mardi 16 août 2016

Top Ten Tuesday #166


Le Top Ten Tuesday (TTT) est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.

Ce rendez-vous a été créé initialement par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani, puis désormais par Froggy.

Les 10 récits de voyage lus ou à lire

1) "Voyage autour du monde" de Louis-Antoine de Bougainville
2) "Rome, Naples et Florence" de Stendhal
3) "Promenades dans Rome" de Stendhal
4) "Alexandrie" d'E. M Forster
5) "Voyage avec un âne dans les Cévennes" de Robert Louis Stevenson
6) "Au-delà des pyramides" de Douglas Kennedy
7) "Voyage en Italie" de Jean Giono
8) "Italia" de Théophile Gautier
9) "Sur la route" de Jack Kerouac
10) "Into the wild" de Jon Krakauer

mardi 9 août 2016

Top Ten Tuesday #165


Le Top Ten Tuesday (TTT) est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.

Ce rendez-vous a été créé initialement par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani, puis désormais par Froggy.

Les 10 questions que vous poseriez à votre auteur fétiche lors d'une soirée en tête-à-tête

Déjà il faudrait les faire revenir d'outre-tombe ...

1) Comment vous est venu l'idée de votre roman ?
2) Et de vos personnages ?
3) Souhaiteriez-vous réécrire un passage de votre roman ?
4) Ça va, pas trop sous le choc du changement d'époque et des modes de vie ?
5) Vous désirez quelque chose à manger et à boire ?
6) Je vais vous laisser quelques instants fouiller dans ma bibliothèque, j'aimerai bien avoir votre avis sur la littérature d'aujourd'hui.
7) Vous avez la possibilité d'écrire un nouveau roman (après tout je l'ai fait revenir d'outre-tombe ...), avez-vous une idée du sujet ?
8) Vos personnages vous ont-ils été inspirés par des personnes de votre connaissance ? De votre entourage plus ou moins proche ?
9) Des clubs de lecture existaient-ils à votre époque ?
10) Des questions à poser à vos lecteurs ?

samedi 6 août 2016

Mon ami Frédéric de Hans Peter Richter


En Allemagne, avant la guerre, deux enfants sont inséparables. L’un d’eux s’appelle Frédéric. Il est juif. Lorsque Hitler prend le pouvoir en 1933, la situation de la famille de Frédéric devient de plus en plus difficile. Jusqu’à ce que le dictateur décide que les Juifs n’ont pas le droit de vivre : on les insulte, on les chasse, et bientôt Frédéric est renvoyé de l’école... (Le Livre de Poche)

Je croyais avoir lu ce roman jeunesse situé en Allemagne au moment où Hitler prend le pouvoir et le début de la Seconde Guerre Mondiale, finalement non, j'avais dû simplement en entendre parler.
Ce roman est constitué de courts chapitres mais il retrace de façon précise un pan noir de l'histoire Allemande.
Les deux enfants sont nés en 1925, ils sont tous les deux Allemands, le narrateur est issu d'une famille pauvre frappée par la situation économique de l'Allemagne de l'après Première Guerre Mondiale, son ami Frédéric est lui issu d'une famille plus aisée mais juive.
Les deux familles s'entendent bien et lorsque la situation commence à dégénérer le père de Frédéric demande un service au père du narrateur : "Si quelque chose devait m'arriver, je vous confie ma femme et mon enfant.".
Car la situation de la famille de Frédéric ne cesse de se détériorer, pour une seule et unique raison : "Ne sommes-nous pas des Juifs ?".
Le père est obligé de quitter son travail de fonctionnaire, leur logeur cherche à les expulser, bientôt ils sont obligés de se cacher.
Inutile d'espérer une issue heureuse, l'Histoire n'a pas épargné les Juifs durant cette période et c'est tout à fait ce que montre l'auteur à travers ce roman.
C'est concis, c'est précis d'un point de vue historique, il n'y a pas fioritures ni de bons sentiments, c'est une histoire assez sombre mais qui frappe, qui touche, qui émeut.
C'est bien construit, c'est tout à fait abordable par un public jeune car l'auteur a fait un véritable travail de pédagogie pour présenter les faits de la façon la plus simple mais aussi la plus concise.
En fin de roman une chronologie historique permet de situer le fil des événements de l'entre-deux guerres à la fin du conflit en 1945.
C'est un excellent roman pour aborder cette période avec des enfants, il faudra bien entendu s'attendre à de nombreuses questions mais il a le mérite de traiter le sujet intelligemment et également de s'intéresser à cette histoire du point de vue Allemand, ce qui est plus rare en littérature.

"Mon ami Frédéric" est un classique de la littérature jeunesse, une oeuvre bien construite pour aborder cette période de l'Histoire avec des enfants et qui se lit ou se relit à n'importe quel âge.


vendredi 5 août 2016

Retour à Little Wing de Nickolas Butler


"Ces hommes qui sont tous nés dans le même hôpital, qui ont grandi ensemble, fréquenté les mêmes filles, respiré le même air. Ils ont développé une langue à eux, comme des bêtes sauvages." 
Ils étaient quatre. Inséparables, du moins le pensaient-ils. Arrivés à l'âge adulte, ils ont pris des chemins différents. Certains sont partis loin, d'autres sont restés. Ils sont devenus fermier, rock star, courtier et champion de rodéo. Une chose les unit encore : l'attachement indéfectible à leur ville natale, Little Wing, et à sa communauté. Aujourd'hui, l'heure des retrouvailles a sonné. Pour ces jeunes trentenaires, c'est aussi celle des bilans, de la nostalgie, du doute. (Autrement) 

Quatre amis d'enfance inséparables, quatre personnes qui se connaissent depuis puis toujours : "Ces hommes qui se sont toujours connus. Ces hommes qui sont tous nés dans le même hôpital, qui ont été mis au monde par le même obstétricien. Ces hommes qui ont grandi ensemble, mangé la même chose, chanté dans les mêmes chorales, fréquenté les mêmes filles, respiré le même air. Ils ont développé une langue à eux, une communication par signes invisibles, comme des bêtes sauvages. Et parfois, être ensemble, tout simplement, leur suffit, quand ils se baladent en forêt, regardent la télé ou font griller des steaks.", quatre hommes au destin différent et un lien indéfectible : leur ville natale de Little Wing.
Aujourd'hui à un peu plus de trente ans c'est l'heure du bilan pour eux :  l'un est resté, est devenu fermier et a épousé son amour de jeunesse, l'un est devenu champion de rodéo puis a dû rester par la force des choses suite à un accident, l'autre est devenu courtier et revient aujourd'hui à Little Wing, le dernier est devenu rock star mais revient régulièrement se ressourcer dans sa ville.

Globalement ce livre fut une belle surprise, d'autant qu'il s'agit d'un premier roman mais qui souffre aussi de quelques erreurs de jeunesse.
J'ai beaucoup aimé le principe de ces quatre hommes, quatre amis d'enfance qui ont choisi des chemins radicalement opposés et qui pourtant restent unis entre eux, le lien étant fait grâce à la ville de Little Wing.
Le roman est bâti sur une alternance des points de vue, l'histoire étant déroulée et racontée à tour de rôle par les quatre hommes.
Là aussi le principe de ce point à cette étape de leur vie est intéressant, certains ont des regrets, d'autres vivent sereinement, mais c'est aussi l'heure des questionnements, des doutes, des révélations de secrets trop longtemps enfouis, autant de choses qui pourraient compromettre définitivement cette belle amitié.
Néanmoins j'ai constaté que tous les personnages n'étaient pas traités à la même enseigne.
Si la part belle est faite à Hank et dans une moindre mesure à sa femme Beth, ainsi qu'à Lee la rock star, le personnage de Ronny est au début bien développé puis quelque peu abandonné par la suite tandis que celui de Kip reste toujours superficiel.
Peut-être est-ce volontaire, mais cela m'a conduit a beaucoup apprécié le parcours de Hank, à mon avis le plus intègre des quatre, a apprécié moyennement celui de Ronny ou de Lee et pas du tout ou presque celui de Kip qui reste un personnage peu apprécié durant quasiment tout le roman.
J'ai apprécié cette histoire d'amitié virile et les épreuves que l'auteur leur fait subir mais certains personnages ont à mon sens été laissés un peu trop de côté, sans doute une erreur de débutant.
Quant aux femmes elles ne sont que partiellement utilisées et toujours dans l'ombre de leur conjoint, un parti pris quelque peu macho mais qui cadre bien avec le contexte de l'histoire.
Le principe du roman choral est bien maîtrisé, on se laisse vite entraîner par l'histoire et les personnages, c'est un roman tout à fait dans l'esprit Américain.
Mais je trouve dommage que tous les personnages n'aient pas été traités à la même hauteur, et de plus, la fin vient comme un cheveu sur la soupe et fait un flop, c'est dommage car l'ensemble était bien mais j'ai eu l'impression que l'auteur ne savait pas trop comment finir son récit.

"Retour à Little Wing" est un bon premier roman souffrant de quelques erreurs de jeunesse, l'ensemble est toutefois plaisant et réussi, une découverte intéressante et un auteur à suivre.



mercredi 3 août 2016

Simple de Marie-Aude Murail


Simple dit "oh, oh, vilain mot" quand Kléber, son frère, jure et peste. Il dit « j'aime personne, ici » quand il n'aime personne, ici. Il sait compter à toute vitesse : 7, 9, 12, B, mille, cent. Il joue avec des Playmobil, et les beaud'hommes cachés dans les téphélones, les réveils et les feux rouges. Il a trois ans et vingt-deux ans. Vingt-deux d'âge civil. Trois d'âge mental. Kléber, lui, est en terminale, il est très très courageux et très très fatigué de s'occuper de Simple. Simple a un autre ami que son frère. C'est Monsieur Pinpin, un lapin en peluche. Monsieur Pinpin est son allié, à la vie, à la mort. Il va tuer Malicroix, l'institution pour débiles où le père de Simple a voulu l'enfermer, où Simple a failli mourir de chagrin. Monsieur Pinpin, dans ces cas-là, il pète la gueule. Rien n'est simple, non, dans la vie de Simple et Kléber. Mais le jour où Kléber a l'idée d'habiter en colocation avec des étudiants, trois garçons et une fille, pour sauver Simple de Malicroix, alors là, tout devient compliqué. (L'école des loisirs)

"Il avait dix-sept ans, il venait de s'inscrire en terminale à Henri IV. Il ambitionnait les classes préparatoires, puis une grande école. Et il traînait après lui une espèce de monstre. Son frère Simple -de son vrai nom Barnabé -, qui croyait que les lapins en peluche sont vivants.", lui c'est Kléber, qui refuse que son frère aîné retourne à Malicroix, l'institution dans laquelle son père l'a placé après la mort de leur mère.
Alors pour rester avec Simple il est prêt à tout, y compris devenir son tuteur légal, y compris cohabiter avec trois garçons et une fille.
Rien d'autre ne compte que d'être avec Simple, ce frère de vingt-deux ans d'âge civil et trois d'âge mental qui ne se sépare jamais de Monsieur Pinpin, son lapin en peluche qui prend vie et le pousse à faire des bêtises : "Simple sans monsieur Pinpin, c'était comme monsieur Pinpin sans Simple : la fin de tout.".

Dans la famille Murail je demande Marie-Aude, que je n'avais jamais lu jusqu'à présent contrairement à sa sœur Elvire dite Moka.
J'aimais déjà beaucoup les œuvres à destination de la jeunesse de Moka, il en a été de même avec ce roman qui a été un gros coup de cœur.
Si ce roman s'adresse prioritairement à un public adolescent il n'est en rien niais et traite au contraire de thèmes difficiles de façon sérieuse.
Il y a beaucoup d'amour dans ce roman, il n'y a même que ça, d'abord entre Kléber et son frère Simple, mais aussi des autres personnes de la colocation vis-à-vis de Kléber et de Simple.
D'ailleurs Simple va aussi aider à sa façon Enzo à avouer ses sentiments à la belle Aria.
Il n'y a que des bons sentiments, ou presque si l'on fait exception de l'attitude du père de Kléber et Simple, que des personnes prêtes à tout les unes pour les autres, et c'est très réconfortant de lire une si belle histoire.
Le sujet aurait pu être casse-gueule, il fallait déjà rendre crédible le fait qu'un adolescent de dix-sept ans soit prêt à assumer la garde de son frère handicapé mental, mais l'auteur s'en sort bien et n'hésite pas à mettre en avant les difficultés de ce choix, d'autant que parfois Kléber en a assez et serait prêt à jeter l'éponge.
Car dix-sept ans pour Kléber c'est aussi l'âge des premiers émois amoureux, de la découverte des filles, difficile de concilier sa vie de garçon souhaitant s'amuser et découvrir le monde avec celle d'adulte qu'il a choisi pour lui et son frère.
J'ai également beaucoup aimé les interactions entre les jeunes cohabitant ensemble, si au début ils sont méfiants ils finissent vite par adopter Kléber et se prennent d'affection pour lui.
Tout comme Monsieur Villedieu, le vieux voisin méfiant de tous ces jeunes vivant ensemble (surtout qu'il n'y a qu'une fille parmi tous les garçons).
Difficile de rester de marbre face à Kléber, car il est attachant le garçon, même si souvent c'est Monsieur Pinpin, son lapin en peluche, qui prend le pouvoir et le pousse à faire des bêtises.
J'ai trouvé cette histoire très émouvante, j'ai eu parfois la larme au coin de l’œil en la lisant mais quel bonheur de lire cette si belle histoire qui ne tombe à aucun moment dans les clichés et qui célèbre la vie et l'amour inconditionnel de son prochain.

"Simple" de Marie-Aude Murail est un très beau roman jeunesse qui se lit à tout âge et donne envie d'aller se pelotonner avec son lapin en peluche dans son lit.


Mon lapin en peluche a lui aussi beaucoup aimé ce livre


mardi 2 août 2016

Top Ten Tuesday #164


Le Top Ten Tuesday (TTT) est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.

Ce rendez-vous a été créé initialement par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani, puis désormais par Froggy.

Vos 10 meilleures anecdotes en lien avec 10 romans

1) "Jane Eyre", cadeau offert par ma mère
2) "Les malheurs de Sophie", lu par ma mère lorsque j'étais petite (et qui me rendait triste pour la pauvre Sophie)
3) Les numéros de "Bussi l'ours", car lorsque mes parents me lisaient les histories et se trompaient je les corrigeais car je les connaissais par cœur
4) Un roman dont je ne me souviens plus trop du titre prêté par une amie de fac qui revisitait l'identité de Jack l'éventreur (il y avait "L'assassin habite ..." dans le titre de mémoire)
5) "La solitude du buveur de sang", un livre jeunesse sur un vampire qui offre une vision plutôt triste et mélancolique de ce type de personnage
6) "Rebecca" dont le début m'a inspirée pour une rédaction au collège
7) "Au bonheur des ogres", proposé par une jeune professeur de Français au collège que j'avais moyennement aimé sur le coup mais beaucoup plus après
8) "Madame Bovary" dont le seul moment d'action est son suicide, il a fallu que je tourne cela autrement dans mon travail sur ce roman, j'étais en seconde
9) "Dracula", lu pendant le mois d'août alors que j'étais dans une location où il fallait sortir dehors pour aller aux toilettes (et à la douche), je vous laisse imaginer en pleine nuit ...
10) "Ça" lu après avoir vu le téléfilm, je devais avoir environ 12 ans, les livres sont encore pires, d'ailleurs il me reste toujours le troisième tome à lire. 

lundi 1 août 2016

Retour sur les lectures de juillet 2016


Je suis une warrior, je suis une ninja de la PAL, je la dégomme, je la fracasse méchamment, je l'explose, je ... je vais surtout me calmer, certes je donne un sérieux coup dans ma PAL mais attendons la fin de l'été et du Challenge Destination PAL avant de crier victoire.
Ce n'est pas une surprise mais en juillet j'ai lu exclusivement des livres de ma PAL papier ou numérique, je vais en faire autant au mois d'août et en septembre, ce qui devrait la faire revenir à un niveau à peu près décent.
J'ai eu beaucoup de coups de cœur, peu de déception, je suis bien contente de participer à ce challenge car il me permet de sortir des livres qui avaient été enfouis au fil des mois ou des années et qui se révèlent être des pépites.
J'ai aussi bien avancé dans le Prix des Lectrices 2016, pas question de me faire piéger comme un lapereau de l'année comme l'an passé où j'ai dû finir mes lectures quasiment en catastrophe.
Par contre niveau rédaction des chroniques je suis légèrement (doux euphémisme) en retard ... .

PAL

"Jours d'orage" de Katherine Kressmann Taylor
"Annihilation" de Jeff VanderMeer
"L'amie prodigieuse" d'Elena Ferrante
"La terre qui penche" de Carole Martinez
"Retour à Little Wing" de Nickolas Butler
"Simple" de Marie-Aude Murail
"Mon ami Frédéric" de Hans Peter Richter
"La planète des singes" de Pierre Boulle
"Auschwitz expliqué à ma fille" d'Annette Wieviorka
"Kinderzimmer" de Valentine Goby
"Délivrez-moi !" de Jasper Fforde
"Charlie et la chocolaterie" de Roald Dahl
"Charlie et le grand ascenseur de verre" de Roald Dahl
"Les peurs voilées n'iront jamais au paradis ! de Chahdortt Djavann

dimanche 31 juillet 2016

La terre qui penche de Carole Martinez


Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent. L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend. Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais ? (Gallimard)

J'ai découvert Carole Martinez avec "Du domaine des murmures", dans lequel j'avais pu apprécier sa belle plume poétique.
Ici Carole Martinez reprend un thème qui lui est cher et qu'elle maîtrise à la perfection : le Moyen-Âge, mais à une époque un peu plus avancée que dans son précédent roman.
Là encore, l'héroïne est féminine et refuse de se faire dicter sa vie par son père, pourtant Blanche n'a rien à voir avec Esclarmonde, hormis qu'elle vient vivre au domaine des Murmures car c'est là que réside son promis.
Blanche a onze ans, elle voudrait apprendre à lire et à écrire mais son père refuse : "Il ne veut pas faire de moi une lettrée, la faute au diable qui entre dans les âmes des filles qui savent lire !", à la place il l'a conduit chez le fiancé qu'il lui a choisi puis l'abandonne à son sort.
Mais Blanche va aimer vivre au domaine des Murmures, elle va y apprendre à lire et à écrire, elle va aimer ce petit fiancé sauvage qui se plaît à grimper aux arbres et à communier avec la nature, elle va parler avec l'esprit de la Loue, et elle va ainsi apprendre qui était sa mère.

Ce roman est raconté par deux voix, celle de Blanche petite fille et celle de la vieille âme, une Blanche morte mais qui a tant vieilli depuis des siècles.
La vieille âme se remémore l'enfance, Blanche crie sa révolte et sa volonté de s'émanciper : "Car je suis BLANCHE et je serai mon domaine, mon château, ma maîtresse, nul ne me pliera plus dès que je serai grande et que mes tétons auront poussé, pas même le diable, agile et filou, et je tuerai mon père pour de bon, un jour, je le tuerai, foi de Comtois !".
Blanche a tellement de colère en elle, la vieille âme tellement de sagesse, à elles deux elles arrivent à reconstituer le fil du passé et l'histoire de Blanche.
Le Moyen-Âge fut une époque cruelle, entre les guerres, les épidémies, une période où les femmes n'avaient que peu de valeur et où les hommes étaient maîtres de tout : "Non, les hommes ne sont pas soumis à leur désir : ils en sont les maîtres et l'éteignent aussitôt !".
C'est cela dont parle Carole Martinez, mais aussi de toute autre chose.
Car Carole Martinez est une poétesse, elle travaille les mots, elle les sculpte pour les rendre les plus beaux et les plus aiguisés possibles.
D'un point de vue stylistique c'est sans doute le roman le plus travaillé que j'ai pu lire ces dernières années, d'autant que l'auteur y développe un véritable univers.
Certes, il y a Blanche l'humaine, mais il y a aussi toute une dimension mystique dans cette histoire, il y est question de fée, d'esprit de l'eau, de petites filles mortes qui reviennent sous forme de fantômes, d'un ogre qui rôde dans la forêt.
Ce n'est pas un conte mais cela en a pourtant tout l'air, ce n'est pas non plus un roman d'apprentissage et pourtant.
Car le lecteur aussi bien que Blanche y apprend tellement de choses et en ressort grandi, et puis le style emporte l'espace de la lecture dans cette période si reculée de l'Histoire.
Carole Martinez a une si belle plume et elle parle si bien de cette période que j'aimerai que son prochain roman s'y déroule également, d'un autre côté j'aimerai aussi la voir se mettre en danger et sortir de son champ de confort pour proposer tout autre chose.
Dans un cas comme dans l'autre il y a fort à parier que je le lirai de toute façon.

Si l'histoire d'Esclarmonde vous avait transporté il en sera de même avec celle de Blanche petite fille et vieille âme dans "La terre qui penche", un très beau roman signé par Carole Martinez.