dimanche 25 juin 2017

Ces douleurs que l'on cache de Carine Petit


Xavier vit avec Luce une relation belle sous tous rapports. Il est loin de penser qu’elle a tout fait pour cacher certaines choses qui auraient pu entacher leur relation. Lorsqu’elle tombera dans le coma, après un accident de voiture, il découvrira une femme qui ne correspond pas à ce qu’il a connu d’elle jusque-là. Et l’angoisse prendra part de sa vie, au fur et à mesure que les faits se présenteront à lui. (Editions Persée) 

Luce et Xavier s'aiment d'amour, c'est le bonheur fou, mais voilà que Luce a un accident de voiture et sombre dans la coma, Xavier découvre alors une Luce différente de celle qui connaît, avec des secrets qu'il va tenter de percer tout en priant que sa bien-aimée revienne à lui.

C'est sirupeux, c'est mielleux, et comme le dit la chanson : "Ça dégouline d'amour, c'est beau mais c'est insupportable. C'est un pudding bien lourd, de mots doux à chaque phrase".
Alors je vais annoncer tout de suite la couleur : je n'ai pas aimé, mais alors pas du tout.
Ce n'est pas le thème que je reproche à ce roman, quoique c'est téléphoné et pas traité de la plus judicieuse des façons, mais la façon de le traiter : bourrée de condescendance, enfonçant des portes ouvertes, assommant de phrases toutes faites : "La volonté nous permet d'accomplir tellement de choses.", ou encore "Avec des si, on pourrait refaire le monde." et les brandissant tel des étendards du savoir et de la pensée correcte.
Encore une fois, comme le dit la chanson : "Avec des si on mettrait Paris en bouteille, avec des si on ferait parler les abeilles".
Parmi toutes les choses que je ne supporte pas, il y en a une omniprésente dans ce roman : l'auteur impose sa vision des choses (et avec des phrases frôlant la niaiserie ...).
Donc il faut obligatoirement se marier, et quand on est marié le but ultime (le seul d'ailleurs), c'est d'avoir des enfants sinon la vie de couple n'a aucun sens, ni aucune raison d'être.
Pardon, mais heureusement qu'il n'y a pas qu'une vision de la vie et qu'un chemin à suivre !
Clairement, je ne rentre pas dans les cases de l'auteur, en tout cas dans ce qu'elle a écrit dans ce roman et j'ai du mal à distinguer l'auteur de ce qu'elle raconte, car pour moi il y a une partie de sa façon de penser dans ce roman et dans ce qu'elle fait dire à ses personnages.
Pour continuer dans les propos de ce livre, il y a un autre point qui m'a particulièrement agacée : tout est très tranché, le rose c'est pour les filles, le bleu pour les garçons, et donc Calogero c'est un chanteur pour midinettes.
Ô peuchère ...
Ici rien ne va : le fond, la forme, ce n'est clairement pas un roman pour moi et il conviendra sans doute mieux à d'autres lecteurs.
Et j'arrête là le massacre.

Sur ce, je vais ressortir "The Cheap Show" d'Anais, le seul avantage de ce roman c'est qu'il m'a fait penser à cet excellent album qui ne se démode pas, et ne se prend pas au sérieux.

samedi 10 juin 2017

La servante écarlate de Margaret Atwood


La « servante écarlate », c'est Defred, une entreprise de salubrité publique à elle seule. 
En ces temps de dénatalité galopante, elle doit mettre au service de la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, son attribut le plus précieux : sa matrice. 
Vêtue de rouge écarlate, elle accomplit sa tâche comme une somnambule, et le soir, en regagnant sa chambre à l'austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, d'échanger des confidences, de dépenser de l'argent, d'avoir un travail, un nom, des amants... 
Defred doit-elle céder à la révolte et tenter de corrompre le système ? (Robert Laffont) 

A quoi reconnaît-on un bon roman ? Un coup de cœur ?
A l’écho du livre après sa lecture.
Et "La servante écarlate" est un roman qui résonne encore en moi des semaines après sa lecture. Pénétrant est un adjectif qui qualifie à merveille ce roman, auquel on peut y adjoindre les qualificatifs de lugubre, féroce, engagé, féministe et paradoxalement le terme sensé.
"La servante écarlate", c’est tout d’abord une utopie : dans un futur plus ou moins proche l’ordre des choses tel que nous le connaissons n’existe plus, c’est la république de Gilead qui gouverne, il faut entendre par là que c’est la religion qui gouverne la politique dans une coalition totalitaire.
Suite à une grave pollution, la fertilité a fortement diminué, si bien que les femmes sont en quelque sorte une espèce en voie de disparition (particulièrement celles susceptibles d’enfanter) et se classent selon trois catégories : les Epouses, celles qui détiennent le pouvoir en étant mariées à des personnages importants de la république de Gilead ; les Marthas, celles qui entretiennent les maisons, font la cuisine, le ménage ; et les Servantes écarlates dont le rôle est la reproduction.
L’héroïne du roman, rebaptisée Defred, appartient à cette troisième catégorie : "Notre fonction est la reproduction ; nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d’autre ; l’amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants.".
C’est elle qui raconte aux lecteurs des bribes de sa vie présente, ainsi que de sa vie passée, lorsqu’elle se remémore son mari Luke, leur fille, sa mère, sa meilleure amie Moira : "Cela m’arrive, ces attaques du passé, comme une faiblesse, une vague qui me déferle par-dessus la tête. Parfois c’est à peine supportable. Que faire, que faire ? Il n’y a rien à faire.".
Mais Defred pourrait aussi choisir de se révolter et de se rebeller contre le système.

Ce roman de science-fiction a l’énorme qualité de mettre mal à l’aise le lecteur.
Car oui, je considère bien cela comme une qualité.
Bien plus qu’une simple utopie, celle-ci est négative et tient aisément la comparaison avec d’autres du même genre à l’image de "1984" de George Orwell ou "Le meilleur des mondes" d’Aldous Huxley.
Le malaise se ressent très vite, par les propos de la narratrice à travers les scènes qu’elle décrit. J’ai tout bonnement halluciné en lisant la scène du coït mensuel entre Defred (nom marquant qu’elle est la propriété de Fred et qui changera lorsqu’elle quittera cette maison pour une autre), son maître et la femme de ce dernier, c’est à la limite du viol et c’est d’autant plus insupportable que toutes les Servantes écarlates ont été conditionnées à leur rôle.
La religion est omni-présente, c’est elle qui, soit-disant, guide les préceptes de cette République, la religion est surtout le prétexte à bien des comportements inadmissibles.
Une autre scène complètement hallucinante est celle de l’accouchement d’une Servante écarlate, avec toutes les autres en communiant dans la même pièce qu’elle et sa maîtresse mimant les souffrances de l’accouchement, comme si c’était elle qui subissait le travail.
Sans doute que dans d’autres circonstances de telles scènes prêteraient à sourire, voire à rire, mais l’ambiance du roman est tel que c’est une angoisse sans fin qui s’empare du lecteur.
Et c’est sans parler des scènes d’exécution publiques et du mur où sont affichés les cadavres des traîtres au régime. Defred est un personnage particulièrement difficile à saisir, sans doute parce qu’elle se livre de façon quasi déshumanisée, auquel le lecteur s’attache pourtant car c’est dans les moments où elle est le plus vulnérable, en se remémorant son passé, qu’elle devient accessible et sort de sa tenue de Servante écarlate pour enfin être vue du lecteur telle qu’elle est véritablement, et non comme un utérus sur pattes.
Si vous vous posez la question de savoir ce que sont devenues les autres femmes (comprendre : celles incapables d’avoir des enfants ou trop vieilles ou malades), elles sont tout simplement envoyées dans les Colonies, des endroits très "sympathiques" où elles manipulent des déchets toxiques.
Comme dans ce type de régime, il y a bien évidemment une certaine forme de résistance qui voit le jour, mais à l’image du reste de l’histoire, tout cela n’est qu’effleuré.
Car c’est un roman frustrant, il y a des choses dites mais le fond reste inexpliqué, il y a énormément de suppositions et c’est un roman ouvert à l’imagination du lecteur, et je crois bien que tout dépend de l’humeur dans laquelle on le lit car on peut faire des suppositions aussi bien positives que négatives.
La postface du roman est particulièrement éclairante sur certains aspects de l’histoire, mais pour ma part elle a également un côté frustrant qui fait que je continue encore de penser au roman.
J’ai également trouvé que c’était un roman féministe, mais pas au sens classique du terme.
La république de Gilead est en quelque sorte issue d’une dérive du féminisme : puisque les femmes étaient en danger, se faisaient agresser etc. il a été décidé de les ranger par caste et de créer des Servantes écarlates dont le visage est caché au monde par un système de cornette, habillées uniformément et qui ne doivent ni ressentir ni inspirer un quelconque sentiment.
En uniformisant les femmes, certaines personnes ont cru que tous les problèmes allaient se résoudre, sauf qu’intérieurement la plupart de ces femmes continuent de vivre, de penser par elles-mêmes.
On a beau les emprisonner elles n’en demeurent pas moins des êtres humains doués de sentiments et de pensées, et c’est sans doute toute la force de ce roman de dépeindre tout cela à travers le personnage de Defred.
L’histoire montre aussi l’échec de l’héritage féministe, entre la mère de Defred, militante engagée, qui se désole de voir le peu d’intérêt montré par sa fille dans ce combat.
Cette nouvelle génération s’étant en quelque sorte endormie sur les lauriers de la précédente se trouve vite dépouillée de tous droits par le nouveau régime en place : comptes en banque, travail, etc.
Ce roman est un savant mélange de puritanisme Américain, de régime Stalinien et de chasse aux sorcières à Salem.
Une véritable claque littéraire salvatrice et qui, malheureusement, ne se démode pas et reste d’actualité.

"La servante écarlate" est un sublime roman de science-fiction féministe signé Margaret Atwoot qui connaît aujourd’hui un regain de ventes Outre-Atlantique et dont la phrase clé à retenir est sans nul doute : Nolites te salopardes exterminorum.

vendredi 9 juin 2017

Le grand marin de Catherine Poulain


Une femme rêvait de partir. 
De prendre le large. 
Après un long voyage, elle arrive à Kodiak (Alaska). 
Tout de suite, elle sait : à bord d’un de ces bateaux qui s’en vont pêcher la morue noire, le crabe et le flétan, il y a une place pour elle. 
Dormir à même le sol, supporter l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, la peur, les blessures… 
C’est la découverte d’une existence âpre et rude, un apprentissage effrayant qui se doit de passer par le sang. 
Et puis, il y a les hommes. 
À terre, elle partage leur vie, en camarade. Traîne dans les bars. 
En attendant de rembarquer. 
C’est alors qu’elle rencontre le Grand Marin. (Editions de l’Olivier) 

C’est l’histoire d’une femme, Lili, pas très grande, plutôt frêle, qui décide un beau jour de quitter Manosque-les-Couteaux pour vivre une grande aventure.
Elle se retrouve à Kodiak en Alaska et embarque sur un bateau pour pêcher la morue noire et le flétan : "Embarquer, c’est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T’as plus de vie, t’as plus rien à toi.", et très vite elle aime cela : "J’avais marié un bateau. Je lui avais donné ma vie.".
Mais Lili, c’est une runaway, elle a envie de bouger, d’aller encore plus loin, au bout du monde : "C’est pas grave de partir tu sais, c’est la vie qui veut ça. Faut toujours s’arracher. Quand tu dois y aller, faut y aller.", sauf que Lili prend goût à la pêche, et à ce grand marin qu’elle a rencontré sur le bateau et qui la fascine tant : "Je pense qu’il est beau. Je pense qu’il est le plus beau, le plus grand, le plus brûlant. Il voudrait que je l’aime encore. Jamais il ne sera rassasié d’amour, de sexe, d’alcool.".
Lili pêche, Lili aime, et Lili veut aussi rester libre : "J’aime juste être libre d’aller où je veux. Je veux juste qu’on me laisse courir.".

Lili, c’est Catherine Poulain, qui avec ce premier roman se raconte en grande partie.
Comme Lili, elle a commencé à voyager très jeune, elle a bourlingué à travers le monde, a exercé foultitude de boulots, a pêché dix ans en Alaska, avant de retourner dans sa Provence pour y être bergère et ouvrière viticole.
Pour être honnête, je ne me suis pas rendue compte tout de suite en lisant ce roman qu’il était en grande partie autobiographique.
Je l’ai découvert après, au gré de mes errances pour en apprendre plus sur cette auteur.
Parce que dès les premiers mots, Catherine Poulain m’a embarquée avec sa Lili, par son style et sa plume mais aussi cette histoire folle de petite femme qui part à l’autre bout du monde à la poursuite d’un rêve de pêche.
Il est évident comme le nez au milieu du visage qu’il y a du Jean Giono là-dedans, et effectivement, le style de Catherine Poulain se rapproche de celui de ce dernier.
Et c’est ce qui rend la lecture d’autant plus intéressante. Grâce au style, j’ai été bercée par les mots et emportée avec Lili sur les flots.
On ne sait pas grand-chose de ce personnage, mais elle devient vite attachante avec sa volonté de fer, celle de bien faire à bord du bateau, et tout comme un homme.
J’ai aimé l’atmosphère de ce roman, l’ambiance qui s’en dégage et donne corps aux gens et aux événements, ainsi que la camaraderie et l’entraide entre les hommes et ce petit bout de femme bien décidée à aller là où elle veut pour faire ce qu’elle a envie.

"Le grand marin" est un premier roman très réussi et une belle invitation au voyage qui mérite amplement tous les prix reçus.

mercredi 7 juin 2017

Le maître du haut château de Philip K. Dick


1948, fin de la Seconde Guerre mondiale et capitulation des Alliés ; le Reich et l'Empire du Soleil levant se partagent le monde. Vingt ans plus tard, dans les États-Pacifiques d'Amérique sous domination nippone, la vie a repris son cours. L'occupant a apporté avec lui sa philosophie et son art de vivre. À San Francisco, le Yi King, ou Livre des mutations, est devenu un guide spirituel pour de nombreux Américains, tel Robert Chidan, ce petit négociant en objets de collection made in USA. Certains Japonais, comme M. Tagomi, grand amateur de culture américaine d'avant-guerre, dénichent chez lui d'authentiques merveilles. D'ailleurs, que pourrait-il offrir à M. Baynes, venu spécialement de Suède pour conclure un contrat commercial avec lui ? Seul le Yi King le sait. Tandis qu'un autre livre, qu'on s'échange sous le manteau, fait également beaucoup parler de lui : Le poids de la sauterelle raconte un monde où les Alliés, en 1945, auraient gagné la Seconde Guerre mondiale. (J’ai Lu)

"Le maître du haut château" est une uchronie dont le postulat de départ est que la Seconde Guerre Mondiale a été remportée par l’Allemagne nazie et le Japon et qu’ils se sont partagés le monde : "Nous vivons dans une société où règnent la loi et l’ordre, où les Juifs ne peuvent employer leur esprit subtil à exploiter les innocents. Nous sommes protégés.".
Le récit se déroule aux Etats-Unis, dont l’est est occupé par les Allemands et l’ouest par les Japonais, et met en scène différents personnages.
Tout débute à San Francisco où plusieurs personnages entrent en scène : un officier de l’Abwehr en mission secrète, un entrepreneur Japonais, un antiquaire, un ouvrier décidant de monter son entreprise de joaillerie et qui cache le lourd secret de ses origines juives et enfin l’ex-femme de ce dernier habitant désormais dans les Rocheuses.

Le premier souci de ce roman, c’est qu’il y a plusieurs personnages et qu’à aucun moment ils ne se croisent.
Pour être honnête, j’ai arrêté ma lecture avant la fin mais je peux d’ores et déjà vous annoncer qu’ils ne se rencontreront jamais du début à la fin.
Je n’ai rien contre une narration multiple, mais si elle reste sans lien je n’y trouve aucun intérêt et cela me lasse.
Pourtant, le postulat de départ est intéressant et avait tout pour me plaire, j’ai même apprécié au début l’alternance entre les personnages, d’autant que certains sont du côté des vainqueurs et les autres des vaincus, que l’on ressent bien à travers les échanges qu’il y a une réelle suprématie de l’Allemagne et du Japon qui à la limite méprise le reste de la population mondiale quasi asservie à leur cause : "Vous vous tuez avec votre cynisme. Vos idoles vous sont retirées une par une et à présent vous n’avez plus personne à qui donner votre amour.".
Bien évidemment, la traque des Juifs est toujours d’actualité ainsi que les camps d’extermination, sauf que tout cela n’est que rapidement évoqué et même si l’un des personnages cache sa religion le nœud de l’histoire ne porte clairement pas sur cet aspect de la guerre.
Pourtant, on ne peut qu’imaginer avec horreur les suites qui auraient été données aux exterminations si les nazis avaient dominé le monde.
Le deuxième souci, c’est qu’il y a des choses qui à mes yeux ne servent pas à grand-chose dans ce roman, ainsi le recours au Yi King (Livre des transformations) reste un mystère pour moi et je ne comprends pas ce qu’il vient faire dans l’intrigue.
Et le troisième souci qui m’a poussée à arrêter ma lecture (chose rare), c’est qu’en fait j’en suis arrivée à la conclusion que ce roman a mal vieilli.
Lors de sa publication dans les années 60-70 il avait un sens, aujourd’hui son contenu est dépassé et apparaît vieillot, car il n’avait pas à l’époque le côté moderne que peuvent avoir d’autres uchronies qui ne se démodent pas même aujourd’hui (par exemple "1984" de George Orwell).
Le seul point positif dans ce roman, qui n’a pourtant pas suffi à me faire continuer ma lecture, c’est la mise en abyme d’un roman dans le roman, celui de Hawthorne Abendsen "Le poids de la sauterelle", uchronie dans l’uchronie puisque l’auteur s’intéresse au monde si l’Allemagne nazie et le Japon avaient été vaincus : "Suppose qu’ils aient gagné. A quoi ça ressemblerait ? Tu n’as pas à t’en faire ; cet homme a pensé à tout.".
Comme indiqué, j’ai abandonné cette lecture et je ne regrette pas, car la fin constitue elle-même une énigme, et cela aurait eu le don de m’exaspérer prodigieusement.

"Le maître du haut château" est un classique de la science-fiction qui a malheureusement à mes yeux vieilli et contrairement au bon vin, sans se bonifier avec l’âge.
Néanmoins, libre à chacun de le lire et se faire sa propre opinion.

mardi 6 juin 2017

L'éveil de Line Papin


Cela se passe aujourd’hui, mais ce pourrait être il y a longtemps. C’est une histoire d’amour, dont les personnages sont deux garçons et deux filles, dont les voix s’entrechoquent. C’est une histoire d’amour, douloureuse et sensuelle, où les héroïnes ne font que traverser le tumulte de la ville, et se cachent dans l’ombre protectrice des chambres. (Stock)

Quand j’ai entendu parler de ce roman, j’ai tout de suite pensé à "L’amant" de Marguerite Duras.
Une ville lointaine : Hanoï, une jeune femme s’éveillant à la sexualité et à l’amour avec un homme plus âgé. Tous les ingrédients étaient réunis pour un remake de cette histoire.
Enfin, ça c’est ce que je croyais jusqu’à je lise le roman, et que je découvre avec surprise qu’en fait il n’en était rien.
Certes, il y a bien une jeune fille, de bonne famille, qui ressent l’appel du désir dans tout son corps : "Voilà, soudain, c’est le réveil des sens, l’irruption volcanique, l’envie : le désir, jaillit on ne sait d’où, plie son corps.", et qui est attirée par un homme plus âgé qu’elle, croisé au hasard d’une soirée. Cette jeune femme soudain s’éveille : "Ça m’excite, ça m’agace : je suis à l’orée de l’éveil, à l’orée de l’éveil.", découvre l’amour charnel et finit par tomber amoureuse de cet homme : "Parfois, j’ai l’impression de l’avoir sous la peau.", tandis que lui vit cette relation la tête ailleurs.
Car voici une des surprises de cette histoire, c’est qu’il ne s’agit pas que d’un homme et une femme mais de deux hommes et de deux femmes.
Si l’un est l’objet du désir, l’autre est son ami ; quant aux femmes il y a celle qui s’éveille à la sexualité et l’autre, partie de Hanoï et que le premier homme a follement aimé, jusqu’à l’avoir dans la peau et ne penser qu’à elle.

Voilà un premier roman avec du potentiel : quatre personnes qui se croisent, se lient, se délient, dans une ville de Hanoï aux charmes exotiques et voilée de mystère ; une histoire d’amour, ou plutôt deux, puisque l’une est le reflet d’une plus ancienne dont certains personnages portent encore les cicatrices.
La narration se fait à travers ces quatre voix, ces quatre perspectives, où chacun livre son ressenti et ses émotions les plus profondes.
L’histoire est une mise à nu des sentiments que l’auteur a su garder pudique.
C’est aussi un roman d’apprentissage, où une jeune fille bascule dans le monde adulte en découvrant sa sexualité ainsi que l’amour, ou plutôt la passion, tout en gardant les pieds sur terre pour finir par être lucide sur la relation qu’elle vient de vivre : "Notre amourette, ça n’était qu’une insolation.".
L’écriture est sensuelle et dégage une réelle atmosphère, particulièrement l’ambiance de Hanoï assez bien retranscrite et qui donne envie de se plonger à la découverte de cette ville.
J’ai beaucoup apprécié la plume de Line Papin, elle livre un beau premier roman et on sent le potentiel qu’elle a, voilà une lecture découverte que je ne regrette pas.
Au passage, je trouve le titre particulièrement bien choisi car il évoque l’éveil d’une héroïne à la sensualité mais aussi celui d’une jeune écrivain dont je pense que l’avenir est tout tracé.

"L’éveil" de Line Papin a à la fois le charme du premier roman, de la découverte, de l’éveil à l’amour et à la sexualité, et l’exotisme de la ville de Hanoï, une belle surprise de la rentrée littéraire 2016.

lundi 5 juin 2017

Les jours de mon abandon d'Elena Ferrante


Olga, trente-huit ans, un mari, deux enfants. Un bel appartement à Turin, une vie faite de certitudes conjugales et de petits rituels. Quinze ans de mariage. Un après-midi d’avril, une phrase met en pièces son existence. L’homme avec qui elle voulait vieillir est devenu l’homme qui ne veut plus d’elle. (Folio)

Olga est une femme heureuse, mariée depuis de nombreuses années au même homme et mère de deux enfants, mais son univers bascule le jour où son mari la quitte pour une autre, ainsi que son équilibre mental.
Olga commence petit à petit à perdre pied : "Le seul signe extérieur de mon désarroi intérieur fut ma disposition au désordre et la faiblesse de mes doigts : plus l’angoisse montait, moins ils se refermaient solidement autour des choses.", mais résiste et se cache à elle-même la vérité : "Je n’étais pas une femme mise en pièces sous le coup d’une rupture, d’une absence, jusqu’à en devenir folle, jusqu’à en mourir.", jusqu’à basculer dans une folie dangereuse qui la pousse à faire du mal aux autres mais surtout à elle-même : "Un enchevêtrement de rancœurs, un sentiment de revanche, la nécessité de mettre à l’épreuve la puissance offensée de mon corps étaient en train de détruire tout ce qui me restait en fait de bon sens.", quitte à ce qu’Olga se détruise.

Il me fallait découvrir Elena Ferrante sous un autre jour que celui de "L’amie prodigieuse".
La curiosité de voir son style en dehors de cette saga romanesque, mais aussi, il faut bien le reconnaître, voir ce qu’elle avait dans le ventre et sous la plume.
En choisissant ce roman, je n’ai pas été déçue du voyage et sans doute que si j’avais commencé à la lire avec celui-ci je ne me serai pas du tout attendue à la retrouver à écrire une saga Napolitaine.
Car ici on est plutôt loin de la saga de deux jeunes femmes dans une Italie en mouvement, bien qu’il soit question d’une femme blessée qui va aller très loin dans sa folie pour la raison qu’elle a été abandonnée par l’homme qu’elle aime, celui à qui elle a dévoué sa vie et ses plus belles années.
Son héroïne est une battante, c’est une féroce qui a la rage au ventre, c’est une guerrière qui fonce droit en avant sus à l’ennemi : "J’étais intacte, je resterais intacte. A ceux qui me font du mal, je leur rends la pareille. Je suis le huit d’épées, je suis la guêpe qui pique, je suis le serpent sombre. Je suis l’animal invulnérable qui traverse le feu sans se brûler.", mais qui est avant tout humaine.
Et côté tourments, Elena Ferrante ne va pas l’épargner, tant Olga va plonger dans une folie où le lecteur se demande à de nombreuses reprises si elle va réussir à reprendre pied.
Mais il n’y a pas point à douter, c’est bel et bien du Elena Ferrante, j’ai retrouvé dans ce roman sa plume féroce et son regarde exacerbé sur le monde et les tréfonds de l’âme humaine.
Le roman est écrit dans un style très viscéral qui peut gêner et mettre mal à l’aise certains lecteurs, mais quelle puissance.
Ce roman m’a enfermée, dans le bon sens du terme, dans la folie d’Olga, j’ai eu l’impression d’étouffer ou de me trouver dans une pièce close où la clé a été perdue, mais j’ai ainsi pu toucher du doigt les égarements d’Olga, la douleur de cette femme blessée au plus profond de sa chair par amour.
Que cela peut-être cruel, l’amour, mais aussi "Quel écumeux et complexe mélange est un couple.".
Car étrangement, c’est bel et bien de couple qu’il est question dans ce roman, même si Olga est seule avec ses enfants pendant la quasi intégralité du récit et que le mari, le salopard maudit, ne fait que de brèves apparitions.

Avec "Les jours de mon abandon", Elena Ferrante met sa plume au service de la folie d’une femme bafouée et livre un roman viscéral qui remuera sans nul doute le cœur et les tripes des lecteurs.

dimanche 4 juin 2017

Django d'Etienne Comar

     
     

En 1943 pendant l’occupation allemande, le tsigane Django Reinhardt, véritable “guitare héros”, est au sommet de son art. Chaque soir il fait vibrer le tout Paris aux Folies Bergères avec sa musique swing alors qu’en Europe, ses frères sont pourchassés et massacrés. Lorsque la propagande allemande veut l’envoyer à Berlin pour une série de concerts, il sent le danger et décide de s’évader en Suisse aidé par une de ses admiratrices, Louise de Klerk. Pour passer, il se rend à Thonon-les-Bains, sur les bords du lac Léman, avec sa femme enceinte, Naguine et sa mère Negros. Mais l’évasion est plus compliquée que prévue, Django et ses proches se retrouvent plongés dans la guerre. Pendant cette période dramatique, il n’en demeure pas moins un musicien exceptionnel qui résiste avec sa musique, son humour, et qui cherche à approcher la perfection musicale. (AlloCiné)


Si ce n’est pas la première fois que Django Reinhardt se retrouve sur les écrans de cinéma, c’est en tout cas une première réalisation pour Etienne Comar.
Et la première fois que Django fait l’objet d’un film centré autour de sa personne.
Il y aurait beaucoup à dire de ce génial musicien, mais le réalisateur a choisi de ne pas faire un biopic à proprement parler mais d’axer son scénario sur une période bien précise de sa vie : celle en 1943 où Django finit par fuir Paris et se rend à Thonon-les-Bains avec sa mère Negros et sa femme Naguine en attendant de passer en Suisse, tandis que dans le même temps le peuple Tsigane disparaît.
La mise en scène d’Etienne Comar est bien faite et se distingue par une scène d’ouverture particulièrement efficace et porteuse du message sous-jacent à cette histoire : l’extermination du peuple Tsigane dans la relative indifférence de la population, le tout dans un paysage de brouillard.
Le réalisateur récidive sur ce point de l’Histoire, un génocide peu souvent abordé au cinéma, en ayant recours à une métaphore de l’expression "Nuit et brouillard" lorsque le camp des Tsiganes de Thonon-les-Bains est évacué alors que le jour n’est pas encore levé et qu’il disparaît dans un nuage de brouillard puis de fumée des incendies le ravageant, tandis que ses occupants sont emmenés pour une "destination inconnue".
Il y a un réel esthétisme dans la mise en scène de ce film que j’ai apprécié et qui contribue à son charme.


Outre le génocide du peuple Tsigane, ce film montre aussi l’éveil de la conscience d’un homme face aux atrocités qui l’entourent et qu’il refuse dans un premier temps de voir, se contentant de son confort, sa sécurité, sans se soucier de savoir ce qui se passe en dehors de chez lui ou des cabarets dans lesquels il se produit.
Django est en cela égoïste, il a bien évidemment ses raisons pour agir et de la sorte et nul ne peut le blâmer, et c’est le personnage de Louise de Klerk, personnage imaginaire alors que j’ai cru à son existence, qui va jouer le rôle de conscience pour Django et lui permettre d’ouvrir les yeux sur la réalité de l’époque et de ce qui s’y passe.
Louise est une femme de caractère à qui le qualificatif de tête-brûlée va à merveille, elle n’hésite pas à se mettre en péril pour ses idéaux et même si elle évolue dans le monde festif de la nuit, elle porte en elle une immense tristesse et une langueur qui lui permettent de s’attirer les bonnes grâces des spectateurs.
Pour la créer, le cinéaste s’est inspiré de l’Américaine Lee Miller, une femme libre évoluant dans le milieu artistique, notamment Français, et côtoyant les célébrités de l’époque.
La musique ne se contente pas non plus d’être une simple bande son, elle permet à Django de s’extraire du monde et le rend totalement hermétique à ce qui se passe et à la disparition de son peuple, mais à l’inverse elle va aussi lui permettre de créer une œuvre sublime qui ne sera jouée qu’une fois à la Libération et dont la partition complète est aujourd’hui égarée : le "Requiem pour mes frères Tziganes".


Qui dit musique dit entraînement, pour ce rôle Reda Kateb s’est entraîné pendant un an à la guitare pour acquérir l’aisance et les attitudes, et même s’il se fait doubler pour les scènes où il est filmé de près, il a su reproduire à merveille les attitudes et le comportement de cet artiste, et a également dû s’adapter à la prothèse permettant de reproduire le handicap dont souffrait Django Reinhardt : non seulement il était un musicien exceptionnel mais il ne jouait qu’avec trois doigts suite à une grave brûlure lors d’un incendie.
Dans un souci d’authenticité, et dieu sait qu’il y en a dans ce film, les actrices incarnant Negros (Bimbam Merstein) et Naguine (Beata Palya) ne sont pas des actrices professionnelles mais respectivement une Tsigane et une chanteuse Tsigane d’origine Hongroise.
Et cela se voit à l’écran en rendant ses personnages plus vrais que nature. Cécile de France est également à la hauteur de son personnage créé de toute pièce et qui pourtant aurait pu facilement exister.
Elle retrouve ici un rôle intéressant ainsi qu’une place à l’écran, alors qu’elle avait pu être quelque peu transparente dans certains de ses derniers rôles.
Mais celui qui bluffe, celui qui émerge, celui qui crève littéralement l’écran, c’est Reda Kateb.
Quel acteur et quelle performance !
 Voilà sans doute le rôle qu’il lui fallait pour définitivement percer au cinéma et sortir des seconds rôles. Si pour ma part cela ne faisait pas de doute, ce rôle devrait remettre les pendules à l’heure et lui permettre, espérons-le, d’autres grands rôles.


"Django" est un film sensible qui évoque non seulement la vie de ce musicien de talent pendant la Seconde Guerre Mondiale mais aborde aussi d’une façon très belle et très touchante le génocide Tsigane.


     
     

samedi 3 juin 2017

Aurore de Blandine Lenoir

     
     

Aurore est séparée, elle vient de perdre son emploi et apprend qu’elle va être grand-mère. La société la pousse doucement vers la sortie, mais quand Aurore retrouve par hasard son amour de jeunesse, elle entre en résistance, refusant la casse à laquelle elle semble être destinée. Et si c’était maintenant qu’une nouvelle vie pouvait commencer ? (AlloCiné)


Aurore (Agnès Jaoui) a la cinquantaine, des bouffées de chaleur parce qu’elle est en période de retour d’âge – la ménopause donc, la période où l’on est plus vraiment une femme, en fait on ne sait pas trop ce que l’on est –, un nouveau patron qui l’exaspère et à cause de qui elle quitte son boulot, son aînée qui lui annonce qu’elle va être grand-mère et ne voilà t’y pas qu’elle croise complètement par hasard Christophe (Thibault de Montalembert), dit Totoche, son amour de jeunesse.
Et si la nouvelle vie d’Aurore ne faisait que commencer ?


Avant la sortie du film, j’étais sceptique : beaucoup de louanges, des qualificatifs comme coup de cœur, je craignais l’arnaque à plein nez.
Et puis, j’ai vu la bande annonce, qui m’a arraché quelques sourires. Et je me suis rappelée que par un curieux hasard que je n’explique pas, Agnès Jaoui avait le don de m’exaspérer lorsqu’elle écrit et réalise ses films mais que je la trouvais géniale lorsqu’elle n’était qu’interprète (ou alors co-scénariste, comprendre : sans Jean-Pierre Bacri).
Notez que je vis ce même phénomène avec Jean-Pierre Bacri, les deux ensemble ça ne passe pas, pris séparément aucun problème.
Donc, un film apparemment féministe qui traite de la vie d’une femme à la cinquantaine, point de départ plutôt rare, c’était pour moi.


Et bien oui, je valide, je redis oui, ce film m’a beaucoup plu.
Et pas uniquement parce qu’il a été tourné en Charente Maritime et que je frétillais sur mon siège en reconnaissant quelques endroits de La Rochelle.
Mais bel et bien parce que "Aurore" est un beau portrait de femme dans la fleur de l’âge, pas la chronique d’une mort annoncée mais au contraire l’ouverture vers une nouvelle vie, de nouvelles expériences, bref, la ménopause n’est pas la fin de tout.
Mais ce film ne s’arrête pas à ce sujet, il aborde aussi beaucoup de thèmes comme le harcèlement de rue (avec deux scènes très savoureuses), la sexualité à tout âge, la précarité, bien que ce dernier thème ne soit malheureusement qu’effleuré.
Le sujet aurait pu être lourd et traité gravement, fort heureusement Blandine Lenoir a fait le choix de la comédie, un genre qui va très bien pour véhiculer certains messages.


La réalisatrice a offert un très beau rôle à Agnès Jaoui, je l’ai littéralement adoré dans ce personnage, elle a su lui apporter de la luminosité, de la fantaisie, un humour et une ironie grinçante.
J’ai été obnubilée par la présence d’Agnès Jaoui à l’écran, c’est sans doute la première fois que j’ai autant pu apprécier son jeu d’actrice.
Il faut dire qu’un personnage comme Aurore apporte du piment et du soleil à la vie de tous les jours.
Tout comme son amie Mano (pascale Arbillot), le duo formé avec Aurore est toujours drôle et on sent un réel soutien et entraide entre ces deux femmes.
Certaines scènes m’ont franchement fait rire, comme celle avec la conseillère Pôle Emploi qui pète un câble sur les femmes se retrouvant sans droit après avoir travaillé pendant des années pour leur mari, d’autres m’ont touchée, notamment celles musicales où Aurore danse et repense aux années passées lorsque ses enfants étaient plus jeunes.
Parlons-en de la musique, elle a un rôle dans ce film et j’ai également apprécié le choix des chansons.
Evidemment, il n’y a pas que des femmes mais aussi quelques hommes, même s’il faut reconnaître qu’ils ont une part moins belle et qu’ils concentrent pour certains quelques gros défauts (pour ne pas citer : Bernard, l’ex-mari d’Aurore).
C’est un feel-good movie diront certains, bien sûr qu’il y a quelques faiblesses dans ce film, mais pour ma part il m’a permis de relativiser sur certaines choses de mon quotidien et de ressortir de la salle en me sentant bien, fraîche et pleine de bonnes résolutions pour croquer la vie à pleine dent.
Que demander de mieux ?


Alors les filles, on se serre les coudes, on est solidaires et on va voir "Aurore" parce que malgré quelques petits défauts ce film est une bouffée d’oxygène libératrice et une ouverture sur la vie et le bonheur.


     
     

     
     

Justice League - Aux origines de Geoff Johns et Jim Lee


Il y a cinq ans, nul ne connaissait l'existence des surhommes, et encore moins celle des super-héros... Avec l'apparition de Superman, Batman, Green Lantern et Wonder Woman, les autorités, effrayées par la puissance de ces individus, les déclarèrent hors-la-loi. Cependant, lorsque Darkseid projeta de conquérir la Terre, les Humains durent se placer sous la protection de leur héros. Voici le récit de la première union des plus grands justiciers qui allait bientôt devenir la célèbre Ligue de Justice. (Urban Comics)

Cet album s'inscrit dans la renaissance des comics, en proposant une nouvelle version de la rencontre de super-héros qui créeront la Justice League. Il y a cinq ans, apparaissaient les premiers surhommes en public : "Il fut un temps où le monde ignorait jusqu'au mot "super-héros". Cette période où personne ne savait qui étaient "Superman" et "Batman", c'était il y a cinq ans.", mais ils ne sont pas aimés : "Personne ne nous aime.", voire même plus : "Tout le monde nous craint, nuance.".
Le monde n’est pas encore prêt à les accepter et à les reconnaître pour ce qu’ils sont : des justiciers protégeant le monde, Batman et Superman sont déjà connus, Wonder Woman travaille avec les militaires, mais d’autres gardent leur identité cachée.
Mais une série événements va avoir lieu et va déjà les amener à se rencontrer et à devoir conjuguer et unir leurs talents pour vaincre un ennemi commun : "Un groupe en apparence solidaire inspirera confiance aux autorités.".

Ce nouvel opus se différencie des précédents par son septième membre : Cyborg en lieu et place de J’onn J’onnz, pour le reste les personnages sont déjà plus ou moins connus de tout un chacun.
J’ai retrouvé une Wonder Woman bien différente de la version comics que j’ai lue il y a peu (ici elle travaille avec des militaires), mais qu’importe car le but était de découvrir la plupart de ces super héros, et de redécouvrir les plus connus, comme Batman ou Superman.
J’ai beaucoup aimé l’intrigue et son déroulement, avec la présentation progressive des différents super-héros et leur rencontre, ainsi que des bribes sur leur genèse.
Le comic serait-il un genre pour lequel je vais me découvrir une passion ?
Et bien peut-être, j’ai trouvé que ce petit opus était une belle façon de revisiter ce mythe ainsi que les personnages, d’autant que le graphisme contient beaucoup de mouvement, donc de vie, ce qui rend la lecture d’autant plus agréable.
La mise en couleur est elle aussi très réussie, il y a de très belles planches que je ne m’attendais pas forcément à trouver dans un format aussi petit et compact.
Si l’histoire relève de la cavalerie lourde, d’un autre côté c’est tout à fait ce à quoi on s’attend avec ce type de roman graphique, j’ai toutefois noté un aspect particulièrement intéressant dans les relations entre les personnages, qu’il s’agisse des super-héros entre eux mais aussi leur rapport avec les gens non dotés de supers pouvoirs (acquis soit parce qu’ils viennent d’une autre planète soit suite à un accident ou une transformation plus ou moins volontaire).
Cette dualité est selon moi le cœur même des comics, c’est aussi l’une des raisons qui nous attire vers eux mais elle est aussi le prétexte pour explorer les relations entre humains et/ou non humains sous un angle différent de l’ordinaire.

"Justice League" est une découverte réjouissante à 1 euro dans le cadre des 48h de la BD, une lecture qui donne envie d’approfondir l’univers des comics Américains que je découvre petit à petit.

vendredi 2 juin 2017

Par amour de Valérie Tong Cuong


Valérie Tong Cuong a publié dix romans, dont le très remarqué Atelier des miracles. Avec cette fresque envoûtante qui nous mène du Havre sous l’Occupation à l’Algérie, elle trace les destinées héroïques de gens ordinaires, dont les vies secrètes nous invitent dans la grande Histoire. (J. C. Lattès)

"Par amour", cela aurait pu être le titre d'une chanson.
"Par amour", c'est finalement le titre du dernier roman publié par Valérie Tong Cuong, une auteur découverte avec "Noir dehors", retrouvée avec "L'atelier des miracles" et il y a moins d'un an avec le très beau "Pardonnable, impardonnable".
Dans ce roman, Valérie Tong Cuong traite d'un thème qu'elle affectionne : la famille, mais à l'inverse des trois romans cités plus haut, elle plonge son histoire dans la grande Histoire, en s'intéressant à deux familles de 1940 à 1945, soit la période de la France sous l'occupation, dans la ville du Havre mais aussi en Algérie.
Valérie Tong Cuong affectionne tout particulièrement l'écriture sous forme de roman chorale, un genre qu'elle maîtrise à la perfection, il n'est donc pas étonnant de le voir comme clé de voûte de son roman.
Elle aurait d’ailleurs eu bien tort de s’en priver.
En alternant les voix narratives, elle offre à chacun la possibilité de s’exprimer : les deux sœurs livrent leur point de vue de la Guerre et de l’Occupation, tout comme les enfants ; et ainsi de fournir un panorama de la Guerre vu par les adultes mais aussi par les enfants.
L’autre atout de ce style, c’est qu’il permet à l’auteur des sauts dans le temps afin de couvrir les cinq années entre l’Exode et l’Armistice.

Le roman s’ouvre sur l’Exode de 1940 et voit deux familles, portées par deux sœurs : Emélie mariée à Joffre, concierges d’une école et parents de deux enfants, et Muguette dont le mari est prisonnier de guerre, plutôt insouciante avec deux enfants également, qui sont jetées sur les routes pour fuir Le Havre.
Mais bien vite l’armistice est signée et la vie reprend son cours, ou presque, entre les arrestations et les bombardements : "Il n'y avait plus d'endroit ou d'envers, de tort ou de raison, de bon ou de mauvais côté : tout cela venait de disparaître dans le fracas de la défaite. Désormais, il y aurait seulement la vie et la mort.".
Et la maladie de Muguette.
La tuberculose.
Qui la condamne quasiment à une mort certaine, mais en attendant c’est au sanatorium qu’elle va aller, et en Algérie qu’elle va envoyer ses enfants, pour les protéger de la guerre.
Car oui, pendant la Seconde Guerre Mondiale de nombreux enfants ont été envoyés de France vers les colonies de l’époque pour les protéger des bombardements, un pan de l’histoire plutôt méconnu qui est ici mis en avant.
Outre la maladie, il y a la guerre, cette guerre terrible qui divise les familles : "Un an avait suffi pour que notre famille soit en morceaux. Je me demandais, tandis que nous marchons, quand tout cela finira-t-il ? Combien de temps faudra-t-il pour reconstruire ? Même ceux qui ne sont pas forts en sciences savent que l'on tombe toujours plus vite que l'on ne se relève.", éclate les amitiés ou renforce les liens, cette terrible machine de destruction impitoyable : "La guerre était une immense vague qui nous portait de creux en crêtes, gare à ceux qui quittaient l'écume, ils seraient envoyés par le fond.".
Ce roman s’attache à décortiquer de l’intérieur le quotidien d’une famille durant cette période terrible, entre ceux basculant vers la résistance et ceux se laissant guider par le maréchal Pétain, entre les moments tristes et les quelques éclaircies de bonheur, les heures sombres, les bombardements, les arrestations, la mort qui rôde en permanence.
Valérie Tong Cuong fait dire à l’un de ses personnages la phrase suivante : "Le monde est une roue qui tourne vite, à peine es-tu en haut, que te voilà déjà en bas.", c’est d’autant plus vrai en période troublée.
Et c’est une véritable roue d’émotions que fait vivre l’auteur à ses lecteurs, il y a des moments tendres, d’autres durs, des incompréhensions mais toujours de l’amour, beaucoup d’amour et rien que de l’amour.
Certaines villes ont été fortement touchées par les bombardements, pour ne pas dire totalement détruites.
Ce fut le cas de la ville du Havre qui a particulièrement souffert, ce roman permet de s’en rappeler et de rendre hommage à ses habitants.
De façon très pudique et très humble, sans voyeurisme ou exagération.
J’ai été touchée par cette histoire, parce qu’elle se passe dans un contexte historique qui m’intéresse, mais aussi parce qu’elle traite d’une cellule familiale et qu’il n’y a jamais de moralisation ou de vision très manichéenne de cette époque et des choix des personnes.
Décidément, Valérie Tong Cuong a le chic pour explorer l’âme humaine d’un regard scrutateur et évoquer à travers sa plume les émotions qui nous habitent.
Voilà une auteur que j’apprécie à chaque lecture un peu plus, elle sait mettre du baume au cœur et des pansements sur les plaies, en prime elle est tout à fait charmante et abordable avec ses lecteurs.

"Par amour", on peut faire beaucoup de choses, de grandes choses : se surpasser, s'oublier soi pour ne plus penser et vivre que pour l'autre, taire sa vérité pour protéger ceux que l’on aime le plus, les tenir éloignés pour qu’ils souffrent moins ; et comme Valérie Tong Cuong l‘a fait, on peut écrire un beau roman qui touche le cœur et l’appeler ainsi.

jeudi 1 juin 2017

Retour sur les lectures de mai 2017


Mai est rarement un mois trop propice à la lecture, j'ai consacré une bonne semaine à de la lecture culturelle à travers Le Routard et le Lonely Planet de Prague, pour le reste les chroniques viendront ... un jour, patience, une nouvelle fois.
Le livre qui m'a incontestablement marquée en ce mois de mai fut "La servante écarlate" de Margaret Atwood, formidable roman de science-fiction auquel je repense bien souvent.
Plus qu'un coup de cœur, ce roman m'intrigue aujourd'hui encore, je n'ai qu'une hâte : voir la série télévisée qui va en être faite, et aussi me procurer le film de 1990.
Et puis il y a aussi eu "Le grand marin" de Catherine Poulain, mais j'en parlerai bientôt et plus longuement.

Divers

"La tristesse des éléphants" de Jodi Picoult
"Le grand marin" de Catherine Poulain
"La servante écarlate" de Margaret Atwood
"L'italienne" d'Adriana Trigiani
"Les animaux fantastiques - Le texte du film" de J. K. Rowling
"A la croisée des mondes - Les royaumes du nord" de Philip Pullman

mercredi 31 mai 2017

Retour sur les lectures d'avril 2017


Le temps a filé, des vacances sont passées par là, qu'ai-je lu déjà en avril ?
Patience pour les chroniques, elles arriveront lorsqu'elles auront fini de mûrir dans mon esprit et que j'aurai du temps pour les coucher sur l'écran.

PAL

"Mon Antonia" de Willa Cather
"Justice League"
"Dad Tome 1 Filles à papa" de Nob

Service de presse

"S'enfuir - Récit d'un otage" de Guy Delisle

Divers

"Par amour" de Valérie Tong Cuong
"Les jours de mon abandon" d'Elena Ferrante
"L'éveil" de Line Papin
"Le maître du haut château" de Philip K. Dick (abandon)

mercredi 26 avril 2017

The Young Lady de William Oldroyd

     
     

1865, Angleterre rurale. Katherine mène une vie malheureuse d’un mariage sans amour avec un Lord qui a deux fois son âge. Un jour, elle tombe amoureuse d’un jeune palefrenier qui travaille sur les terres de son époux et découvre la passion. Habitée par ce puissant sentiment, Katherine est prête aux plus hautes trahisons pour vivre son amour impossible. (AlloCiné)


A lire le résumé de cette Katherine (Florence Pugh), femme menant une vie malheureuse dans un mariage sans amour avec un mari deux fois plus âgé qu’elle et découvrant l’amour dans les bras de Sebastian (Cosmo Jarvis), le palefrenier, on se dit que l’on va voir une nouvelle variation de L’amant de Lady Chatterley.
Et comme cela se passe dans l’Angleterre rurale du dix-neuvième siècle, peut-être que c’est une "Lady Chatterley" mâtinée des "Hauts de Hurlevent", avec un tel prénom (à une lettre différente) le raccourci est simple.
Et bien que nenni !
Oubliez Lady Chatterley et son homme des bois, oubliez Katherine hurlant après son Heathcliff dans la lande, car cette Lady, mesdames et messieurs, elle va vous laisser sur les fesses, sans vilain jeu de mots.


Le film s’ouvre sur la scène du mariage à l’église.
Oh, quelle oie blanche, se dit-on.
Puis vient la nuit nuptiale, avec un mari aux mœurs quelques peu étranges dans la chambre conjugale.
Pauvre oie blanche, se dit-on.
Vient ensuite les repas de famille, sinistres, entre son mari dont le comportement ne s’arrange pas et son beau-père qui la rabaisse en permanence.
Décidément, pauvre petite oie blanche toute fragile, se dit-on.
Le mari part, le beau-père aussi, Katherine se retrouve seule à passer les après-midis assise dans un canapé, ses jupons étalés, jusqu’à ce qu’elle intervienne dans les écuries, suite à une mauvaise plaisanterie à l’égard de sa servante, pesée tel un cochon, et qu’elle découvre l’existence de Sebastian, le nouveau palefrenier.
Là, on commence à se dire que la petite oie blanche s’émoustille.
Très vite elle relève ses jupons et découvre le plaisir charnel.
Et là, le spectateur découvre un tout nouveau visage à cette oie blanche, qui au final est loin d’être blanche, et surtout ange.
Car la Lady, pour pouvoir vivre son histoire d’amour tranquille, elle va basculer dans le meurtre : son beau-père, son mari, et je n’en dirai pas plus.
De femme soumise elle se transforme en femme dominatrice, et perverse, jusqu’à la moelle.


Comment dire … je ne m’attendais tellement pas à cela.
Je me doutais bien que je n’allais pas voir qu’une Lady Chatterley, disons que le message d’avertissement y contribue, mais j’étais loin, bien loin d’imaginer jusqu’à quel degré de perversité et de manipulation j’allais tomber.
Enfin, pas moi personnellement, mais cette fameuse Young Lady.
Pour tout dire, je crois bien ne pas être la seule à avoir été surprise, preuve en sont les petits rires nerveux lors de certaines scènes par d’autres spectateurs.
Parce que c’est tellement horrible, parce que l’on se demande jusqu’où elle va bien pouvoir aller, et que l’on a l’espoir secret qu’elle va finir par s’arrêter à un moment donné, qu’elle a bien un cœur, une âme.
Autant vous dire que l’oie blanche a littéralement explosé en plein vol, si tant est qu’il y ait eu un jour une oie blanche.
A voir la mise en scène, il est aisé de deviner que le réalisateur vient du milieu du théâtre.
La quasi intégralité de l’action se situe en milieu clos : la maison ; tout est parfaitement millimétré et cadré, notamment les nombreuses scènes où Katherine est assise au beau milieu d’un canapé.
La mise en scène est un véritable régal et est l’un des atouts majeurs de ce film. Outre une théâtralité dans le cadrage, les scènes le sont également, avec une femme qui va passer de dominée à dominatrice et reproduire les actes de son mari à l’égard de ses domestiques pour s’en faire obéir et asseoir son pouvoir.
Belle réflexion sur la condition des femmes au dix-neuvième siècle, au passage. L’autre aspect qui m’a fortement marquée, et séduite, c’est la quasi absence de musique, rien à part des sons naturels, et autant vous dire qu’un générique final sans un son est assez impressionnant et en parfaite continuité avec l’atmosphère du film.
Mais la révélation, le talent incontestable de ce film, c’est l’actrice Florence Pugh incarnant Katherine.
Elle est jeune, mais quel jeu ! Quelle prestance ! Quelle présence !
 Elle illumine le film par son jeu qui est impressionnant et saisissant de justesse.
Et dire qu’elle est encore toute jeune dans la profession, et bien je lui promets un bel avenir, elle m’a bluffée et laissée sans voix (et pour ceux qui me connaissent, ce n’est pas si aisé).
Tout cela m’a rendue fort curieuse de lire l’œuvre dont est tiré ce film : "Lady Macbeth du district de Mtsenk" de Nikolaï Leskov.


"The Young Lady" est un film saisissant jouissant d’une mise en scène remarquable et d’une actrice éblouissante, l’un des films les plus forts de ce printemps 2017.

lundi 17 avril 2017

Orpheline d'Arnaud des Pallières

     
     

Portrait d’une femme à quatre âges de sa vie. Petite fille de la campagne, prise dans une tragique partie de cache-cache. Adolescente ballottée de fugue en fugue, d’homme en homme, puisque tout vaut mieux que le triste foyer familial. Jeune provinciale qui monte à Paris et frôle la catastrophe. Femme accomplie enfin, qui se croyait à l’abri de son passé. Quatre actrices différentes incarnent une seule et même héroïne. (AlloCiné) 


Renée (Adèle Haenel) est une directrice d’école comblée, entre son travail, son compagnon Darius (Jalil Lespert) et un bébé à venir après avoir été tant désiré. Mais tout bascule quand une femme fatale, Tara (Gemma Arterton), sort de prison et débarque dans sa salle de classe.
Un fantôme du passé resurgit, et bientôt c’est la police qui débarque au domicile de Renée, pour arrêter une Karine.
Car en réalité, Renée c’est Karine.
Sandra (Adèle Exarchopoulos) est une jeune provinciale débarquée à Paris, entretenue par Maurice (Sergi Lopez) et qui vient de répondre à l’annonce d’un vieil homme cherchant une fille pour l’aider dans son travail. Sandra découvre le monde hippique, ainsi qu’une superbe femme évoluant dans ce domaine et nommée Tara, joue de ses charmes et de son corps, auprès des hommes qui la protègent, la nourrissent, mais aussi des femmes.
Sandra frôle la catastrophe lors d’un coup monté, mais c’est Tara qui part emmenée par les policiers, pas elle.
Car en réalité, Sandra c’est Karine.
Karine (Solène Rigot) a treize ans, et mieux vaut fuir le foyer familial, se perdre dans les boîtes de nuit et offrir son corps à beaucoup d’hommes plutôt que de subir la violence de son père.
Aux gendarmes qui l’interrogent après une énième fugue, elle répond qu’elle agit ainsi parce que "Je suis pas heureuse".
 Car à cette époque-là, Karine se fait encore appeler Karine.
Kiki (Vega Cuzytek) est une petite fille de la campagne assistant à la mort du couple formé par ses parents et prise dans une tragique partie de cache-cache où le doute plane sur sa réelle culpabilité.
Car en réalité, Kiki c’est Karine.


Un seul et même personnage et quatre actrices pour l’interpréter à des pages différents, tel est le postulat de départ du nouveau film d’Arnaud des Pallières.
Ce procédé a également été utilisé récemment dans le film "Moonlight".
J’ai énormément apprécié la construction à rebrousse-temps qui permet de bien saisir toute la complexité du personnage et l’origine de son mal être qui finit par la rattraper.
Sans cela, je crois bien que le personnage de Karine nous serait resté une énigme, pour ne pas dire antipathique.
Une fois que le réalisateur a fini de plonger dans le passé de son personnage, il revient au présent et j’ai bien senti venir la fin.
D’ailleurs, une autre fin était-elle possible ?
Mon intérêt pour ce film s’est éveillé dès la bande annonce qui est assez intrigante et réussit à ne pas en dire trop tout en donnant envie de creuser dans le passé de cette femme.
Et je dois reconnaître qu’elle m’a touchée cette femme, beaucoup.
Elle n’a pas eu une vie facile, elle a réussi à s’en sortir, à peu près, mais la voilà rattrapée par son passé.
C’est là l’une de ses plus grosses erreurs, croire que l’on peut tirer un trait définitif sur son passé.
D’un autre côté, je ne cautionne pas non plus tout son comportement.
La Karine adolescente et jeune adulte peut déstabiliser le public par son comportement, voire le mettre mal à l’aise.
A ces deux âges, elle joue de ses charmes et fait commerce du sexe.
 Elle est crue, elle est limite vulgaire, elle n’a pas froid aux yeux, quelle image bien éloignée de cette du début de la respectable directrice d’école.
Si certains reprochent que ces deux âges sont moyennement traités et n’apportent pas grand-chose à l’histoire, je ne suis pas totalement d’accord avec eux.
Ils montrent une Karine au paroxysme de sa sensibilité, qui se fait surtout du mal à elle-même mis qui a pourtant quelques principes comme celui de ne pas toucher à la drogue.
C’est une jeune fille qui découvre le monde à travers la sexualité.
Mais c’est aussi un personnage en fuite permanente et qui ne cesse de changer d’identité tout au long de sa vie.
Quant à la Kiki jeune, j’ai trouvé un tout petit peu dommage que cette partie soit plus courte que les autres car elle dégage une puissance émotionnelle grâce à l’utilisation astucieuse de l’ellipse.


Outre la réalisation d’Arnaud des Pallières, particulièrement réussie à mon goût, ce film brille évidemment par son excellent casting.
Les quatre actrices interprétant Karine sont à la fois différentes mais tout aussi bien choisies pour interpréter ce personnage à différents âges de sa vie.
Et qu’importe si Solène Rigot a plus que treize ans, elle m’a fait penser à la Lolita du clip de Laurent Boutonnat dans sa façon d’être, et de façon plus générale à la Lolita de la chanson "Moi Lolita".
 J’ai un peu honte de le dire, mais Adèle Haenel je ne l’ai vue que dans "L’Apollonide : souvenirs de la maison close", et j’ai eu du mal à la replacer dans son personnage, je regrette car j’ai (re)découvert une excellente actrice.
Quant à Adèle Exarchopoulos, révélation de "La vie d’Adèle", j’ai été ravie de retrouver cette actrice dont je trouve qu’elle a un jeu très animal qui colle toujours à la perfection avec ses personnages.
Si je n’apprécie que très moyennement le jeu de Nicolas Duvauchelle, il me faut dire que les rôles de salaud lui vont particulièrement bien.
Ça tombe bien, puisque c’est le cas ici.
Les chansons coupant les différentes époques ont aussi toute leur importance.
Et même si j’ai battu mon record d’affluence dans une salle pour ce film – nous étions deux en tout et pour tout – je ne regrette absolument pas car plusieurs jours après son côté sauvage m’interpelle encore.


"Orpheline" d’Arnaud des Pallières est un film aussi puissant qu’émouvant retraçant le parcours chaotique d’une femme en perpétuelle fuite en avant, un film intrigant à ne pas manquer ce printemps au cinéma.


     
     

     
     

samedi 15 avril 2017

Player One d'Ernest Cline


2044. La Terre est à l’agonie.
Comme la majeure partie de l’humanité, Wade, 17 ans, passe son temps dans l’OASIS – un univers virtuel où chacun peut vivre et être ce qui lui chante. Mais lorsque le fondateur de l’OASIS meurt sans héritier, une formidable chasse au trésor est lancée : celui qui découvrira les trois clefs cachées dans l’OASIS par son créateur remportera 250 milliards de dollars ! Multinationales et geeks s’affrontent alors dans une quête épique, dont l’avenir du monde est l’enjeu. Que le meilleur gagne… (Pocket) 

Player One Ready

* générique musical de pacman *

On insère la pièce dans la fente, on tape son nom, on choisit son personnage, le fond musical se déclenche et c’est une nouvelle partie du jeu qui commence.
Sauf que là, on parle d’une formidable chasse à l’œuf à travers le monde entier dans l’univers virtuel de l’OASIS : "L’Ontologie anthropocentrique stimulée, immersive et sensorielle, ou OASIS, était immense.", car le fondateur de ce monde, James Halliday, vient de mourir sans héritier et il a légué une petite fortune à qui réussira en premier à découvrir les trois clés qu’il a cachées dans l’OASIS.

Ce roman de science-fiction est raconté à la première personne du singulier, par Wade, 17 ans : "Je n’étais qu’une de ces âmes tristes, perdues et solitaires qui gâchaient leur vie en la consacrant à un vulgaire jeu vidéo.", alias Parzival dans l’OASIS.
Le monde a connu quelques bouleversements, dont une crise économique et énergétique, si bien que comme l’explique Wade : "Nous étions à l’aube d’une ère nouvelle : la majeure partie de l’espèce humaine passait désormais tout son temps libre à l’intérieur d’un jeu vidéo.", et que "A l’intérieur de l’OASIS, les choses avaient la même valeur que dans le monde réel (parfois plus), et on ne pouvait pas les acheter avec des tickets de rationnement.
Les crédits OASIS étaient la devise du royaume, et aussi, en ces temps troublés, l’une des monnaies les plus stables du monde : elle dépassait le cour du dollar, de la livre, de l’euro et du yen.".
OASIS, ce seul nom me rappelle une boisson sucrée, et vous allez voir que ce n’est pas la seule référence aux années 80.
Ce roman en est truffé : des références musicales, cinématographiques ainsi qu’aux jeux vidéos des années 80.
Et comme je ne suis pas une véritable gamer, autant vous dire que toutes ces références ne m’ont pas parlé, mais je suis fière d’en avoir reconnu quelques-unes, ma préférée étant bien évidemment celle à Blade Runner.
C’est un livre à destination des geeks, mais pas que.
Comme tout livre de science-fiction, il part du postulat qu’un évènement est survenu et a changé le cours des choses.
Ici, les humains ont fini par épuiser les ressources naturelles et vivent aux abords des grandes villes dans des mobil-homes empilés les uns sur les autres.
D’un côté, il y a donc le monde réel, sombre, violent, en train de se perdre et de se consumer, géré par quelques multinationales.
Et de l’autre, celui de l’OASIS, où chacun est ce qu’il a envie d’être, tant sur le plan psychique que psychologique.
La première dérive d’un tel monde saute aux yeux : la perte des contacts humains.
Wade est un garçon isolé, pas très bien dans sa peau, qui passe son temps dans l’OASIS où il enchaîne les succès et les amitiés, bref tout virtuel et rien réel. Comme d’autres, il se lance dans la chasse à l’œuf organisée par James Halliday, dont le nom d’avatar est Anorak, ce qui n’a cessé de me faire sourire durant toute ma lecture et penser au sketch de Dany Boon.
Il faut déchiffrer des énigmes, réussir des jeux, réciter des répliques de films cultes, WOW, ai-je envie de dire, quelle partie !
 Le livre démarre bien, après des explications longues mais nécessaires pour connaître et comprendre les tenants et les aboutissants de ce monde, de la tension et du suspens se mettent en place, si bien que le lecteur est piqué par la curiosité.
Puis Wade trouve le premier portail, et là période de relâchement et de flottement, tant pour le personnage que pour l’intrigue et pour le lecteur.
Il ne se passe pas grand-chose, Wade se repose sur ses lauriers, le hic c’est que l’auteur aussi, et qu’il faut attendre un petit moment pour que l’histoire se relance et retrouve l’intérêt du début.
Bon, et là encore je vais chouiner un tantinet, mais j’ai trouvé la fin un peu trop précipitée, j’aurai apprécié que l’auteur prenne un peu plus le temps (pour être tout à fait honnête, on n’était plus à quelques pages près).
Et en toute honnêteté, ça n'est pas non plus une écriture à la Proust.
Sinon j’ai trouvé cette lecture quelque peu originale pour de la science-fiction et j’ai passé un bon moment.
Et pour conclure, Steven Spielberg va adapter ce roman au cinéma en 2018, tout un programme !

Game Over

Livre lu dans le cadre du Club des Lectrices

mercredi 12 avril 2017

L'autre côté de l'espoir d'Aki Kaurismäki

     
     
Helsinki. Deux destins qui se croisent. Wikhström, la cinquantaine, décide de changer de vie en quittant sa femme alcoolique et son travail de représentant de commerce pour ouvrir un restaurant. Khaled est quant à lui un jeune réfugié syrien, échoué dans la capitale par accident. Il voit sa demande d’asile rejetée mais décide de rester malgré tout. Un soir, Wikhström le trouve dans la cour de son restaurant. Touché par le jeune homme, il décide de le prendre sous son aile. (AlloCiné)


Khaled (Sherwan Aji) a fui la Syrie et s'est retrouvé complètement par hasard à bord d'un cargo à destination de la Finlande.
Après que sa demande d'asile ait été rejetée, il décide toutefois de rester clandestinement, notamment grâce à l'aide de Mazdak (Simon Al-Bazzon), un réfugié Irakien.
C'est alors qu'il croise là aussi par hasard la route de Wikström (Sakari Kuosmanem), ancien représentant de commerce ayant quitté sa femme alcoolique pour ouvrir un restaurant.
Ce dernier, ainsi que le reste du personnel du restaurant, prend Khaled sous son aile et l'aide à obtenir des (faux) papiers ainsi que faire venir sa sœur Miriam (Niroz Haji) dont il a été séparé au cours de leur fuite.


Ce n'est pas vraiment le pitch du film qui m'a incité à aller le voir, j'y ai plus été en quasi aveugle portée par les bonnes critiques.
D’Aki Kaurismäki j’ai déjà vu … rien.
Rien, jamais entendu parler jusqu’à présent, et pour tout dire, j’ai la désagréable impression d’être passée à côté d’un réalisateur.
Parce que son nouveau film, après six ans de silence, mérite grandement tous les éloges qui en sont faits.
Avec son film, Aki Kaurismäki cherche à changer le regard que nous avons, nous européens, sur les réfugiés arrivant en Europe depuis quelques années.
Pour cela, il propose de suivre le parcours de deux hommes qui quittent tout au même moment pour une nouvelle vie : l’un débarque d’un cargo couvert de suie tandis que l’autre quitte femme et travail stable pour reprendre en gestion un restaurant fatigué.
Il y a un côté kitch et désuet dans ce film qui m’a beaucoup plu, il n’y a d’ailleurs qu’à voir le restaurant de Wikhström pour comprendre.
Il y a aussi, et c’est surprenant car je ne m’y attendais pas, un humour assez féroce voire cynique.
Ce qui permet d’atténuer le drame dont il est question autant que le renforcer.
Certains passages sont à la limite des scènes cultes, je garde un souvenir particulièrement vivace des sushis aux harengs fumés parce qu’il n’y a plus de saumon.
Ou encore de la tirade de Khaled sur le chien avec qui il a dû rester enfermé dans les toilettes le temps de l’inspection des services d’hygiène.
Voilà un film qui mêle intelligemment la comédie, le burlesque, le drame et le social.


La mise en scène est intéressante dans sa construction et apporte beaucoup au film.
La musique joue également un rôle important, certains thèmes sont rock, d’autres country et d’autres lents, les paroles des chansons font toujours écho à la situation des personnages.
C’est aussi l’un des éléments qui fait que j’ai apprécié ce film.
Néanmoins, je trouve que l’on met un peu trop de temps à croiser les deux personnages.
Le spectateur sent venir la rencontre mais elle tarde, elle se fait désirer, sans doute un peu trop.
J’ai également noté un creux dans le milieu du film, pas assez de rythme sans doute dû au fait que les deux héros ne se sont pas encore croisés et qu’il ne se passe plus grand-chose de nouveau dans leur vie.
J’ai même cru que j’allais lâcher le film à ce moment-là et je commençais à m’interroger sur toutes les louanges que j’avais entendues.
Fort heureusement le réalisateur réussit à rebondir et à relancer la dynamique dans son film qui s’avère au final être un drame réaliste comme il s’en passe tous les jours des dizaines sous nos yeux et que nous refusons bien souvent volontairement de voir.
Pour l’anecdote, l’acteur Sherwan Haji a, comme son personnage, fui la Syrie il y a quelques années pour se réfugier en Finlande où il a pu reprendre son métier d’acteur.


"De l’autre côté de l’espoir" est un film humaniste signé par un réalisateur qui a su éveiller ma curiosité et dont je vais certainement découvrir les autres œuvres.


     
     

dimanche 9 avril 2017

S'enfuir - Récit d'un otage de Guy Delisle


En 1997, alors qu'il est responsable d'une ONG médicale dans le Caucase, Christophe André a vu sa vie basculer du jour au lendemain après avoir été enlevé en pleine nuit et emmené, cagoule sur la tête, vers une destination inconnue. Guy Delisle l'a rencontré des années plus tard et a recueilli le récit de sa captivité – un enfer qui a duré 111 jours. Que peut-il se passer dans la tête d'un otage lorsque tout espoir de libération semble évanoui ? (Dargaud)

Nuit du 1er au 2 juillet 1997.
Christophe André, responsable d'une ONG médicale de MSF dans le Caucase, se retrouve pour la première fois seul à dormir dans le bâtiment de la mission.
Il est enlevé en pleine nuit et emmené, cagoule sur la tête, pour un lieu de détention inconnu.
Menotté, son seul moment de liberté dans la journée est lors de ses repas et de la courte pause pour assouvir ses besoins naturels.
De ses ravisseurs, il devine qu'ils sont Tchétchènes et qu'ils ont demandé une rançon pour sa libération.
Il changera plusieurs fois de cache et c'est grâce à l'oubli d'un de ses geôliers de lui remettre la menotte qu'il réussira à s'évader après quatre mois de détention.
C'est aussi grâce à un bon samaritain qu'il retrouvera les membres de l'ONG et parviendra, après encore de longs échanges avec les autorités Tchétchènes, à rentrer en France.
Avant de repartir pour une autre mission humanitaire, car malgré le calvaire vécu, Christophe André n'a jamais douté du bien fondé de son engagement.

De Guy Delisle, j'ai déjà lu l'excellent "Chroniques de Jérusalem", récit autobiographique de sa période de vie à Jérusalem durant une année.
Pour cette nouvelle publication, l'auteur a choisi de ne pas raconter un événement personnel mais de narrer celui de Christophe André, ex-otage des Tchétchènes en 1997.
Avec ce récit, Guy Delisle emmène le lecteur dans la tête d'un otage, celle de Christophe André : "Être otage, c'est pire qu'être en prison. Au moins, en prison, tu sais pourquoi tu es enfermé. Il ya une raison, qu'elle soit fausse ou vraie, mais au moins il y a une raison. Alors qu'otage, c'est juste de la malchance. Au mauvais endroit, au mauvais moment.".
Et le rendu est bon, très bon, pour ne pas dire excellent.
Guy Delisle, après entretiens avec Christophe André, a réussi à reconstituer minutieusement son récit et à plonger le lecteur dans la tête d'un otage et de toutes les émotions qui l'agitent : la dure réalité de la situation : "Ça me paraît tellement irréel de savoir que la vie continue dans toute sa banalité alors que je suis enfermé ici, menotté au sol.", le doute, la patience : "Certes, une discussion est en cours, mais j'imagine qu'avant de trouver un accord ça peut traîner encore un bon moment. Je dois prendre mon mal en patience et me projeter dans un temps long.", mais surtout toute la force mentale que cela demande pour tenir le coup.
Parfois anxiogène, à d'autres moments le récit se révèle presque cocasse face à certaines situations : le surnom de Thénardier pour un des geôliers, les histoires qui se font et se défont dans la tête de Christophe André.
S'il n'y a pas beaucoup de situations, les vignettes étant majoritairement consacrées à l'enfermement de Christophe André reposant sur un matelas et menotté, il n'en demeure pas moins qu'une certaine tension s'instaure et que l'auteur a su retranscrire avec justesse les différentes phases psychologiques et émotionnelles traversées par cet homme : au début l'espoir d'une libération rapide, puis l'espoir fondé sur d'éventuelles négociations, puis les doutes, les moments de désespoir et d'abattement, les questionnements, mais aussi l'imagination qui a permis à Christophe André de tenir et de faire ainsi passer le temps, jusqu'aux derniers doutes sur l'intérêt ou non de profiter de cette opportunité de s'évader et enfin le sentiment d'euphorie qui l'habite tandis qu'il erre sur les routes en cherchant à mettre le plus de distance entre lui et ses geôliers : "Je suis en train de vivre quelque chose d'énorme. Après presque 4 mois d'enfermement, je m'évade. J'ai dépassé mes limites comme je n'aurais jamais imaginé pouvoir le faire. Rien ne peut m'arrêter maintenant, je me sens invincible.".
L'épilogue précise également que les deux personnes ayant prêté main forte à Christophe André lors de son évasion ont par la suite connu de nombreux embêtements, à tel point qu'ils ont dû se réfugier en France avec leur famille.
Non seulement Guy Delisle a réussi à retranscrire dans son scénario l'enfermement durant quatre mois d'un otage, mais il a aussi su transmettre les émotions à travers ses dessins et le choix de la couleur.
Les bulles oscillent entre des nuances de gris et de bleu, aucune couleur chaude ce qui est bien normal et met ainsi le lecteur en condition par rapport à la situation du personnage.
Malgré une histoire prenant place dans un lieu clos, Guy Delisle réussit à transporter le lecteur, un pari qui était non seulement risqué mais loin d'être gagné et qui prouve, s'il en était encore besoin, toute l'étendue du talent de cet auteur.

"S'enfuir - Récit d'un otage" est un texte - sans vilain jeu de mots - captivant qui dépeint avec brio le quotidien d'un otage pendant quatre mois, une bande dessinée faisant office de témoignage, un genre qui va décidément très bien à son auteur, Guy Delisle.

Si je devais mettre une note à cette BD : 18/20

BD lue dans le cadre "La BD fait son festival 2017" organisé par PriceMinister.

samedi 8 avril 2017

Les brumes de Sapa de Lolita Séchan


Un récit de vie touchant sur le passage à l’âge adulte à travers l’amitié improbable de deux jeunes filles : Lolita, ado parisienne un peu perdue, et Lo Thi Gôm, petite fille de la minorité Hmong opprimée au Vietnam. (Delcourt)

"La première fois que je suis allée au Vietnam, j'avais 22 ans.", ainsi débute le récit autobiographique de Lolita Séchan, un récit qu'à l'époque du tout fait vite elle a mis cinq ans à laisser mûrir, à bâtir, pour se raconter mais aussi l'histoire de Lo Thi Gôm, petite fille de la minorité Hmong rencontrée lors de son premier séjour et avec qui elle a, depuis lors, tissé des liens que je qualifierai d'amitié : "J'étais partie me chercher et je l'ai trouvée elle.".
Lolita Séchan est "fille de", mais ce qu'elle cherchait par-dessus tout, c'était se trouver elle, trouver quelque chose qui n'appartiendrait qu'à elle : le dessin.
Elle aborde sa filiation à certains moments du récit, mais elle reste une fille comme les autres, avec un père et une mère qui connaissent des problèmes de couple et d'autres plus personnels, une fille qui se cherche beaucoup et va finalement trouver quelque chose de fort qui la fera grandir, mais sans qu'elle s'en rende compte : "C'est bien toi qui l'as voulue, cette amitié. C'est toi qui l'a choisie. A force de te perdre, tu te trouves ma chérie.".
Lolita, lors de ses séjours annuels au Vietnam, n'aura de cesse de retourner à Sapa, pour y voir Lo Thi Gôm, cette fillette d'une minorité opprimée pour qui elle ressent un profond attachement : "Étais-je son amie ? Sa sœur ? Sa mère ? Sa banque ? Étais-je toujours une étrangère ?".
En écrivant son histoire en bande dessinée, c'est aussi de cette minorité que l'auteur a voulu parler, la mettre en avant, ainsi qu'un Vietnam qui évolue, se modernise et qui n'accorde toujours pas de place pour certaines minorités qui composent pourtant ce pays.
Le Vietnam est également mis en avant, un pays que Lolita a eu du mal à appréhender lors de ses débuts et qu'elle a fini par aimer : "Tu vois, c'est étrange ... J'ai tellement haï le Vietnam. Il m'a bousculée, malmenée, blessée même, et pourtant ... A 48 h de mon départ, j'ai l'impression que j'en suis tombée amoureuse.", voire même le comparer à l'enfer : "L'enfer est un endroit chaud comme la braise qui grouille d'âmes perdues trimant dans les flammes pour l'éternité. C'est comme le Vietnam, en fait. Le feu en plus.".
J'ai été touchée par la façon dont elle en parle, déjà parce qu'à sa façon j'ai tendance à partir seule découvrir un endroit, mais aussi par les représentations qu'elle en fait.
Clairement, cette bande dessinée m'a donné envie de découvrir le Vietnam, j'y ai vu un pays fascinant qui recèle quelques merveilles si l'on prend le temps de s'attarder et de sortir hors des sentiers touristiques.
Malheureusement, j'ai aussi l’impression que c'est un pays en train d'être déformé par le tourisme, peut-être ne faut-il plus tarder pour y aller.
C'est avec intérêt que j'ai suivi les péripéties de Lolita au Vietnam ainsi que la très belle amitié qu'elle noue avec Lo Thi Gôm, malgré deux cultures très différentes ces deux femmes ont finalement des points en commun.
Lo Thi Gôm a des rêves, elle refuse pendant un certain temps de céder aux traditions, parce qu'elle a envie d'accomplir ses rêves, mais elle est aussi lucide par rapport à ceux-ci et sait que plus le temps passe plus ils grossissent et moins ils deviennent réalisables : "Mais je sais que plus mes rêves grossissent moins j'ai de chance d'être heureuse.".
J'ai trouvé ça très beau, autant de clairvoyance de la part de cette jeune femme, pour tout dire elle m'a même beaucoup émue.
Lolita Séchan est restée très pudique pendant tout son récit, c'est quelque chose que j'ai apprécié, ainsi que sa quête personnelle, sans doute parce que nous nous y retrouvons tous à un moment donné de notre vie.
Outre l'histoire, j'ai également apprécié le coup de crayon de l'auteur, même si ce n'était pas forcément gagné au début.
Uniquement dans les tons de noir, blanc et gris, elle a su donner du contraste aux paysages et à ces personnages.
Comme quoi, il est bon parfois de savoir prendre son temps, le résultat n'en est que meilleur.

Avec "Les brumes de Sapa" Lolita Séchan livre une très belle bande dessinée personnelle qui arrive pourtant à toucher chacun dans le cœur, un beau moment d'émotion et une belle découverte.