dimanche 5 novembre 2017

L'innocente d'Eric Warnauts et Guy Raives


Allemagne, mars 1945. Nina Reuber s'évade d'un centre de formation de la future élite du national-socialisme, déguisée en garçon. Réquisitionnée comme traducteur par une division de l'infanterie américaine, elle part pour Berlin. C'est là, sur les ruines du Troisième Reich et à l'aube du procès de Nuremberg, que Nina deviendra une adulte. (Le Lombard)

J'aime beaucoup les bandes dessinées du duo Eric Warnauts et Guy Raives, après "Les temps nouveaux" et "Après-guerre", voici une de leurs premières productions rééditée aux éditions Le Lombard dans la collection Signé, ce qui laisse présager une grande qualité.
C'est un peu la marque de fabrique de ce duo, l'histoire se déroule à la fin et à la suite de Seconde Guerre Mondiale.
En Allemagne, en mars 1945, il est encore question d'un Reich de 1000 ans, mais à la mort de ses grand-parents, la jeune Nina Reuber s'évade d'un centre de formation de la future élite du national-socialisme grâce à la complicité d'une formatrice : "Nous savons que vous êtes un être sensible, Nina. Trop sensible pour cette terrible époque.", déguisée en homme.
C'est ainsi qu'elle va croiser les G.I Américains et rejoindre Berlin.
En chemin, elle croise la route de Wim, un homme avec qui elle entretiendra une relation trouble, allant de la forte amitié à l'amour, mais dans laquelle chacun se retient de faire le geste de trop.
Nina assistera au procès de Nuremberg et prendra conscience des atrocités commises par son peuple, Wim aura beau la raisonner : "Mais toi, tu n'y peux rien, Nina. Tu n'y es pour rien. Toi, tu es innocente.", cela ne changera rien et à partir de cet instant Nina perd l'innocence de sa jeunesse et prend conscience de tout ce qu'il y a à reconstruire.
Elle assiste aussi aux amours passagères de Wim, et finit par s'éloigner de lui, blessée par toutes ses coucheries et leurs sentiments communs qui ne s'expriment pas, là encore elle perdra l'innocence de l'amour dans un retournement final.

Il y a le graphisme si particulier du duo Warnauts et Raives, reconnaissable facilement, qui suffit à lui seul pour créer une ambiguïté et une atmosphère si particulière.
L'ambiguïté s'installe dès les premières planches, avec une Nina entretenant une relation charnelle avec l'une des formatrices puis qui se travestit en garçon.
La sensualité est présente tout au long de cette histoire, Nina dégage un certain sex-appeal et entretient des relations charnelles troubles avec plusieurs personnages croisant sa route.
Mais plutôt que de juger ce personnage ou de l'analyser par le petit bout de la lorgnette, Nina représente surtout l'innocence, sans avoir été coupable ni même témoin des crimes perpétrés par les nazis elle en est fortement marquée, cela change sa perception du monde mais aussi son but dans la vie.
Malgré sa sensualité c'est sans doute le personnage le plus pur de l'histoire, et par conséquent celui qui va voir son idéal piétiné et perdre ses illusions.
Il y a beaucoup d'émotion dans cette histoire où la petite se mêle à la grande, ainsi que de l'humanité.
C'est un cocktail qui fonctionne bien et qui a su me séduire dès les premières images, à tel point que j'ai lu ce récit d'une seule traite.
Si je peux comprendre que le personnage ainsi que certains aspects de l'histoire puissent mettre mal à l'aise, j'ai trouvé cette histoire très belle mais aussi très cruelle, d'autant qu'elle est particulièrement réaliste et aurait tout à fait pu se produire dans la réalité.
Une nouvelle fois le duo Warnauts et Raives a fait mouche et livre un bien beau récit doublé d'un formidable portrait de jeune femme sous fond d'une Allemagne en ruine en 1945 qui doit se reconstruire et apprendre à faire la paix avec son passé.

"L'innocente" est une très belle bande dessinée cruelle, de par les horreurs de la guerre mais aussi parce qu'elle marque la fin de l'innocence et des illusions de l'amour de la jeune Nina, une histoire à découvrir sans aucune hésitation.

samedi 4 novembre 2017

Sherman Tome 7 Le dernier acte de Ludwig, Londres de Magda et Stephen Desberg


20 ans ont passé depuis la mort de Jay Sherman. Sa fille Jeannie vit aujourd'hui à Londres avec son grand amour Ludwig, le chanteur d'opéra. Une fille est née de leur union, la jolie Kundry, qui profite de sa jeunesse dans l'ambiance festive du Swinging London des années 1960. Mais Kundry est une Sherman, et le passé tragique de sa famille va la plonger au cœur du danger. (Le Lombard)

Sherman est une série en bande dessinée que j'aime énormément, je pensais sincèrement que le sixième tome serait le dernier, les créateurs aussi, mais ils ont finalement décidé d'y ajouter un diptyque dont voici le premier tome.
Autant dire que je n'ai pas su résister, et même si je suis frustrée car à ce jour la fin n'est pas connue c'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé Jeannie et l'homme de sa vie, Ludwig, rescapé des camps de la mort.

Enfin, n'y allons pas par quatre chemins, la bande dessinée s'ouvrant par l'assassinat de Ludwig on ne retrouve ce personnage que grâce aux nombreux flash-backs couvrant sa rencontre avec Jeannie et sa vie avec elle au sortir de la guerre.
Jeannie est évidemment soupçonnée, malgré l'amour inconditionnel qu'elle porte à son mari tout le monde, ou presque, la pense capable d'un tel acte, d'autant que par le passé elle n'a pas hésité à tuer.
Et puis la famille Melchior s'est illustrée dans la traque des nazis : "Le couple Melchior savait en tout cas se défendre, à côté de la carrière musicale, les Melchior se sont investis activement dans la traque des criminels nazis depuis les années cinquante.", le maniement d'une arme n'est donc pas inconnu de Jeannie.
Plusieurs années après la guerre et leur mariage, Jeannie et son époux se retrouvent invités à Bayreuth, lieu de leur rencontre, et là, qu'elle n'est pas leur désagréable surprise de croiser d'anciens criminels nazis dégustant tranquillement du champagne et des petits fours lors du festival Wagner.
Jeannie décide donc de suivre son mari dans sa volonté de traquer les nazis pour les amener à répondre de leurs actes devant la justice : "Je suis avec toi, Ludwig. Si tu veux chercher où ces chiens se sont cachés, j'irai les traquer avec toi. Et si tu crois que tout se paie ici-bas je connais quelqu'un qui t'aurait donné raison.".
Pourtant, je n'ose croire que ce soit Jeannie la coupable, il y a à mon avis une autre raison derrière tout cela, et un autre coupable.
Outre Jeannie, l'autre personnage féminin présent dans l'histoire est Kundry, sa fille. Elle n'apparaît que peu comparée à sa mère mais son rôle prend une toute autre dimension vers la fin et on sent qu'elle est une pièce majeure du puzzle que l'on retrouvera dans le prochain tome.
Si Stephen Desberg est resté présent au scénario, excellent s'il en est encore besoin de le dire, c'est Magda qui a pris la relève pour les dessins.
Honnêtement, il n'y a pas de différence notable entre son coup de crayon et celui de Griffo.
J'ai retrouvé l'univers de Sherman et les personnages tel que je les avais quittés, avec quelques années de plus toutefois.
Cette série tient décidément toutes ses promesses et se lit avec un grand plaisir, une adaptation serait tout à fait envisageable car il y a tous les ingrédients pour en faire un bon téléfilm.

"Qu'est-ce qu'une vie ? Plusieurs vies successives menées par la même personne avec des gens différents ? Ou la quête perpétuelle d'une vérité qui nous échappe, parce qu'on a trop peur de la laisser disparaître, et plus encore de la regarder en face ?", ainsi se conclut ce septième tome de la série Sherman dont le mystère ne sera résolu que dans la suite à venir, très prochainement je l'espère.

lundi 30 octobre 2017

Au cinéma Lux de Janine Teisson


Un roman sensible, pudique et romantique sur le handicap et la difficulté de passer outre. Le texte joue avec le lecteur, en le plaçant jusqu'au bout dans la même position d'ignorance que ses protagonistes. (Syros)

Marine et Mathieu sont deux passionnés de films anciens et se rencontrent régulièrement au cinéma Lux.
Ils commencent à se parler, à se donner rendez-vous la semaine suivante au cinéma, puis à tomber amoureux l'un de l'autre, mais chacun cache un secret qui pourrait bien gâcher cette relation.

Grosse déception pour ce roman jeunesse pourtant auréolé de prix, et malgré une précédente lecture d'un autre roman à destination de la jeunesse de cette auteur : "Germaine Tillion, un long combat pour la paix", une belle découverte à la fois dans le mode de narration et concernant la personne dont il est question.
J'ai trouvé le style fade, ainsi que l'histoire, aucune surprise dans l'intrigue et même lorsque chaque protagoniste révèle son secret cela sonne creux.
Parce que je n'ai trouvé aucun intérêt à cette histoire, parce que je m'attendais à quelque chose de moins niais, d'un peu mieux écrit et pensé en termes d'intrigue.
Même si les thèmes abordés sont sensibles ils n'ont pas fait mouche de mon côté, alors que ce roman jeunesse avait quelques ingrédients pour me plaire, moi qui aime tant les salles obscures et les films.
Je vais vite oublier cette déception littéraire que, comme vous l'aurez compris, je ne recommande pas.

Je vais vite oublier cette séance "Au cinéma Lux" dont j'aurai dû m'abstenir.

dimanche 29 octobre 2017

Chante, Luna de Paule du Bouchet


Varsovie, 1939. Luna, jeune Juive d'origine polonaise, n'a qu'une passion, la musique et le chant. Sa voix est merveilleuse. Elle a 14 ans lorsque les troupes allemandes entrent en Pologne. Très vite, la population juive est enfermée dans le ghetto. Commencent alors la persécution, la misère, la peur, la mort. Luna voit peu à peu disparaître tous les siens. Dans le cauchemar de la guerre, elle participe à la résistance du ghetto de Varsovie avec, pour seules forces, sa voix hors du commun et sa volonté de vivre et d'aimer. (Gallimard Jeunesse)

En 1939, à Varsovie, Luna a quatorze ans, elle mène une vie heureuse auprès de sa famille et de ses amis et travaille sans relâche la musique et le chant.
Mais les troupes Allemandes entrent en Pologne, Luna est juive et malgré les mises en garde, sa famille refuse de fuir.
Erreur tragique, bientôt Luna et sa famille se retrouvent dans le terrible ghetto de Varsovie, sans espoir de sortie : "Ceux qui ont été sauvés, ce sont ceux qui n'ont pas attendu.".
Luna découvre la vie dans la promiscuité, dans la crasse, où la nourriture vient à manquer et où les épidémies se développent.
Puis c'est la mort, le froid, les rafles et les déportations, pour commencer à "liquider" le ghetto : "Première vision du désespoir, premier mort de faim, premier mort du typhus, premier enfant abandonné, première rafle, première "sélection", premier wagon ... Et chacune de ces premières fois a été un visage de l'adieu. De la dernière fois.", autant de premières fois qui plongent un peu plus l'adolescente dans l'horreur de la guerre.
Mais Luna va, grâce au hasard et surtout à sa voix hors du commun, survivre et se battre, à la fois pour rester en vie mais aussi dans la résistance du ghetto lors du soulèvement.

Du ghetto de Varsovie, on a pu lire (et voir) "Le pianiste" de Wladyslaw Szpilman, où ce musicien a pu survivre, mais dans de terribles conditions et au prix de voir toute sa famille partir en déportation pour ne jamais en revenir.
Ce roman, même s'il est fictionnel, a le mérite de s'adresser à un public plus jeune.
De Paule du Bouchet j'ai pu lire "Dans Paris occupé - Journal d'Hélène Pitrou 1940-1945", un roman jeunesse particulièrement bien documenté d'un point de vue historique.
Celui-ci est tout aussi bien documenté et tout aussi intéressant.
Même s'il s'adresse à un public jeune, l'auteur ne cache pas les horreurs qui ont pu se dérouler durant cette période et les terribles conditions de survie dans le ghetto, mais elle a l'intelligence de le faire sans tomber dans le pathos ni dans des descriptions à faire froid dans le dos.
Le personnage de Luna est attachant et pourrait être rapproché d'Anne Frank, ces deux jeunes filles ont d'ailleurs le même âge et un intérêt prononcé pour une forme d'art : l'écriture pour Anne et le chant pour Luna.
Même si le récit est fictionnel, il s'appuie sur des éléments historiques et est complètement crédible.
L'auteur arrive à retracer, à travers le regard de Luna, la vie, ou plutôt la survie, dans le ghetto de Varsovie, sans taire le manque de nourriture, les maladies, la mort, et en s'appuyant sur l'organisation de ce ghetto et les possibilités qu'il existait de réussir à en sortir, même pour quelques heures (je pense notamment aux enfants qui passaient dans des trous du mur pour aller chercher en dehors de la nourriture, au péril de leur vie).
L'insurrection du ghetto est aussi bien décrite, tout comme les circonstances qui ont poussé les gens à le faire.
On peut croire à l'histoire de Luna, et si je n'avais qu'un reproche à faire à ce roman cela serait sa fin un peu trop expéditive et qui aurait mérité quelques pages de plus.

"Chante, Luna" est un très bon roman de Paule du Bouchet racontant la survie quotidienne d'une adolescente dans le ghetto de Varsovie, voilà un bon exemple de fiction rejoignant la réalité historique.

samedi 28 octobre 2017

Germaine Tillion, un long combat pour la paix de Janine Teisson


Cent ans de passion pour la justice, la paix et la liberté : la vie de Germaine Tillion, ethnologue, résistante, déportée à Ravensbrück et combattante pour la paix en Algérie. Le parcours d'une humaniste hors du commun. (Oskar Editions)

Qui connaît Germaine Tillion ?
Comme moi, vous seriez tenté de lever la main, car le nom ne vous est pas inconnu, vous vous souvenez qu'elle a été déportée à Ravensbrück où elle a rencontré l'une de ses meilleures amies : Geneviève Anthonioz de Gaulle, et puis voilà, à peu de choses près.
Qui connaît vraiment toute la vie de Germaine Tillion ?
Là, beaucoup moins de mains se lèvent, à commencer par la mienne, et fort heureusement, cet ouvrage m'a permis de remettre les pendules à l'heure et surtout de découvrir la vie de cette femme que l'on ne connaît que par le bout de la lorgnette, au final.

Germaine Tillion a vécu une longue vie, elle est morte centenaire, et a connu de nombreuses péripéties au cours de celle-ci, dont une déportation à Ravensbrück pour résistance, avec sa mère, une détention qui ne l'a sans doute pas façonnée, elle avait déjà une idée bien précise de sa vie et de ce qu'elle souhaitait en faire, mais qui a contribué à renforcer ses convictions et permet de comprendre ses engagements futurs.
C'est avec une grande force de caractère que Germaine Tillion survit à Ravensbrück : "Pour elle, la vérité est une armure, rêver est fatal.", contrairement à sa mère qui y périt, un drame qui marquera Germaine Tillion jusqu'à la fin de sa vie, mais aussi grâce à son intérêt qu'elle porte à autrui et aux amitiés qu'elle noue dans cet enfer.
Si les communistes ont pu aider Germaine Tillion au cours de ses années de déportation, elle gardera toute sa vie sa liberté de penser et n'ashèrera jamais à un parti politique.
De Ravensbrück, Germaine Tillion en tire une meilleure compréhension des peuples, encore plus pour cette femme qui était ethnologue avant la guerre et qui reprendra son travail après : "Si à Ravensbrück elle a été tentée de penser : "Les Français ne commettraient jamais des horreurs pareilles", elle s'est reprise : "Tous les peuples sont civilisés, mais toutes les civilisations peuvent connaître un désastre moral collectif." C'est ainsi qu'elle qualifie la période nazie.", ce qui sans doute jouera un grand rôle dans son engagement pour la paix en Algérie.
Son credo, c'est la paix et la liberté, elle ne cessera sa vie durant de défendre cet idéal, particulièrement pendant la guerre d'Algérie mais aussi par la suite dans son combat pour l’émancipation des femmes : "Son combat contre l'esclavage des femmes et des enfants, elle est décidée à le mener jusqu'à la mort. Elle ne cessera jamais de dire non à l’inacceptable.".
Cet ouvrage est non seulement bien écrit et bien documenté, mais il est très abordable et permet de découvrir une femme finalement peu méconnue, qui a souhaité rester discrète toute sa vie et que l'on a tendance à oublier un peu trop facilement.
J'ai beaucoup aimé la présentation des étapes importantes de sa vie, à travers de courts chapitres, ainsi que la chronologie historique en fin de récit.
Historiquement, ce livre est particulièrement intéressant et constitue un parfait complément à des cours d'histoire.
J'ai regardé les autres titres proposés dans cette catégorie "Histoire & société" des éditions Oskar et je peux vous dire que d'autres livres ont retenu mon attention.
Ils sont très bien conçus, j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire et à en apprendre plus sur le destin de cette femme exceptionnelle.

Germaine Tillion fut une humaniste hors du commun qui demeure aujourd'hui encore trop méconnue, cet ouvrage a l'avantage de réparer cette erreur tout en étant accessible à tout public, une belle découverte et une belle leçon d'histoire, et d'humanité.

mercredi 25 octobre 2017

Si j'étais un rêve ... de Charlotte Bousquet


Lina et Nour sont en classe de seconde : l'une vit à Sofia, en Bulgarie, l'autre vit à Saint-Denis. Sous la direction de leurs professeurs, elles entament une correspondance qui tourne aux confidences et une amitié s'installe. Tandis que Lina se révolte contre la corruption des pays de l'Est, Nour cache un grand mal-être. Elles se soutiennent l'une l'autre, jusqu'au jour où Nour devient distante. (Flammarion)

Après "Rouge Tagada" et "Mots rumeurs, mots cutter", j'ai décidé de lire un nouveau roman de Charlotte Bousquet traitant d'un thème particulier à destination de la jeunesse.
Lina et Nour habitent à des milliers de kilomètres de distance, en Bulgarie et en France, et s'écrivent dans le cadre d'une correspondance scolaire.
Pour apprendre à se connaître et se découvrir, ces deux personnes vont, en plus de se raconter leur vie quotidienne, jouer au jeu du portrait chinois.
Si au début l'histoire semble convenue et sans surprise, quelques phrases commencent à parsemer les correspondances et sèment le doute : "Tu n'as jamais l'impression que ton corps est un mensonge ? Que tu es le vilain petit canard du conte d'Andersen, ou une chenille en attente de chrysalide ? Moi, tout le temps. Et ce que je troue génial avec le body-art, c'est qu'il le métamorphose selon ton cœur et le plie à ta volonté.".
Ce sentiment s'accentue lorsque les deux protagonistes envisagent de se rencontrer réellement : "Parce que QUI je suis n'est pas ce que je vois.".

Ce roman épistolaire traite de plusieurs thèmes, notamment de politique avec la situation en Bulgarie, face à la vie quotidienne dans une banlieue en région parisienne, mais aussi de la quête d'identité, particulièrement à un âge où cela difficile, surtout lorsqu'il y a un écart entre ce que l'on est et ce que l'on sait être dans sa tête.
Contrairement à d'autres romans de Charlotte Bousquet je trouve qu'ici la trame narrative n'est pas extraordinaire, il y a des répétitions parfois et j'ai trouvé son style moins percutant que d'ordinaire.
Dommage car cela gâche un peu la révélation finale.
De plus, j'ai eu l'impression à certains moments de ma lecture d’invraisemblances dans le récit, ou de circonstances présentes uniquement pour la continuité du récit, comme s'il manquait parfois un lien entre les deux récits.
C'est mon côté adulte qui parle, j'ai sans doute un œil plus critique qu'un lectorat plus jeune et ce roman m'a moins touchée que d'autres du même auteur, non pas par le thème traité mais plus par le style en cran en-dessous d'ordinaire.

"Si j'étais un rêve ..." de Charlotte Bousquet est un roman à destination de la jeunesse, plus particulièrement des adolescent(e)s, dont les thèmes abordés sauront les toucher tout comme la forme épistolaire du récit.

lundi 23 octobre 2017

Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé


Quelque part dans une Amérique du Sud imaginaire, trois femmes d’une même lignée semblent promises au même destin : enfanter une fille et ne pouvoir jamais révéler le nom du père. Elles se nomment Rose, Violette et Vera Candida. Elles sont toutes éprises de liberté mais enclines à la mélancolie, téméraires mais sujettes aux fatalités propres à leur sexe. Parmi elles, seule Vera Candida ose penser qu’un destin, cela se brise. Elle fuit l’île de Vatapuna dès sa quinzième année et part pour Lahomeria, où elle rêve d’une vie sans passé. Un certain Itxaga, journaliste à L’Indépendant, va grandement bouleverser cet espoir. (Editions de l'Olivier)

Dans une Amérique du Sud fantasmagorique, Rose tombe tardivement enceinte d'un homme qu'elle ne pensait pas aimer.
Sa fille Violette va elle-même connaître une jeunesse particulière : "Elle avait été une petite fille dont la peau délicate pelait, une petite fille qui n'arrivait pas à être à la hauteur, qui ne pouvait pas apprendre à lire parce que c'était un peu trop compliqué, et elle était maintenant suffisamment grande pour briser le cœur de sa mère, coucher avec tous les garçons du village, boire plus que de raison et se transformer en une jolie jeune femme vide et sans bonté.", tomber enceinte à quinze ans, engendrer une fille, Vera Candida, et finir tôt sa vie dans le ruisseau.
Vera Candida, élevée par sa grand-mère, connaîtra elle aussi une adolescence difficile en croisant le chemin d'un homme, mais décidera que le destin peut se briser et choisira de fuir, à quinze ans, l'île de Vatapuna : "Vera Candida se dit, La forêt est une pénitente. Puis elle pensa, Je m'en vais. Et encore, Je m'en vais et personne ne me regrettera.".
A la ville, elle croisera le chemin d'un journaliste, Itxaga, et là encore le destin aura son mot à dire entre ces deux êtres : "Mais les rencontres sont finalement une accumulation de coïncidences qui fait que deux personnes, essayant de résister à la malice du destin et de détourner les chemins qui les mènent l'une vers l'autre, se dirigent inexorablement vers une collision fatale.".

J'ai découvert Véronique Ovaldé avec "La grâce des brigands", un roman qui ne m'avait pas séduite mais que je n'avais pas non plus détesté.
Avec "Ce que je sais de Vera Candida" il n'en est rien, car ce roman m'a subjuguée par sa beauté, sa poésie, sa magie, et par la maîtrise du style de l'auteur.
Vous l'aurez compris, il y a une malédiction qui règne sur les femmes de cette famille, j'ai bien précisé qu'elles croisaient à chaque fois un homme mais ce n'est pas n'importe lequel et c'est ce qui amplifie l'horreur de leur malédiction.
Seule Vera Candida semble penser pouvoir y échapper et que le destin, ça peut se briser et se modeler comme on le souhaite.
Véronique Ovaldé construit son histoire avec intelligence, en commençant avec la vie de l'attachante Rose, la grand-mère dont le souvenir et l'image demeurent présents tout le long du récit; puis passe à celle de Violette mais sans non plus s'étaler dessus car le personnage que le lecteur attend, Vera Candida, n'arrive pas tout de suite dans le récit.
Cela ne m'a absolument pas gênée car toute cette msie en scène permet de comprendre la suite et ce qui va pousser Vera Candida à refuser la fatalité et à fuir cette île pour se créer sa propre vie.
Il n'y a que deux figures masculines dans ce roman, l'un est le géniteur de chaque fille de cette famille, l'autre le journaliste Itxaga qui redore le blason de la gente masculine qui, il faut le dire,e st mise à mal dans ce roman.
Avec Vera Candida, ce sont les deux personnages qui m'ont le plus touchée.
Itxaga a une forme d'innocence qui lui permet de ne voir que la beauté du monde et le meilleur de chacun, il va malheureusement être rattrapé par la réalité de la vie, et à l'inverse, Vera Candida fuit la réalité de la vie et c'est grâce à Itxaga qu'elle va pouvoir entrevoir la beauté qui peut exister.
Je n'aime pas l'amour niais ou gnangnan, ici je trouve que l'amour prend une dimension poétique qui a su me séduire.
Comme dans bon nombre de romans se déroulant en Amérique du Sud, il y a une dimension fantastique, magique plus précisément, qui apporte une touche toute particulière au récit et contribue sans nul doute à en faire sa beauté.
Ce roman n'a pas été sans me rappeler "Dans la ville des veuves intrépides", un récit qui se pare aussi d'une part de mystère et de magie.
Ce roman m'a réconciliée avec Véronique Ovaldé, d'un côté j'ai envie de lire d'autres livres de cette auteur mais de l'autre je crains la déception : n'aurai-je pas lu son meilleur livre ?

"Ce que je sais de Vera Candida" est un roman enchanteur, à la limite du conte, sur le destin de trois femmes marquées par une malédiction commune mené de main de maître par Véronique Ovaldé.

dimanche 22 octobre 2017

Coraline de Neil Gaiman


Coraline vient d'emménager dans une étrange maison et, comme ses parents n'ont pas le temps de s'occuper d'elle, elle décide de jouer les exploratrices. Ouvrant une porte condamnée, elle pénètre dans un appartement identique au sien. Identique, et pourtant... (Albin Michel)

J'ai pris ce livre car la couverture m'intriguait, avec ce personnage mi-petite fille mi-poupée en bois.
Et puis le nom de l'auteur me disait vaguement quelque chose.
Ce n'est sans doute pas son meilleur roman, et lu plus jeune il m'aurait sans doute fait un peu plus peur car il faut bien le dire, je n'ai pas frissonné, pas une minute.
Pourtant, la maison dans laquelle Coraline vient d'emménager est bel et bien étrange, Coraline y sent une présence, une porte mystérieuse qui l'attire  : "Coraline inspira profondément, puis fit un pas dans les ténèbres où murmuraient des voix étranges tandis que le hurlement du vent résonnait dans le lointain. Tout à coup, elle eut la certitude qu'il y avait quelque chose derrière elle dans le noir - quelque chose de très ancien et de très lent.".
A la façon d'Alice au pays des merveilles, c'est un autre monde qui attend Coraline mais pas celui qu'elle croit.
Si d'apparence tout est identique, elle découvre bien vite qu'il y a quelque chose qui cloche, voire qu'une présence maléfique y habite et cherche à attirer à elle de nouvelles âmes : "Elle vous prendra votre vie, tout ce que vous êtes, tout ce à quoi vous tenez, et en lieu et place ne vous laissera que brume et brouillard. Elle vous prendra ce qui fait votre joie. Et un beau matin, vous vous éveillerez pour constater que votre cœur et votre âme ont disparu.".

L'avantage de ce livre, c'est qu'il est court et se lit d'une seule traite rapidement.
Je suis sans doute trop grande pour apprécier pleinement ce roman, si je l'ai trouvé bien écrit et avec un mystère digne d'un conte de fée horrifique, il ne m'a toutefois pas laissé un souvenir grandiose.
Je n'ai pas eu peur une minute, j'ai très vite deviné de quoi il en retournait et le personnage de Coraline m'est resté détaché.
Dommage, j'aurai bien aimé frissonner, mais ce livre est clairement destiné à un public plus jeune qui y trouvera sans doute son bonheur.
Je compte tout de même lire d'autres romans de Neil Gaiman, mais sans doute dans un registre un peu différent et à l'attention d'un public un peu plus âgé.