Guerre.
Elle retrouve Thomas qui lui aussi a changé, cela perturbe Assunta : "Parce que, si toi aussi tu changes ... Alors, cela voudra dire que le monde a eu raison de nous.".
Et en toile de fond au destin de tous ces personnages, il y a la situation politique en Belgique, la petite histoire qui s'inscrit dans la grande, un monde nouveau qui émerge et dans lequel il est difficile de trouver sa place.

Cette bande dessinée mêle et entremêle le destin de plusieurs personnages rencontrés auparavant, d'autres sont des nouveaux venus, mais tous éprouvent des difficultés à s'adapter à un monde qui change, à une Europe qui essaye de se reconstruire et de panser ses plaies : "Nous sommes condamnés à vivre seuls avec ce vécu, jusqu'à ce que le temps fasse son travail.".
Le communisme perd de sa superbe, aux Etats-Unis la "chasse aux sorcières" est lancée, après la Guerre, l'engagement dans la Résistance avec l'espoir d'un monde meilleur, c'est la désillusion qui règne en maître : "Nos rêves d'aubes nouvelles se sont envolés. Des temps difficiles s'annoncent.".
J'ai été marquée par le peu d'optimisme qui se dégage de cette histoire, à l'inverse des "Temps nouveaux" qui traitaient de l'avant et de la fin de la Guerre cette série n'incite pas à l'espoir, j'ai donc retrouvé des personnages fortement marqués par leur vécu, à vif, éprouvant des sentiments exacerbés et qu'un rien peut faire basculer dans le drame.
Une vision plutôt noire mais somme toute assez réaliste de ce que la plupart des personnes ont pu ressentir dans les années d'après-guerre, elles ont été une nouvelle fois déçues par la politique, elles ont également mûri et leurs idées avec.
J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre le destin de ces personnages, tous ont un côté touchant, j'ai également apprécié le fait que les femmes étaient mises en avant et au cœur du récit.
Eric Warnauts et Guy Raives ont l'habitude de travailler ensemble depuis de nombreuses années et cela se ressent à la lecture tant le récit est homogène.
Les mots sont réservés à Eric Warnauts, les couleurs à Guy Raives et tout le reste se fait à quatre mains, un procédé quelque peu inhabituel mais qui ne se ressent absolument pas à la lecture et qui fonctionne parfaitement.
J'aime beaucoup le style graphique de ces auteurs et j'ai apprécié de voir l'évolution des personnages dans l'âge à travers cette bande dessinée.
Les dessins et les couleurs possèdent une forme d'envoûtement qui a fait que j'ai lu d'une seule traite ce volume, j'ai également trouvé que la présence d'une chronologie historique en fin de volume était une bonne idée qui permettait de replacer les événements dans leur contexte, d'autant plus que je connais peu l'histoire de la Belgique dans les années 50.

Ce deuxième tome de la série "Après-guerre" signée par le duo Eric Warnauts et Guy Raives est une formidable histoire humaine dans laquelle j'ai retrouvé avec grand plaisir les personnages des "Temps nouveaux" ainsi que le graphisme et l'ambiance qui se dégage de cette fresque historique.
Il ne me reste donc plus qu'à lire le premier tome de cette série pour que la boucle soit bouclée.

Un grand merci à Babelio et aux Editions Le Lombard pour l'envoi de cette bande dessinée.

Je remercie Babelio et les éditions Le Lombard pour l'envoi de cette bande dessinée reçue dans le cadre du Club des Chroniqueurs Signé.


Top Ten Tuesday #39



Le Top Ten Tuesday (TTT) est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.

Ce rendez-vous a été créé initialement par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.

Les 10 livres favoris de la littérature anglaise (genre choisi) 

Il s'agit de livres de la littérature anglaise que j'ai lus, ceci n'est pas forcément une liste de mes 10 auteurs anglais préférés.

1) "Jane Eyre" de Charlotte Brontë
2) "Les hauts de Hurlevent" d'Emily Brontë
3) "Rebecca" de Daphné du Maurier
4) "Dix petits nègres" d'Agatha Christie
5) "Le seigneur des anneaux" de JRR Tolkien
6) "Tess d'Urberville" de Thomas Hardy
7) "Raison et sentiments" de Jane Austen
8) "Le meilleur des mondes" d'Aldous Huxley
9) "Le livre de la jungle" de Rudyard Kipling
10) "1984" de George Orwell

dimanche 9 mars 2014

Amazon cautionnerait le plagiat ? Il semblerait bien que oui ...


Depuis hier, une nouvelle affaire de plagiat secoue la blogosphère.
C'est un combat à la David contre Goliath qui vient de se lancer, avec dans le rôle de David des blogueurs/euses, chroniqueurs/euses de livres et de cinéma sur des sites communautaires comme Babelio ou AlloCiné et dans le rôle de Goliath le site Amazon.

Une certaine Coline, membre d'Amazon, copie/colle tout bonnement des billets rédigés par des tierces personnes et ce dans le but de "gonfler" son nombre de commentaires publiés.
Cela porte un nom : c'est purement et simplement du plagiat.
Cette personne a donc publié déjà plus de 700 commentaires, cela représente à l'heure actuelle une trentaine de blogueurs/euses plagié(e)s, certain(e)s ont été plagié(e)s sur plusieurs billets et cela concerne également la communauté AlloCiné.
A titre d'exemple pour étayer mes propos, voici l'avis de George sur "Tu n'as pas tellement changé" de Marc Lambron et le lien vers "l'avis" de Coline (Edit du 10/03/2014 : l'avis de Coline a été retiré par Amazon).

Grâce au forum de Babelio et à Facebook, les personnes concernées ont pu se faire connaître et ont tenté une parade. La première chose a été de laisser des commentaires sous les avis plagiés stipulant le copier-coller. Puis Amazon a été alerté par le biais du service client.
Sur les conseils d'une personne du service client d'Amazon, des mails ont été envoyés pour signaler cet incident.
Mais voici ce qu'une personne a reçu ce matin comme réponse à son mail :
Bonjour, 
Nous avons lu le commentaire à propos de l’article"Quatre murs " au sujet duquel vous nous contactez. Nous comprenons votre mécontentement. 
Cependant, puisque ce commentaire adhère à nos conditions d’utilisations et règles d’écriture, nous ne serons pas en mesure de le supprimer. A titre de rappel, vous trouverez nos règles d’écriture en cliquant sur le lien suivant : http://www.amazon.fr/gp/help/customer/display.html/ref=hp_rel_topic?ie=UTF8&node… 
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Cette réponse, et notamment la phrase mise en gras, est non seulement inacceptable mais témoigne donc qu’Amazon cautionne le plagiat sur son site.
Lorsqu'on lit leurs fameuses conditions d’utilisations et de règles d’écriture, il n’est en effet pas stipulé qu’il soit interdit de recopier l’avis d’une tierce personne, sauf que, tout en bas, dans une rubrique Important, il est écrit :
Tout commentaire en contravention avec les lois françaises ou ne respectant pas les règles mentionnées ci-dessus ne pourra être publié. 

Or, le plagiat est un délit en France et plusieurs articles de loi existent pour le dénoncer et le punir.
Ainsi dans le Code de la Propriété Intellectuelle : Article L.122-4 (sur l’interdiction de reproduire sans consentement) ; Article L.122-5 alinéa 3 (concerne les citations d’œuvres qui obligent de citer les sources) ou encore Article L.122-5 alinéa 3, point « a » (qui stipule que les citations sont admises uniquement si elles sont courtes et pour illustrer un propos). A quoi on peut rajouter les articles L.111-1 et L.123-1 du même code de la propriété intellectuelle, qui stipulent la violation des droits d’auteurs. Pour ce qui est des sanctions : art. L. 335-1 à L. 335-10.

Amazon ne respecte donc pas les lois françaises (souvenez-vous de l'exploitation de leurs employés ...) et donc son propre règlement, et cautionne même le plagiat en ne voulant pas intervenir et supprimer les commentaires de cette Coline.
J'irai même plus loin, il ne faut pas que supprimer les commentaires de cette personne mais tout simplement l'interdire de publication sur Amazon.

Je ne suis pas journaliste, grande chroniqueuse littéraire, détentrice de la science infuse et que sais-je encore, mais c'est avec mon cœur (et mes petits doigts) que je fais vivre ce blog à travers la rédaction d'articles qui prennent du temps et nécessitent de l'énergie et de la réflexion personnelle.
Alors quand je découvre que certaines personnes se contentent d'un CtrlC/CtrlV pour publier le plus de commentaires possibles et y gagner je ne sais trop quoi, la moutarde me monte fortement au nez, j'ai des fourmis dans les doigts et je sors de l'encrier ma plume de justicière, même si je ne suis pas directement concernée (enfin je ne pense pas mais j'avoue ne pas être allée au bout de ma recherche, l’écœurement était trop important d'y retrouver des chroniques de personnes que je connais).

A tous ceux et celles qui croient que c'est Goliath qui va l'emporter, détrompez-vous.
Encore une fois ce combat sera remporté par David, la horde de la blogosphère est non seulement dans son bon droit mais en ordre de marche et, comme vous l'aurez compris, je la soutiens à 200% !

Vous trouverez ici l'article de George dont j'ai utilisé certaines parties, plus particulièrement celles avec les références aux textes de lois.
Et bien entendu, faites tourner et faites du bruit autour de vous sur cette position inacceptable d'Amazon !

Edits du 10/03/2014 :
ActuaLitté s'empare du sujet : à lire ici
Le Figaro s'empare du sujet : à lire ici

Monteriano d'Edward Morgan Forster


"Monteriano - Radieuse Toscane -STOP - Lilia fiancée dans noblesse Italienne - STOP - Lettre suit -STOP-" Ni duc, ni comte, le beau Gino épousera Lilia, la jeune veuve anglaise, précipitant l'étonnante rencontre du conservatisme glacé du nord et de l'insouciante beauté du Sud. Avec une tenue toute britannique, Forster nous livre là l'égal de Route des Indes en Italie: la sombre et somptueuse tresse de la passion, du puritanisme anglais et de la mort qui se dénouera violemment un soir d'orage sous le ciel mauve de Monteriano. (10/18)

Lilia est une jeune veuve anglaise vivant sous le joug de sa belle-famille qui lui restreint sa liberté, son choix de vie et ses pensées.
Elle décide alors de partir en séjour en Italie, cette idée recevant partiellement l'approbation de sa belle-famille : "Elle a l'esprit bourgeois, je l'admets, elle est d'une ignorance crasse et possède, en art, un goût détestable. Mais posséder un goût, c'est déjà quelque chose. L'Italie la purifiera : elle ennoblit tous ses visiteurs. Elle est, pour le monde, une école autant qu'un jardin.".
Sauf qu'en Italie et malgré la surveillance de la jeune Miss Abbott, Lilia s'entiche d'un italien, le beau Gino, qui n'est ni prince ni comte mais a le caractère indolent de l'italien et s'entiche à son tour de Lilia, ou alors de son compte en banque, voire peut-être des deux, ils forment en tout cas un couple mal assorti à l'issue plus qu'incertaine : "Elle se croyait si infiniment supérieure à lui qu'elle négligea, une à une, toutes les occasions d'affermir son empire. Il était beau et indolent; il devait donc être stupide. Il était pauvre : jamais, par suite, il n'oserait critiquer sa bienfaitrice. Il était passionnément amoureux; elle pouvait donc n'agir qu'à sa guise.".
Mais bien vite un drame survient et c'est alors une lutte qui s'ouvre entre la belle-famille de Lilia et Gino.

Dans ce roman s'opposent le puritanisme anglais et l'insouciance italienne, d'un côté le nord de l'Europe et de l'autre le sud.
Une nouvelle fois, j'ai été frappée par la finesse et la justesse d'analyse d'Edward Morgan Forster sur les différents personnages mis en scène.
Il croque la société anglaise bourgeoise du début du 20ème siècle avec une plume acérée mais vise toujours juste, quant à l'Italie il joue avec ses charmes, son caractère indolent et l'attraction que ce pays exerce sur les personnes qui le visitent.
Aller en Italie dans n'importe quel endroit, c'est bien souvent tomber perpétuellement sous son charme et y revenir sans cesse.
Philippe Herriton est à ce titre un personnage versatile sur son approche de l'Italie : subjugué par ce pays et beauté lors d'un voyage, il reviendra sur sa position lorsque Lilia, sa belle-sœur, osera y épouser un homme du cru sans le consentement de sa belle-famille, puis retombera sous son charme à travers le prisme du personnage de Gino qu'il finira par apprécier.
Ce qui m'a frappée à la lecture de ce roman, c'est qu'aucun des personnages n'est franchement sympathique pour le lecteur mais ils ne sont pas pour autant antipathiques.
Par exemple Lilia, elle aurait pu incarner la femme qui se libère du joug de sa belle-famille et des conventions, au final elle est plutôt présentée comme une femme agissant sous le coup d'impulsions et sans vraiment réfléchir aux conséquences de ses actes, cela ne la chagrine pas outre mesure d'abandonner sa fille en Angleterre, drôle de forme d'amour maternel.
Le personnage féminin le plus intéressant est à mes yeux celui de Miss Abbott de par sa dualité : "L'idée vint à Philippe qu'il y avait deux Miss Abbott : celle qui pouvait faire seule le voyage de Monteriano, et celle qui, arrivée là, ne pouvait pas entrer dans la maison de Gino. La découverte était amusante. Laquelle des deux Miss Abbott allait, dans leur partie, jouer le coup suivant ?".
Elle respecte les règles de bienséance tout en osant certaines choses, le retournement final sur ce personnage est tout simplement jouissif, tout comme Miss Abbott incarne finalement tout au long du récit une transposition du mythe d'Endymion de par sa relation avec Gino.
Quant à Gino, il incarne l'homme italien dans toute sa splendeur et ses défauts : à la fois charmeur et fainéant, gentil et manipulateur, sans jamais être profondément détesté par le lecteur : "Ce garçon vicieux et cruel connaissait d'étranges raffinements. L'horrible vérité - que les méchants sont capables d'amour - fut soudain dévoilée à Miss Abbott, et sa conscience morale en resta comme abasourdie.".
Au-delà de l'histoire somme toute assez tragique, ce roman est une formidable étude de caractères à travers une galerie de personnages hauts en couleur, le tout ayant pour toile de fond l'Italie, ce pays jouant le rôle de catalyseur d'émotions et d'actes irréfléchis aux conséquences lourdes.

Décidément, la plume d'Edward Morgan Forster est belle et féroce et c'est avec grand plaisir que je l'ai retrouvée dans "Monteriano", un roman mettant en scène des personnages au destin tragique dans une Toscane radieuse et envoûtante.

Livre lu dans le cadre du Challenge Il Viaggio


Livre lu dans le cadre du Challenge Petit Bac 2014 - Lieu MONTERIANO


Livre lu dans le cadre du Plan Orsec pour PAL en danger 2014


samedi 8 mars 2014

Quelques minutes après minuit de Patrick Ness


Depuis que sa mère est malade, Conor redoute la nuit et ses cauchemars. Quelques minutes après minuit, un monstre apparaît, qui apporte avec lui l'obscurité, le vent et les cris. C'est quelque chose de très ancien, et de sauvage. Le monstre vient chercher la vérité. (Gallimard Jeunesse)

Depuis que sa mère est gravement malade, Conor s'isole de ses camarades à l'école et cauchemarde chaque nuit : à minuit et sept minutes un monstre apparaît, jusqu'au jour où ce dernier prend vie et lui propose un marché : il va venir lui raconter trois histoires, la quatrième c'est Conor qui devra la lui raconter.
Commence alors pour Conor une étrange période dans laquelle il va finir par perdre pied, subjugué par les propos du monstre, en mélangeant le monde réel et celui du cauchemar : "presque comme dans le cauchemar, le même monde fiévreux et brumeux qui dérapait de son axe mais, cette fois, c'était lui qui contrôlait le chaos, cette fois, c'était lui le cauchemar".
Mais le monstre n'est pas là innocemment, c'est parce que Conor l'a appelé qu'il est apparu, et c'est à Conor de trouver la raison de cet appel au secours, en somme, d'énoncer sa vérité à travers une histoire pour que le monstre disparaisse : "Et s'il y avait une chose que le monstre lui avait apprise, c'était bien celle-là. Les histoires étaient des animaux sauvages, très sauvages, et elles partaient dans des directions qu'on ne pouvait pas prévoir.".

Ce roman destiné à la jeunesse traite du thème difficile qu'est la maladie et par ricochet, la mort, ainsi que dans une moindre mesure la séparation puisque les parents de Conor sont divorcés et que son père a refait sa vie aux Etats-Unis.
A partir d'une idée originale de Siobhan Dowd, décédée avant d'avoir pu finir l'élaboration de son roman, Patrick Ness a créé une histoire complète illustrée par Jim Kay.
Cette histoire m'a particulièrement touchée, elle est à la fois très belle et très triste mais traitée avec beaucoup de délicatesse et ne tombe jamais dans l'apitoiement.
Les trois contes narrés par le monstre présenté sous forme d'un if géant sortent du cadre des contes habituels et contiennent une morale subtilement distillée au jeune Conor.
Le personnage de ce jeune garçon est lui aussi bien traité, il est présenté au lecteur dans toute sa complexité comme un enfant qui a peur mais qui ne le montre pas et n'en parle à personne : "Conor n'avait jamais eu aussi peur de toute sa vie. C'était comme assister à la fin du monde, comme être vivant et éveillé dans son propre cauchemar, le hurlement, le vide ...", il se comporte parfois en adulte alors qu'il est encore un enfant, il porte sur ses épaules un fardeau bien trop lourd pour son jeune âge.
Cette histoire permet notamment d'illustrer le fait que la parole peut libérer et soulager, le monstre servant de catalyseur pour déclencher les sentiments refoulés par Conor.
Une fois l'abcès crevé, Conor est soulagé et libéré, il peut de nouveau envisager de continuer à vivre sa vie de petit garçon bien qu'il gardera de son passé une empreinte indélébile.
J'ai beaucoup aimé l'introduction du fantastique dans cette histoire pourtant très terre à terre et ancrée dans le réel et le quotidien.
Les illustrations apportent une atmosphère à l'intrigue et donnent un véritable cachet à ce roman.
La plume de Patrick Ness m'a énormément séduite et je suis désormais très curieuse de découvrir les œuvres de Siobhan Dowd.

"Quelques minutes après minuit" est un coup de cœur littéraire, ce roman destiné en premier lieu à la jeunesse peut se lire à tout âge avec beaucoup de plaisir tant son récit est maîtrisé, empli d'émotions et la plume de Patrick Ness extrêmement agréable et belle à lire.

Livre lu dans le cadre du Prix des Lectrices 2014


Livre lu dans le cadre du  Challenge Petit Bac 2014 - Catégorie Moment/Temps MINUTES


Livre lu dans le cadre du Plan Orsec pour PAL en danger 2014