samedi 23 février 2013

Les belles-soeurs de Michel Tremblay


Quinze femmes ordinaires de l'Est de Montréal se réunissent pour un marathon de collage d'un million de timbres-primes. C'est dans la cuisine de la gagnante que se rencontrent et se confrontent sa famille et ses voisines, et bien vite la fête tourne au drame. Dans des tableaux exubérants et tragicomiques, elles font entendre leurs misères, leurs espérances, leur aliénation, leurs frustrations et leurs calomnies dans un délire amer. Créé au Québec en 1968 et jouée depuis en plus de trente langues, Les Belles-Sœurs est une pièce-culte du théâtre francophone. (Actes Sud)

Créée le 28 août 1968 au théâtre du Rideau-Vert à Montréal, la pièce "Les belles-soeurs" s'intéresse à la confrontation entre quinze femmes réunies pour coller un million de timbres-primes.
Cette pièce en deux actes se déroule exclusivement dans la cuisine de la gagnante.
Bien vite, les rivalités vont surgir : la jalousie, les envies des unes et des autres, leurs rancoeurs, à tel point que cette réunion qui se voulait conviviale va tourner au pugilat, parfois aux règlements de compte mais surtout à une joyeuse cacophonie :  "Ah ! faites-la taire un peu, on s'entend pus coller !".
A les entendre parler, elles ont leur opinion sur tout et tout le monde, notamment les hommes et le mariage :  "Qu'une femme soye obligée d'endurer un cochon toute sa vie parce qu'a l'a eu le malheur d'y dire "oui" une fois, c'est pas assez intéressant, ça !", les médecins : "Les docteurs, les docteurs, j'te dis que j'les ai loin, à c't'heure ! Ca pense rien qu'à la piasse, les docteurs ! Ca égorge le pauvre monde, pis ça va passer l'hiver en Califournie !", l'avortement, les fille-mères et même les français ne sont pas épargnés.
Ce qui ressort de tout cela c'est au final une pléthore de sentiments, beaucoup d'envie car aucune de ces femmes n'a vraiment eu de chance dans sa vie ni même beaucoup d'argent : "J'ai-tu l'air de quequ'un qui a déjà gagné quequ'chose ?", envie qui s'accompagne de jalousie, mais aussi de sentiments exacerbés sans doute par la promiscuité dans la cuisine, je retiens notamment l'histoire de ces deux amies ou l'une met leur amitié dans la balance pour que celle qu'elle appelle son amie arrête de sortir le soir dans des clubs pour rencontrer d'autres personnes : "Y faut qu'tu m'promettes, sans ça, j'te parle pus jamais ! Choisis ! C'est l'club, ou c'est moé ! Si tu savais la peine que tu me fais ! Une amie d'toujours !", voilà une drôle de demande émanant de quelqu'un qui se dit son amie.
Les relations mère-fille sont également tendues, tout comme les relations familiales, ainsi Germaine Lauzon n'est pas très tendre avec sa fille Linda, mais elle ne l'est pas plus avec sa soeur Pierrette qui pourtant sera l'une de seules personnes à ne pas la voler et lui tourner le dos.
Cette pièce décortique de façon intelligente les relations humaines, particulièrement celles entre femmes, et propose à chacune des femmes leur moment de gloire sous la forme d'un monologue avec une lumière les éclairant.
Ce sont des passages que j'ai beaucoup appréciés ainsi que la diversité des personnages et de leurs caractères. J'avais déjà remarqué cela dans d'autres livres de Michel Tremblay, mais il peint toujours avec justesse les caractères humains et tisse des relations fortes entre ses personnages.
La lecture de cette pièce est extrêmement visuelle et la mise en scène y a une grande importance.
Mais il serait trop réducteur de dire que cette pièce est en quelque sorte un lavage de linge sale en famille, il y a aussi beaucoup d'humour, des passages très drôles, ainsi l'ode au bingo est un moment follement drôle, et des dialogues savoureux : "Moé j'aime ça l'bingo ! Moé ya rien au monde que j'aime plus que l'bingo !".
Du point de vue de la lecture, j'ai eu un peu de mal au début, ne serait-ce que parce que l'écrit retranscrit le parlé et des expressions dont nous français n'avons pas l'habitude, ainsi que des tournures de phrases particulières, il s'agit en fait du joual, forme populaire du français québécois.
Passé un petit temps d'adaptation la lecture devient agréable et j'ai fini par ne plus me rendre compte de cette grammaire parfois différente.

"Les belles-soeurs" est une pièce de théâtre de Michel Tremblay devenue culte, jouée et traduite dans plusieurs langues et qui dépeint avec justesse la réalité de la vie des femmes dans les années 60 à Montréal, constituant ainsi un éclairage drôle et savoureux sur cette époque.

Livre lu dans le cadre du challenge A la découverte du Québec

2 commentaires:

  1. Contente que tu aies apprécié cette lecture :)

    RépondreSupprimer
  2. @ isallysun : je suis curieuse de voir ce que cela donne sur scène.

    RépondreSupprimer