dimanche 2 juillet 2017

Challenge d'été 2017 - Destination PAL par Lili Galipette

Cet été encore, Lili Galipette est heureuse de nous convier à son bord pour une destination d'été vers note PAL.

PAL ?
Pile A Lire (les livres qui s'accumulent, s'accumulent, d'accumulent ...)

Le voyage commence le 1er juin jusqu'au 15 septembre.
Le but : dégommer sa PAL et surtout prendre plaisir à lire !

Cette année, comme en 2016, j'ai choisi de participer avec une PAL d'été, sélectionnée dans mes livres "papier" et numériques.
(Et la tête de linotte que je suis a laissé une partie de sa PAL écrite sur papier ailleurs, bref j'éditerai cette dernière dès que j'aurai remis la main dessus).

Ma PAL papier

La Storia d'Elsa Morante
Une vie entre deux océans de M. L. Stedman
Le bureau des jardins et des étangs de Didier Decoin
Enchantement d'Orson Scott Card

Ma PAL numérique

L'italienne d'Adriana Trigiani
Les royaumes du nord de Philip Pullman
La métamorphose de Franz Kafka
Dolores Claiborne de Stephen King
La nuit des temps de René Barjavel
La perle et la coquille de Nadia Hashimi
Martin Eden de Jack London
Bellefleur de Joyce Carol Oates
Aquarium de David Vann
La mort est mon métier de Robert Merle
Prête à tout de Joyce Maynard
Ils vivent la nuit de Dennis Lehane

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une douce croisière !

samedi 1 juillet 2017

Le procès du siècle (Denial) de Mick Jackson

     
     

Deborah Lipstadt, historienne et auteure reconnue, défend farouchement la mémoire de l’Holocauste. Elle se voit confrontée à un universitaire extrémiste, avocat de thèses controversées sur le régime nazi, David Irving, qui la met au défi de prouver l’existence de la Shoah. Sûr de son fait, Irving assigne en justice Lipstadt, qui se retrouve dans la situation aberrante de devoir prouver l’existence des chambres à gaz. Comment, en restant dans les limites du droit, faire face à un négationniste prêt à toutes les bassesses pour obtenir gain de cause, et l’empêcher de profiter de cette tribune pour propager ses théories nauséabondes ? (AlloCiné)


Après un silence de quatorze ans, Mick Jackson, réalisateur de "Bodyguard", revient à la réalisation en portant à l’écran le procès véridique intenté par David Irving sur l’historienne Deborah Lipstadt et sa maison d’édition, en la mettant au défi de prouver l’existence de la Shoah.
Pour se faire, le réalisateur s’est basé sur le livre de Deborah Lipstadt "Denial : Holocaust History on Trial" dans lequel elle retrace le procès en diffamation que lui a intenté David Irving.
(Les livres de Deborah Lipstadt ne sont apparemment pas encore traduits en Français)
Et le scénariste David Hare a fait un formidable travail de documentation en lisant toutes les minutes du procès afin d’être totalement crédible et ne pas se faire accuser de réécrire l’Histoire.
Les dialogues des séquences de prétoire sont d’ailleurs mot pour mot les échanges consignés dans les registres officiels.
Il a aussi travaillé avec la véritable Deborah Lipstadt.


Prouver l’existence de la Shoah, c’est à vomir de savoir que certaines personnes remettent en cause cette partie de l’Histoire, ça l’est encore plus quand on demande d’apporter des preuves matérielles et scientifiques, et que de simples photographies ne suffisent pas.
Photographiquement parlant, les seules preuves de l’extermination sont quatre photos prises en août 1944 par des membres du Sonderkommando dans le camp d’Auschwitz-Birkenau.
Et encore, elles ne sont pas à proprement parler des preuves de l’extermination. On y voit un groupe de femmes menées sans doute au Krematorium V, sur deux photos la crémation de cadavres dans une fosse d’incinération et la dernière représente des arbres à contre-jour.
Aucune photo, je dis bien aucune, n’a été prise dans les chambres à gaz durant les gazages.
Et pourtant, on sait ce qui s’y est passé et que cela a bien eu lieu.
Peu d’études scientifiques et chimiques ont été faites, alors comment démontrer que ces chambres servaient bien à gazer les personnes ?
Voilà l’un des propos les plus intéressants de ce film, et une source de frustration pour les avocats chargés de la défense de Deborah Lipstadt, d’autant plus qu’en droit Anglo-saxon c’est à eux d’apporter les preuves et non à David Irving.
Non seulement il ne vaut pas tripette en historien mais il est malin … .
Je n’avais jamais pensé à la Shoah sous cet aspect aussi matériel, il faut dire que ce n’est pas la première chose qui vient à l’esprit lorsque l’on évoque cette période, d’un autre côté ce n’est pas non plus la préoccupation première qui me vient à l’esprit lorsque je m’intéresse à la Shoah.
Mais tout cela, c’est parce que je n’ai pas un esprit de négationniste, les personnes qui le sont ne reculent devant aucune bassesse pour propager leurs théories nauséabondes, voilà l’un des aspects les plus intéressants de ce film.


Sur le fond, la mise en forme est très classique et sans recherche, mais l’important du film réside bien dans son sujet et non dans sa mise en scène. Les scènes de prétoire rendent bien, je suis un peu plus partagée sur le pseudo-esthétisme voulu pour les scènes se passant à Auschwitz-Birkenau, les deux camps étant d’ailleurs allègrement mélangés, ce qui prête à confusion lorsque l’on ne connaît pas leur configuration exacte.
Les deux acteurs principaux, Rachel Weisz et Timothy Spall, livrent une prestation formidable, il est sans doute plus aisé d’être la femme droite dans ses bottes que le négationniste nauséabond, mais j’ai énormément apprécié leur prestation.
Le rythme n’est pas toujours égal, certaines parties sont plus longues que d’autres, il y a toutefois quelques beaux échangés entre Deborah et son avocat, particulièrement vers la fin.
Tout comme celles de Tom Wilkinson et Andrew Scott dans les avocats principaux de Deborah Lipstadt.
Pour retrouver l’intégralité du procès, des documents, je vous invite à consulter le site internet créé par Deborah Lipstadt et ses collègues : https://www.hdot.org/


"Le procès du siècle" est un film essentiel en cette époque de folie, de mensonge, d’excès et de violence, et où malheureusement le négationnisme existe encore.


     
     

     
     

     
     

     
     

dimanche 25 juin 2017

Ces douleurs que l'on cache de Carine Petit


Xavier vit avec Luce une relation belle sous tous rapports. Il est loin de penser qu’elle a tout fait pour cacher certaines choses qui auraient pu entacher leur relation. Lorsqu’elle tombera dans le coma, après un accident de voiture, il découvrira une femme qui ne correspond pas à ce qu’il a connu d’elle jusque-là. Et l’angoisse prendra part de sa vie, au fur et à mesure que les faits se présenteront à lui. (Editions Persée) 

Luce et Xavier s'aiment d'amour, c'est le bonheur fou, mais voilà que Luce a un accident de voiture et sombre dans la coma, Xavier découvre alors une Luce différente de celle qui connaît, avec des secrets qu'il va tenter de percer tout en priant que sa bien-aimée revienne à lui.

C'est sirupeux, c'est mielleux, et comme le dit la chanson : "Ça dégouline d'amour, c'est beau mais c'est insupportable. C'est un pudding bien lourd, de mots doux à chaque phrase".
Alors je vais annoncer tout de suite la couleur : je n'ai pas aimé, mais alors pas du tout.
Ce n'est pas le thème que je reproche à ce roman, quoique c'est téléphoné et pas traité de la plus judicieuse des façons, mais la façon de le traiter : bourrée de condescendance, enfonçant des portes ouvertes, assommant de phrases toutes faites : "La volonté nous permet d'accomplir tellement de choses.", ou encore "Avec des si, on pourrait refaire le monde." et les brandissant tel des étendards du savoir et de la pensée correcte.
Encore une fois, comme le dit la chanson : "Avec des si on mettrait Paris en bouteille, avec des si on ferait parler les abeilles".
Parmi toutes les choses que je ne supporte pas, il y en a une omniprésente dans ce roman : l'auteur impose sa vision des choses (et avec des phrases frôlant la niaiserie ...).
Donc il faut obligatoirement se marier, et quand on est marié le but ultime (le seul d'ailleurs), c'est d'avoir des enfants sinon la vie de couple n'a aucun sens, ni aucune raison d'être.
Pardon, mais heureusement qu'il n'y a pas qu'une vision de la vie et qu'un chemin à suivre !
Clairement, je ne rentre pas dans les cases de l'auteur, en tout cas dans ce qu'elle a écrit dans ce roman et j'ai du mal à distinguer l'auteur de ce qu'elle raconte, car pour moi il y a une partie de sa façon de penser dans ce roman et dans ce qu'elle fait dire à ses personnages.
Pour continuer dans les propos de ce livre, il y a un autre point qui m'a particulièrement agacée : tout est très tranché, le rose c'est pour les filles, le bleu pour les garçons, et donc Calogero c'est un chanteur pour midinettes.
Ô peuchère ...
Ici rien ne va : le fond, la forme, ce n'est clairement pas un roman pour moi et il conviendra sans doute mieux à d'autres lecteurs.
Et j'arrête là le massacre.

Sur ce, je vais ressortir "The Cheap Show" d'Anais, le seul avantage de ce roman c'est qu'il m'a fait penser à cet excellent album qui ne se démode pas, et ne se prend pas au sérieux.

samedi 10 juin 2017

La servante écarlate de Margaret Atwood


La « servante écarlate », c'est Defred, une entreprise de salubrité publique à elle seule. 
En ces temps de dénatalité galopante, elle doit mettre au service de la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, son attribut le plus précieux : sa matrice. 
Vêtue de rouge écarlate, elle accomplit sa tâche comme une somnambule, et le soir, en regagnant sa chambre à l'austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, d'échanger des confidences, de dépenser de l'argent, d'avoir un travail, un nom, des amants... 
Defred doit-elle céder à la révolte et tenter de corrompre le système ? (Robert Laffont) 

A quoi reconnaît-on un bon roman ? Un coup de cœur ?
A l’écho du livre après sa lecture.
Et "La servante écarlate" est un roman qui résonne encore en moi des semaines après sa lecture. Pénétrant est un adjectif qui qualifie à merveille ce roman, auquel on peut y adjoindre les qualificatifs de lugubre, féroce, engagé, féministe et paradoxalement le terme sensé.
"La servante écarlate", c’est tout d’abord une utopie : dans un futur plus ou moins proche l’ordre des choses tel que nous le connaissons n’existe plus, c’est la république de Gilead qui gouverne, il faut entendre par là que c’est la religion qui gouverne la politique dans une coalition totalitaire.
Suite à une grave pollution, la fertilité a fortement diminué, si bien que les femmes sont en quelque sorte une espèce en voie de disparition (particulièrement celles susceptibles d’enfanter) et se classent selon trois catégories : les Epouses, celles qui détiennent le pouvoir en étant mariées à des personnages importants de la république de Gilead ; les Marthas, celles qui entretiennent les maisons, font la cuisine, le ménage ; et les Servantes écarlates dont le rôle est la reproduction.
L’héroïne du roman, rebaptisée Defred, appartient à cette troisième catégorie : "Notre fonction est la reproduction ; nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d’autre ; l’amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants.".
C’est elle qui raconte aux lecteurs des bribes de sa vie présente, ainsi que de sa vie passée, lorsqu’elle se remémore son mari Luke, leur fille, sa mère, sa meilleure amie Moira : "Cela m’arrive, ces attaques du passé, comme une faiblesse, une vague qui me déferle par-dessus la tête. Parfois c’est à peine supportable. Que faire, que faire ? Il n’y a rien à faire.".
Mais Defred pourrait aussi choisir de se révolter et de se rebeller contre le système.

Ce roman de science-fiction a l’énorme qualité de mettre mal à l’aise le lecteur.
Car oui, je considère bien cela comme une qualité.
Bien plus qu’une simple utopie, celle-ci est négative et tient aisément la comparaison avec d’autres du même genre à l’image de "1984" de George Orwell ou "Le meilleur des mondes" d’Aldous Huxley.
Le malaise se ressent très vite, par les propos de la narratrice à travers les scènes qu’elle décrit. J’ai tout bonnement halluciné en lisant la scène du coït mensuel entre Defred (nom marquant qu’elle est la propriété de Fred et qui changera lorsqu’elle quittera cette maison pour une autre), son maître et la femme de ce dernier, c’est à la limite du viol et c’est d’autant plus insupportable que toutes les Servantes écarlates ont été conditionnées à leur rôle.
La religion est omni-présente, c’est elle qui, soit-disant, guide les préceptes de cette République, la religion est surtout le prétexte à bien des comportements inadmissibles.
Une autre scène complètement hallucinante est celle de l’accouchement d’une Servante écarlate, avec toutes les autres en communiant dans la même pièce qu’elle et sa maîtresse mimant les souffrances de l’accouchement, comme si c’était elle qui subissait le travail.
Sans doute que dans d’autres circonstances de telles scènes prêteraient à sourire, voire à rire, mais l’ambiance du roman est tel que c’est une angoisse sans fin qui s’empare du lecteur.
Et c’est sans parler des scènes d’exécution publiques et du mur où sont affichés les cadavres des traîtres au régime. Defred est un personnage particulièrement difficile à saisir, sans doute parce qu’elle se livre de façon quasi déshumanisée, auquel le lecteur s’attache pourtant car c’est dans les moments où elle est le plus vulnérable, en se remémorant son passé, qu’elle devient accessible et sort de sa tenue de Servante écarlate pour enfin être vue du lecteur telle qu’elle est véritablement, et non comme un utérus sur pattes.
Si vous vous posez la question de savoir ce que sont devenues les autres femmes (comprendre : celles incapables d’avoir des enfants ou trop vieilles ou malades), elles sont tout simplement envoyées dans les Colonies, des endroits très "sympathiques" où elles manipulent des déchets toxiques.
Comme dans ce type de régime, il y a bien évidemment une certaine forme de résistance qui voit le jour, mais à l’image du reste de l’histoire, tout cela n’est qu’effleuré.
Car c’est un roman frustrant, il y a des choses dites mais le fond reste inexpliqué, il y a énormément de suppositions et c’est un roman ouvert à l’imagination du lecteur, et je crois bien que tout dépend de l’humeur dans laquelle on le lit car on peut faire des suppositions aussi bien positives que négatives.
La postface du roman est particulièrement éclairante sur certains aspects de l’histoire, mais pour ma part elle a également un côté frustrant qui fait que je continue encore de penser au roman.
J’ai également trouvé que c’était un roman féministe, mais pas au sens classique du terme.
La république de Gilead est en quelque sorte issue d’une dérive du féminisme : puisque les femmes étaient en danger, se faisaient agresser etc. il a été décidé de les ranger par caste et de créer des Servantes écarlates dont le visage est caché au monde par un système de cornette, habillées uniformément et qui ne doivent ni ressentir ni inspirer un quelconque sentiment.
En uniformisant les femmes, certaines personnes ont cru que tous les problèmes allaient se résoudre, sauf qu’intérieurement la plupart de ces femmes continuent de vivre, de penser par elles-mêmes.
On a beau les emprisonner elles n’en demeurent pas moins des êtres humains doués de sentiments et de pensées, et c’est sans doute toute la force de ce roman de dépeindre tout cela à travers le personnage de Defred.
L’histoire montre aussi l’échec de l’héritage féministe, entre la mère de Defred, militante engagée, qui se désole de voir le peu d’intérêt montré par sa fille dans ce combat.
Cette nouvelle génération s’étant en quelque sorte endormie sur les lauriers de la précédente se trouve vite dépouillée de tous droits par le nouveau régime en place : comptes en banque, travail, etc.
Ce roman est un savant mélange de puritanisme Américain, de régime Stalinien et de chasse aux sorcières à Salem.
Une véritable claque littéraire salvatrice et qui, malheureusement, ne se démode pas et reste d’actualité.

"La servante écarlate" est un sublime roman de science-fiction féministe signé Margaret Atwoot qui connaît aujourd’hui un regain de ventes Outre-Atlantique et dont la phrase clé à retenir est sans nul doute : Nolites te salopardes exterminorum.

vendredi 9 juin 2017

Le grand marin de Catherine Poulain


Une femme rêvait de partir. 
De prendre le large. 
Après un long voyage, elle arrive à Kodiak (Alaska). 
Tout de suite, elle sait : à bord d’un de ces bateaux qui s’en vont pêcher la morue noire, le crabe et le flétan, il y a une place pour elle. 
Dormir à même le sol, supporter l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, la peur, les blessures… 
C’est la découverte d’une existence âpre et rude, un apprentissage effrayant qui se doit de passer par le sang. 
Et puis, il y a les hommes. 
À terre, elle partage leur vie, en camarade. Traîne dans les bars. 
En attendant de rembarquer. 
C’est alors qu’elle rencontre le Grand Marin. (Editions de l’Olivier) 

C’est l’histoire d’une femme, Lili, pas très grande, plutôt frêle, qui décide un beau jour de quitter Manosque-les-Couteaux pour vivre une grande aventure.
Elle se retrouve à Kodiak en Alaska et embarque sur un bateau pour pêcher la morue noire et le flétan : "Embarquer, c’est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T’as plus de vie, t’as plus rien à toi.", et très vite elle aime cela : "J’avais marié un bateau. Je lui avais donné ma vie.".
Mais Lili, c’est une runaway, elle a envie de bouger, d’aller encore plus loin, au bout du monde : "C’est pas grave de partir tu sais, c’est la vie qui veut ça. Faut toujours s’arracher. Quand tu dois y aller, faut y aller.", sauf que Lili prend goût à la pêche, et à ce grand marin qu’elle a rencontré sur le bateau et qui la fascine tant : "Je pense qu’il est beau. Je pense qu’il est le plus beau, le plus grand, le plus brûlant. Il voudrait que je l’aime encore. Jamais il ne sera rassasié d’amour, de sexe, d’alcool.".
Lili pêche, Lili aime, et Lili veut aussi rester libre : "J’aime juste être libre d’aller où je veux. Je veux juste qu’on me laisse courir.".

Lili, c’est Catherine Poulain, qui avec ce premier roman se raconte en grande partie.
Comme Lili, elle a commencé à voyager très jeune, elle a bourlingué à travers le monde, a exercé foultitude de boulots, a pêché dix ans en Alaska, avant de retourner dans sa Provence pour y être bergère et ouvrière viticole.
Pour être honnête, je ne me suis pas rendue compte tout de suite en lisant ce roman qu’il était en grande partie autobiographique.
Je l’ai découvert après, au gré de mes errances pour en apprendre plus sur cette auteur.
Parce que dès les premiers mots, Catherine Poulain m’a embarquée avec sa Lili, par son style et sa plume mais aussi cette histoire folle de petite femme qui part à l’autre bout du monde à la poursuite d’un rêve de pêche.
Il est évident comme le nez au milieu du visage qu’il y a du Jean Giono là-dedans, et effectivement, le style de Catherine Poulain se rapproche de celui de ce dernier.
Et c’est ce qui rend la lecture d’autant plus intéressante. Grâce au style, j’ai été bercée par les mots et emportée avec Lili sur les flots.
On ne sait pas grand-chose de ce personnage, mais elle devient vite attachante avec sa volonté de fer, celle de bien faire à bord du bateau, et tout comme un homme.
J’ai aimé l’atmosphère de ce roman, l’ambiance qui s’en dégage et donne corps aux gens et aux événements, ainsi que la camaraderie et l’entraide entre les hommes et ce petit bout de femme bien décidée à aller là où elle veut pour faire ce qu’elle a envie.

"Le grand marin" est un premier roman très réussi et une belle invitation au voyage qui mérite amplement tous les prix reçus.

mercredi 7 juin 2017

Le maître du haut château de Philip K. Dick


1948, fin de la Seconde Guerre mondiale et capitulation des Alliés ; le Reich et l'Empire du Soleil levant se partagent le monde. Vingt ans plus tard, dans les États-Pacifiques d'Amérique sous domination nippone, la vie a repris son cours. L'occupant a apporté avec lui sa philosophie et son art de vivre. À San Francisco, le Yi King, ou Livre des mutations, est devenu un guide spirituel pour de nombreux Américains, tel Robert Chidan, ce petit négociant en objets de collection made in USA. Certains Japonais, comme M. Tagomi, grand amateur de culture américaine d'avant-guerre, dénichent chez lui d'authentiques merveilles. D'ailleurs, que pourrait-il offrir à M. Baynes, venu spécialement de Suède pour conclure un contrat commercial avec lui ? Seul le Yi King le sait. Tandis qu'un autre livre, qu'on s'échange sous le manteau, fait également beaucoup parler de lui : Le poids de la sauterelle raconte un monde où les Alliés, en 1945, auraient gagné la Seconde Guerre mondiale. (J’ai Lu)

"Le maître du haut château" est une uchronie dont le postulat de départ est que la Seconde Guerre Mondiale a été remportée par l’Allemagne nazie et le Japon et qu’ils se sont partagés le monde : "Nous vivons dans une société où règnent la loi et l’ordre, où les Juifs ne peuvent employer leur esprit subtil à exploiter les innocents. Nous sommes protégés.".
Le récit se déroule aux Etats-Unis, dont l’est est occupé par les Allemands et l’ouest par les Japonais, et met en scène différents personnages.
Tout débute à San Francisco où plusieurs personnages entrent en scène : un officier de l’Abwehr en mission secrète, un entrepreneur Japonais, un antiquaire, un ouvrier décidant de monter son entreprise de joaillerie et qui cache le lourd secret de ses origines juives et enfin l’ex-femme de ce dernier habitant désormais dans les Rocheuses.

Le premier souci de ce roman, c’est qu’il y a plusieurs personnages et qu’à aucun moment ils ne se croisent.
Pour être honnête, j’ai arrêté ma lecture avant la fin mais je peux d’ores et déjà vous annoncer qu’ils ne se rencontreront jamais du début à la fin.
Je n’ai rien contre une narration multiple, mais si elle reste sans lien je n’y trouve aucun intérêt et cela me lasse.
Pourtant, le postulat de départ est intéressant et avait tout pour me plaire, j’ai même apprécié au début l’alternance entre les personnages, d’autant que certains sont du côté des vainqueurs et les autres des vaincus, que l’on ressent bien à travers les échanges qu’il y a une réelle suprématie de l’Allemagne et du Japon qui à la limite méprise le reste de la population mondiale quasi asservie à leur cause : "Vous vous tuez avec votre cynisme. Vos idoles vous sont retirées une par une et à présent vous n’avez plus personne à qui donner votre amour.".
Bien évidemment, la traque des Juifs est toujours d’actualité ainsi que les camps d’extermination, sauf que tout cela n’est que rapidement évoqué et même si l’un des personnages cache sa religion le nœud de l’histoire ne porte clairement pas sur cet aspect de la guerre.
Pourtant, on ne peut qu’imaginer avec horreur les suites qui auraient été données aux exterminations si les nazis avaient dominé le monde.
Le deuxième souci, c’est qu’il y a des choses qui à mes yeux ne servent pas à grand-chose dans ce roman, ainsi le recours au Yi King (Livre des transformations) reste un mystère pour moi et je ne comprends pas ce qu’il vient faire dans l’intrigue.
Et le troisième souci qui m’a poussée à arrêter ma lecture (chose rare), c’est qu’en fait j’en suis arrivée à la conclusion que ce roman a mal vieilli.
Lors de sa publication dans les années 60-70 il avait un sens, aujourd’hui son contenu est dépassé et apparaît vieillot, car il n’avait pas à l’époque le côté moderne que peuvent avoir d’autres uchronies qui ne se démodent pas même aujourd’hui (par exemple "1984" de George Orwell).
Le seul point positif dans ce roman, qui n’a pourtant pas suffi à me faire continuer ma lecture, c’est la mise en abyme d’un roman dans le roman, celui de Hawthorne Abendsen "Le poids de la sauterelle", uchronie dans l’uchronie puisque l’auteur s’intéresse au monde si l’Allemagne nazie et le Japon avaient été vaincus : "Suppose qu’ils aient gagné. A quoi ça ressemblerait ? Tu n’as pas à t’en faire ; cet homme a pensé à tout.".
Comme indiqué, j’ai abandonné cette lecture et je ne regrette pas, car la fin constitue elle-même une énigme, et cela aurait eu le don de m’exaspérer prodigieusement.

"Le maître du haut château" est un classique de la science-fiction qui a malheureusement à mes yeux vieilli et contrairement au bon vin, sans se bonifier avec l’âge.
Néanmoins, libre à chacun de le lire et se faire sa propre opinion.

mardi 6 juin 2017

L'éveil de Line Papin


Cela se passe aujourd’hui, mais ce pourrait être il y a longtemps. C’est une histoire d’amour, dont les personnages sont deux garçons et deux filles, dont les voix s’entrechoquent. C’est une histoire d’amour, douloureuse et sensuelle, où les héroïnes ne font que traverser le tumulte de la ville, et se cachent dans l’ombre protectrice des chambres. (Stock)

Quand j’ai entendu parler de ce roman, j’ai tout de suite pensé à "L’amant" de Marguerite Duras.
Une ville lointaine : Hanoï, une jeune femme s’éveillant à la sexualité et à l’amour avec un homme plus âgé. Tous les ingrédients étaient réunis pour un remake de cette histoire.
Enfin, ça c’est ce que je croyais jusqu’à je lise le roman, et que je découvre avec surprise qu’en fait il n’en était rien.
Certes, il y a bien une jeune fille, de bonne famille, qui ressent l’appel du désir dans tout son corps : "Voilà, soudain, c’est le réveil des sens, l’irruption volcanique, l’envie : le désir, jaillit on ne sait d’où, plie son corps.", et qui est attirée par un homme plus âgé qu’elle, croisé au hasard d’une soirée. Cette jeune femme soudain s’éveille : "Ça m’excite, ça m’agace : je suis à l’orée de l’éveil, à l’orée de l’éveil.", découvre l’amour charnel et finit par tomber amoureuse de cet homme : "Parfois, j’ai l’impression de l’avoir sous la peau.", tandis que lui vit cette relation la tête ailleurs.
Car voici une des surprises de cette histoire, c’est qu’il ne s’agit pas que d’un homme et une femme mais de deux hommes et de deux femmes.
Si l’un est l’objet du désir, l’autre est son ami ; quant aux femmes il y a celle qui s’éveille à la sexualité et l’autre, partie de Hanoï et que le premier homme a follement aimé, jusqu’à l’avoir dans la peau et ne penser qu’à elle.

Voilà un premier roman avec du potentiel : quatre personnes qui se croisent, se lient, se délient, dans une ville de Hanoï aux charmes exotiques et voilée de mystère ; une histoire d’amour, ou plutôt deux, puisque l’une est le reflet d’une plus ancienne dont certains personnages portent encore les cicatrices.
La narration se fait à travers ces quatre voix, ces quatre perspectives, où chacun livre son ressenti et ses émotions les plus profondes.
L’histoire est une mise à nu des sentiments que l’auteur a su garder pudique.
C’est aussi un roman d’apprentissage, où une jeune fille bascule dans le monde adulte en découvrant sa sexualité ainsi que l’amour, ou plutôt la passion, tout en gardant les pieds sur terre pour finir par être lucide sur la relation qu’elle vient de vivre : "Notre amourette, ça n’était qu’une insolation.".
L’écriture est sensuelle et dégage une réelle atmosphère, particulièrement l’ambiance de Hanoï assez bien retranscrite et qui donne envie de se plonger à la découverte de cette ville.
J’ai beaucoup apprécié la plume de Line Papin, elle livre un beau premier roman et on sent le potentiel qu’elle a, voilà une lecture découverte que je ne regrette pas.
Au passage, je trouve le titre particulièrement bien choisi car il évoque l’éveil d’une héroïne à la sensualité mais aussi celui d’une jeune écrivain dont je pense que l’avenir est tout tracé.

"L’éveil" de Line Papin a à la fois le charme du premier roman, de la découverte, de l’éveil à l’amour et à la sexualité, et l’exotisme de la ville de Hanoï, une belle surprise de la rentrée littéraire 2016.

lundi 5 juin 2017

Les jours de mon abandon d'Elena Ferrante


Olga, trente-huit ans, un mari, deux enfants. Un bel appartement à Turin, une vie faite de certitudes conjugales et de petits rituels. Quinze ans de mariage. Un après-midi d’avril, une phrase met en pièces son existence. L’homme avec qui elle voulait vieillir est devenu l’homme qui ne veut plus d’elle. (Folio)

Olga est une femme heureuse, mariée depuis de nombreuses années au même homme et mère de deux enfants, mais son univers bascule le jour où son mari la quitte pour une autre, ainsi que son équilibre mental.
Olga commence petit à petit à perdre pied : "Le seul signe extérieur de mon désarroi intérieur fut ma disposition au désordre et la faiblesse de mes doigts : plus l’angoisse montait, moins ils se refermaient solidement autour des choses.", mais résiste et se cache à elle-même la vérité : "Je n’étais pas une femme mise en pièces sous le coup d’une rupture, d’une absence, jusqu’à en devenir folle, jusqu’à en mourir.", jusqu’à basculer dans une folie dangereuse qui la pousse à faire du mal aux autres mais surtout à elle-même : "Un enchevêtrement de rancœurs, un sentiment de revanche, la nécessité de mettre à l’épreuve la puissance offensée de mon corps étaient en train de détruire tout ce qui me restait en fait de bon sens.", quitte à ce qu’Olga se détruise.

Il me fallait découvrir Elena Ferrante sous un autre jour que celui de "L’amie prodigieuse".
La curiosité de voir son style en dehors de cette saga romanesque, mais aussi, il faut bien le reconnaître, voir ce qu’elle avait dans le ventre et sous la plume.
En choisissant ce roman, je n’ai pas été déçue du voyage et sans doute que si j’avais commencé à la lire avec celui-ci je ne me serai pas du tout attendue à la retrouver à écrire une saga Napolitaine.
Car ici on est plutôt loin de la saga de deux jeunes femmes dans une Italie en mouvement, bien qu’il soit question d’une femme blessée qui va aller très loin dans sa folie pour la raison qu’elle a été abandonnée par l’homme qu’elle aime, celui à qui elle a dévoué sa vie et ses plus belles années.
Son héroïne est une battante, c’est une féroce qui a la rage au ventre, c’est une guerrière qui fonce droit en avant sus à l’ennemi : "J’étais intacte, je resterais intacte. A ceux qui me font du mal, je leur rends la pareille. Je suis le huit d’épées, je suis la guêpe qui pique, je suis le serpent sombre. Je suis l’animal invulnérable qui traverse le feu sans se brûler.", mais qui est avant tout humaine.
Et côté tourments, Elena Ferrante ne va pas l’épargner, tant Olga va plonger dans une folie où le lecteur se demande à de nombreuses reprises si elle va réussir à reprendre pied.
Mais il n’y a pas point à douter, c’est bel et bien du Elena Ferrante, j’ai retrouvé dans ce roman sa plume féroce et son regarde exacerbé sur le monde et les tréfonds de l’âme humaine.
Le roman est écrit dans un style très viscéral qui peut gêner et mettre mal à l’aise certains lecteurs, mais quelle puissance.
Ce roman m’a enfermée, dans le bon sens du terme, dans la folie d’Olga, j’ai eu l’impression d’étouffer ou de me trouver dans une pièce close où la clé a été perdue, mais j’ai ainsi pu toucher du doigt les égarements d’Olga, la douleur de cette femme blessée au plus profond de sa chair par amour.
Que cela peut-être cruel, l’amour, mais aussi "Quel écumeux et complexe mélange est un couple.".
Car étrangement, c’est bel et bien de couple qu’il est question dans ce roman, même si Olga est seule avec ses enfants pendant la quasi intégralité du récit et que le mari, le salopard maudit, ne fait que de brèves apparitions.

Avec "Les jours de mon abandon", Elena Ferrante met sa plume au service de la folie d’une femme bafouée et livre un roman viscéral qui remuera sans nul doute le cœur et les tripes des lecteurs.