vendredi 9 juin 2017

Le grand marin de Catherine Poulain


Une femme rêvait de partir. 
De prendre le large. 
Après un long voyage, elle arrive à Kodiak (Alaska). 
Tout de suite, elle sait : à bord d’un de ces bateaux qui s’en vont pêcher la morue noire, le crabe et le flétan, il y a une place pour elle. 
Dormir à même le sol, supporter l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, la peur, les blessures… 
C’est la découverte d’une existence âpre et rude, un apprentissage effrayant qui se doit de passer par le sang. 
Et puis, il y a les hommes. 
À terre, elle partage leur vie, en camarade. Traîne dans les bars. 
En attendant de rembarquer. 
C’est alors qu’elle rencontre le Grand Marin. (Editions de l’Olivier) 

C’est l’histoire d’une femme, Lili, pas très grande, plutôt frêle, qui décide un beau jour de quitter Manosque-les-Couteaux pour vivre une grande aventure.
Elle se retrouve à Kodiak en Alaska et embarque sur un bateau pour pêcher la morue noire et le flétan : "Embarquer, c’est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T’as plus de vie, t’as plus rien à toi.", et très vite elle aime cela : "J’avais marié un bateau. Je lui avais donné ma vie.".
Mais Lili, c’est une runaway, elle a envie de bouger, d’aller encore plus loin, au bout du monde : "C’est pas grave de partir tu sais, c’est la vie qui veut ça. Faut toujours s’arracher. Quand tu dois y aller, faut y aller.", sauf que Lili prend goût à la pêche, et à ce grand marin qu’elle a rencontré sur le bateau et qui la fascine tant : "Je pense qu’il est beau. Je pense qu’il est le plus beau, le plus grand, le plus brûlant. Il voudrait que je l’aime encore. Jamais il ne sera rassasié d’amour, de sexe, d’alcool.".
Lili pêche, Lili aime, et Lili veut aussi rester libre : "J’aime juste être libre d’aller où je veux. Je veux juste qu’on me laisse courir.".

Lili, c’est Catherine Poulain, qui avec ce premier roman se raconte en grande partie.
Comme Lili, elle a commencé à voyager très jeune, elle a bourlingué à travers le monde, a exercé foultitude de boulots, a pêché dix ans en Alaska, avant de retourner dans sa Provence pour y être bergère et ouvrière viticole.
Pour être honnête, je ne me suis pas rendue compte tout de suite en lisant ce roman qu’il était en grande partie autobiographique.
Je l’ai découvert après, au gré de mes errances pour en apprendre plus sur cette auteur.
Parce que dès les premiers mots, Catherine Poulain m’a embarquée avec sa Lili, par son style et sa plume mais aussi cette histoire folle de petite femme qui part à l’autre bout du monde à la poursuite d’un rêve de pêche.
Il est évident comme le nez au milieu du visage qu’il y a du Jean Giono là-dedans, et effectivement, le style de Catherine Poulain se rapproche de celui de ce dernier.
Et c’est ce qui rend la lecture d’autant plus intéressante. Grâce au style, j’ai été bercée par les mots et emportée avec Lili sur les flots.
On ne sait pas grand-chose de ce personnage, mais elle devient vite attachante avec sa volonté de fer, celle de bien faire à bord du bateau, et tout comme un homme.
J’ai aimé l’atmosphère de ce roman, l’ambiance qui s’en dégage et donne corps aux gens et aux événements, ainsi que la camaraderie et l’entraide entre les hommes et ce petit bout de femme bien décidée à aller là où elle veut pour faire ce qu’elle a envie.

"Le grand marin" est un premier roman très réussi et une belle invitation au voyage qui mérite amplement tous les prix reçus.

4 commentaires:

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    1. De rien !
      On a souvent des goûts communs.

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  2. Elle est impressionnante. Elle a une énergie... pour un métier si dur.

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    1. Oui c'est assez impressionnant ce petit bout de femme qui s'impose sur le bateau et met tout son cœur à l'ouvrage.

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